FT-CI

Luttes dans l’État Espagnol

Les mineurs se radicalisent face aux attaques du gouvernement

15/06/2012

Par Laura Varlet

Le gouvernement Rajoy continue de s’attaquer aux travailleurs dans le contexte de la crise capitaliste, dont le continent européen est l’épicentre et l’Etat espagnol est l’un des pays les plus touchés.

Après avoir annoncé des plans d’austérité, des réductions de salaire, des attaques drastiques sur les conventions collectives qui ont amené, et amènent toujours, ã plusieurs journées de lutte et mobilisations, et notamment ã une journée de grève générale le 29 mars [1], le gouvernement s’en prend maintenant aux mineurs. Concrètement, il s’agit d’une coupe budgétaire qui prévoit la réduction de plus de 60% des aides de l’Etat à l’industrie minière du charbon, soit plus de 200 milliards d’euros.

Au même moment où le gouvernement de l’Etat espagnol négocie un plan de sauvetage de 100 milliards d’euros pour payer les banques même si Rajoy et ses ministres refusent cette appellation de « plan de sauvetage », ils refusent de reculer dans leur plan de destruction de l’industrie minière. La politique du gouvernement Rajoy s’inscrit dans la continuité des deux gouvernements précédents, ã savoir le « socialiste » Zapatero etle gouvernement du PP d’Aznar avant, qui ont déjà signé des accords, connus sous le nom de « Plan du Charbon », qui met en application les directives européennes en ce qui concerne la fin des subventions de l’Etat à l’industrie minière, et ce pour le plus grand bénéfice des entreprises multinationales du secteur énergétique.

Cette nouvelle attaque du gouvernement Rajoy contre les travailleurs met en danger la survie de milliers de familles et des populations entières qui dépendent en grande mesure de l’industrie minière.

La riposte des travailleurs n’a pas tardé. Cela fait plus d’une quinzaine de jours que la lutte des mineurs, leurs mobilisations, les affrontements avec les forces de répression et la solidarité qu’ils suscitent de la part de la population, se font sentir tout au long du pays. Plus de huit mille mineurs participent aux grèves qui se déroulent dans plusieurs régions.

Des méthodes de lutte radicales

Depuis le début de la mobilisation et de la grève, la lutte ne cesse de s’approfondir, avec des méthodes de plus en plus radicales. Tous les jours, on trouve dans les journaux espagnols des articles sur les affrontements qui ont lieu entre les mineurs et les forces de répression. Les barricades et le blocage des autoroutes et des voies ferrées font partie du paysage au Nord de l’Etat espagnol depuis fin mai.

Dans les Asturies, il s’agit de trois ou quatre autoroutes qui sont bloquées tous les jours par les ouvriers. Le 8 juin, par exemple, il y a eu 30 barricades et 4 blocages de voies ferrées dans toute la région. Un autre groupe de mineurs a campé devant la Mairie ã Oviedo (la capitale des Asturies) jusqu’à être reçus par le gouvernement local.

Mais la lutte des mineurs ne se limite pas aux Asturies, elle fait tache d’huile en direction d’autres régions importantes comme l’Aragon et la Castille-Leon où les ouvriers font grève également et affrontent la répression du gouvernement. A Leon, cela fait plusieurs jours qu’un groupe des mineurs reste enfermé dans un puits afin de protester et de se faire entendre. Le 11 juin, les autorités ont dû suspendre tous les trains entre Leon et les Asturies en raison des blocages des voies ferrées, ce qui montre ce que la détermination et la radicalité des travailleurs en lutte peut produire. L’autoroute AP-66, reliant la ville de Leon et les Asturies, ainsi que d’autres axes importants pour le commerce et le transport des passagers restaient également bloqués. Dans les affrontements, qui sont monnaie courante, neuf mineurs ont été arrêtés et deux policiers ont été blessés. Le 12 juin, les mineurs ont organisé une manifestation où ils ont fait appel à l’ensemble des travailleurs pour les défendre. Des centaines de mineurs avec leur casque et en tenue de travail, accompagnés d’une partie de la population, ont défilé dans la ville pour défendre la survie de ces milliers de familles qui dépendent du travail dans les mines pour pouvoir nourrir leurs enfants. Le même jour, un groupe des mineurs faisait irruption au parlement, comme une façon de plus de montrer qu’ils cherchent désespérément une solution à leur problème. Sur les t-shirts qu’ils portaient, on pouvait lire leur opposition à la politique du gouvernement. Les vigiles n’ont pas tardé à les expulser de l’hémicycle de façon extrêmement violente.

