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Chili : Vive la lutte des étudiants et des travailleurs

Les affrontements de rue contre la police et la lutte de la jeunesse chilienne

27/08/2011

Les affrontements de rue contre la police et la lutte de la jeunesse chilienne

Juan Valenzuela est enseignant, membre de la direction du PTR.

La journée de mobilisation historique du 25 août a été l’occasion de rediscuter, au sein de la gauche radicale, du rôle des affrontements de rue dans le cadre d’un processus de mobilisations. (…). [A Santiago, au cours de la manifestation du 24], lorsqu’un large secteur de manifestants a commencé ã jeter des pierres sur la police, les dirigeants syndicaux, les militants des Jeunesses Communistes et de la Concertation ont formé un cordon entre les manifestants et la police pour la protéger des pierres. Alors que tout un secteur dirigé par le PC et la Concertation se montrait réticent face aux affrontements avec les forces de répression, un autre secteur, composé principalement par des jeunes des lycées municipaux, professionnels et industriels, les « sopaipas » selon les médias chiliens réactionnaires et la droite, bientôt rejoints par des étudiants, ont montré qu’ils étaient disposés ã s’affronter aux carabiniers et à la police et ont commencé ã ériger des barricades. (…)

Arturo Martínez, dirigeant de la CUT, est revenu le lendemain dans La Nación sur ces jeunes qui se sont battus dans les rues : « le mouvement social a toujours eu quelques problèmes, la répression de la droite et des gouvernements d’un côté et l’extrême-gauche qui travaille pour la droite de l’autre. Ceux qui sont aujourd’hui sur les barricades, les voyous, ceux qui profitent de nos appels à la mobilisation, ce ne sont pas nos jeunes, nous ne sommes pas d’accord avec eux, ils agissent en accord avec la droite ».

Les paroles de Martinez font du mal au mouvement ouvrier et populaire. De notre point de vue, les affrontements de rue sont un des acquis du mouvement actuel, absents d’ailleurs de celui de 2006 [au cours de la « révolte des pingouins », le mouvement lycéen]. Arturo Martínez fait l’amalgame entre les jeunes manifestants et la droite. Mais est-ce que les milliers de jeunes qui se sont affrontés à la police le 4 août sont des casseurs qui répondent à la droite ? Que serait-il advenu si lorsque le gouvernement décrétait l’interdiction de manifester et ordonnait que les forces de répression mettent fin aux occupations nous n’avions pas répondu en construisant des barricades ? Si Piñera n’a pas réussi son coup le 4 août, c’est parce que des milliers de jeunes n’ont pas accepté la répression policière et ont combattu dans la rue. Et aussi parce que des milliers de personnes se sont solidarisées avec la lutte ã travers des « caceroladas », les concerts de casseroles, dans les quartiers populaires. C’est en ce sens que les affrontements de rue avec les carabiniers et la police représentent un point d’ancrage dans la conscience des milliers de jeunes et de travailleurs.

Depuis cette date le PC a systématiquement acceptée l’interdiction promulguée par le gouvernement de manifester ã partir de Plaza Italia [dans la capitale, ã santiago]. Au cours de ce que l’on a appelé la manifestation des parapluies du 18 août (« Marcha de los paraguas ») grâce ã son influence au sein du syndicat enseignant (« Colegio de profesores »), le PC s’est déclaré hostile ã tout affrontement avec la police, et ce en accord avec la Mairie de Santiago. Après avoir désobéi au décret antidémocratique du 4 août le PC a effectué un virage ã 180° vers l’obéissance afin d’éviter le plus possible les affrontements de rue entre la jeunesse et les forces de répression. Comment faire passer l’idée d’un « plébiscite » si les affrontements avec la police devenaient quotidiens ? Camilla Vallejo et Jaime Gajardo auraient-ils pu négocier avec le gouvernement et les députés au moment où des milliers de personnes affrontaient la police ? Pour eux les méthodes de manifestation ne doivent pas aller au-delà de la « norme » puisque le but est de canaliser ce processus dans le cadre des institutions.

Cependant, ils n’ont plus le contrôle. Durant la manifestation du 25 ils voulaient être plus « gardiens de la paix » que les carabiniers eux-mêmes mais dix ã vingt mille jeunes se sont battus contre la police. Même les « collectifs populaires », [organisation populistes de gauche radicale] habitués aux accrochages avec la police mais déconnectés du mouvement réel sont passés ã côté ce jour-là ainsi que lors des journées précédentes. Pour notre part, une commission d’autodéfense avait été élue ã partir d’une proposition de « Armas de la Crítica » à la faculté de Philosophie de Santiago lors d’une assemblée le 24 au matin. Cette commission a préparé et dirigé le combat contre la police pendant plus de trois heures alors que les organisations « populaires », qui fétichisent habituellement les affrontements de rue sont restées à l’écart, en spectateurs. Au cours de ces affrontements ce qui était en jeu c’était la colère d’une grande partie de la jeunesse et non l’héroïsme stérile des petits groupes habitués aux escarmouches avec les carabiniers. La haine et la rage contre cette société qui n’offre que la misère et contre ce gouvernement de droite qui répond au patronat se font sentir ã chaque affrontement. Une jeunesse combative et qui n’a plus peur commence ã émerger. Le poids de la dictature, qui pèse beaucoup sur les générations précédentes, commence ã s’estomper chez les jeunes qui se battent dans les rues et sur les barricades.

Il faut encore que la classe ouvrière se débarrasse de cette peur. Dans la manifestation du 25 août ã Santiago, au moins la moitié des manifestants étaient des travailleurs du secteur public. Mais sur les barricades et les blocages de rues il n’y avait que des jeunes. Les travailleurs qui étaient présents regardaient avec sympathie. D’autre semblaient plus réticents. Le PC et la Concertation ont cherché à les utiliser pour mettre un frein aux affrontements de rue mais cela n’a pas été possible une fois la répression commencée.

Ce n’est pas un hasard si les dirigeants de la CUT n’ont pas cherché ã préparer la grève de façon active dans des secteurs stratégiques et/ou précaires de la classe ouvrière. Si dans la manifestation il y avait eu des détachements d’ouvriers industriels, sous-traitants, mineurs, dockers ou routiers, cela aurait été beaucoup plus difficile d’arrêter les affrontements de rue. Ce sont effectivement les mineurs sous-traitants et les dockers qui ont été à l’origine du plus grand nombre d’affrontements avec la police lors des derniers mouvements sociaux.

En tant que marxistes révolutionnaires nous revendiquons les affrontements de rue et nous y participons dès qu’ils sont massifs, dès lors qu’ils dépassent le cadre des petits accrochages entre groupes populistes et la police. Ceci ne fait pas le jeu de la droite comme le soutient Martinez. Ce sont ces déclarations qui stigmatisent et criminalisent des milliers de jeunes qui font le jeu de la droite.

Même si les affrontements de rue ont une grande valeur morale et une capacité ã interrompre la normalité routinière dans une ville, ils n’ont pas la même force que la grève générale qui frappe au cœur de la société capitaliste. La grève générale met en position de lutte des milliers ou des millions de travailleurs et elle affecte