Les limites du programme

Toutes ces méthodes de lutte sont très radicales et montrent bien ce que les travailleurs sont prêts ã faire lorsqu’il s’agit de défendre les intérêts de leurs familles et, directement, leur vie. Cependant, cette radicalité n’st pas reliée ã un niveau de conscience dans la majorité du monde du travail.

Nous pouvons voir des ressemblances entre ces luttes radicales et les méthodes radicales des salariés lors de la vague des grèves ouvrières des années 2009 et 2010 en France. Avec les ouvriers de Continental ã Clairoix, ou ceux de Goodyear ou New Fabris, on a assisté ã des luttes très radicales qui allaient jusqu’à la séquestration des patrons ou menacer de faire sauter une usine. Au niveau des revendications cependant, ces bagarres restaient sur le terrain des indemnités de départ, et non pas sur la nécessité de mantenir les emplois coûte que coûte, y compris en occupant la boîte s’il fallait, pour relancer l’entreprise sous contrôle des ouvriers eux-mêmes. Cette limite programmatique, en grande partie voulue par les directions syndicales, a maintenu ces luttes dans l’isolement et a empêché aux ouvriers d’aller plus loin dans leurs revendications et faire des pas dans leur conscience, par manque d’une perspective qui aille jusqu’au bout.

De la même manière, aujourd’hui dans les mines espagnoles nous trouvons des méthodes très radicales, avec des affrontements violents contre les forces de répression, qui font des blessés et où la garde civileLa « guardia civil » une force de police nationale ã statut militaire. arrête des mineurs jour après jour. Les ouvriers organisent des blocages et des piquets de grève avec des pneus enflammés, des bidons d’essence et où ils utilisent des lance-fusées qu’ils fabriquent eux-mêmes. Tout cela témoigne de leur courage et détermination à lutter et ã se battre pour leurs revendications. A la différence de ce ã quoi on pouvait s’attendre dans n’importe quel autre lutte avec des caractéristiques semblables, c’est-à-dire de la violence acharnée du côté des patrons, cette fois-ci les patrons se veulent radicaux et combatifs, en faisant appel même ã ce que le gouvernement Rajoy recule dans ses attaques contre ce secteur important de l’économie. C’est ainsi que dans la grosse manifestation du 31 mai ã Madrid par exemple, on trouvait des patrons à la tête du cortège avec la consigne suivante : « Pour le futur du charbon régional [du Nord de l’Etat espagnol] et la réactivation des régions minières. Pour l’emploi ». Dans cette situation, les mineurs combatifs et déterminés des Asturies et dans beaucoup d’autres régions de l’Etat espagnol, sont amenés ã subordonner leurs revendications ã un programme qui ne cherche qu’à sauver les capitalistes de l’industrie minière. Ce sont ces mêmes patrons qui ne doutent pas un seul instant lorsqu’il s’agit de menacer de fermer les mines si leurs ouvriers ne réussissent pas, avec leur lutte et combativité, ã empêcher la coupe budgétaire avancée par le gouvernement ! Dans le meilleur des cas, ils promettent de baisser les salaires des ouvriers au même niveau que la réduction des subventions de l’Etat, c’est-à-dire une baisse d’autour de 60% !

Malheureusement, les directions syndicales de l’UGT et CCOO [2] sont devenus les porte-paroles de ce chantage des patrons, et ne proposent aucune perspective de lutte, indépendante et de classe, pour les combatifs mineurs espagnols. Après tant d’années où les capitalistes de l’industrie minière ont fait des milliards d’euros de profits sur le dos des travailleurs, en les soumettant ã des conditions de travail très difficiles, il n’y a pas de raison pour penser qu’aujourd’hui ça serait différent et que les intérêts des ouvriers et des patrons pourraient arriver ã converger.

Solidarité active avec la grève générale du 18 juin

Mais la lutte des mineurs est un exemple pour tous ceux et celles qui veulent se battre contre la réforme du marché du travail et l’austérité que les capitalistes veulent imposer dans l’Etat espagnol et partout ailleurs en Europe. Les mineurs jouent aujourd’hui un rôle d’avant-garde dans les luttes contre les mesures d’austérité en raison de leur radicalité. En effet, leur détermination et volonté de se défendre des attaques peut jouer un rôle très important et peut avoir un impact chez beaucoup d’autres jeunes et travailleurs qui cherchent aujourd’hui une façon de sortir de cette crise capitaliste. Si leur lutte continue, cela pourrait encourager d’autres secteurs ã se radicaliser, à lutter et passer à l’offensive, ce qui pourrait permettre à la fois d’avancer vers une politique qui dépasse les limites imposées par les directions syndicales. C’est pourquoi il est fondamental que leur lutte soit victorieuse !

Cette victoire ne sera pas possible sans le soutien actif des étudiants, des jeunes, des travailleurs et de l’ensemble des secteurs qui sont aujourd’hui touchés par la crise. Il est absolument indispensable de construire la solidarité autour de la lutte des mineurs, tout en commençant par la défense face à la répression qu’ils subissent de la part des forces militaires et de police.

Le 18 juin prochain, dans les régions des Asturies, de Castille-Leon et d’Aragon, une grève générale a été convoquée et menace d’aboutir ã une paralisation complète de l’activité dans ces régions. Pour que cette grève générale ait un véritable impact et soit le début d’une lutte puissante qui arrive ã faire reculer le gouvernement, il faut absolument que les travailleurs et la jeunesse mènent une politique de soutien actif. Mettre en place des comités de soutien à la grève sur les lieux de travail et aussi su les lieux d’étude qui aident les ouvriers aux tâches de diffusion de leur lutte vis-à-vis de la population, mais aussi en ce qui concerne plus concrètement la réussite de la grève, serait une bonne manière de commencer ã tisser des liens entre la jeunesse et les travailleurs en lutte. Une telle politique irait dans le sens de transformer la grève générale du 18 en un fer de lance pour arriver ã imposer aux directions syndicales une nouvelle grève générale, cette fois-ci au niveau national, jusqu’à mettre ã bas toutes les mesures d’austérité et les attaques contre les travailleurs et la jeunesse. C’est le programme que mettent en avant nos camarades de Clase contra Clase et l’organisation de jeunesse révolutionnaire No Pasarán dans l’Etat espagnol, dans leur intervention au quotidien [3].

La nécessité d’un programme indépendant

Tout en luttant aux côtés des mineurs et de leurs familles, ainsi que de tous ceux et celles qui se battent pour affronter les mesures d’austérité et pour préserver les emplois, les révolutionnaires doivent mener également une lutte pour un programme indépendant de celui du patronat de l’industrie minière. Ce programme doit partir des problèmes des mineurs et des besoins de l’ensemble des travailleurs du secteur, ainsi que de leurs familles et des habitants des régions où l’activité minière est très importante. La seule garantie afin de préserver tous les emplois, en créer d’autres et arriver ã améliorer les conditions de vie des milliers de familles, ainsi que des populations qui habitent dans ces régions, est le fait que les travailleurs prennent leurs affaires en main.

La seule véritable solution pour les travailleurs est l’expropriation des mines, sans indemnité ni rachat, sous le contrôle des travailleurs. Cela voudrait dire également que ça serait aux travailleurs eux-mêmes de faire un contrôle et un suivi des dépenses des fonds du Plan du Charbon. Il n’y a que les travailleurs eux-mêmes, avec l’aide et le soutien des populations concernées, qui peuvent réfléchir ã un véritable plan pour préserver la vie, l’environnement et l’avenir de ces régions. Les capitalistes ne cherchent que leurs profits et c’est pour cela que nous ne pouvons pas leur faire confiance.

15/06/12

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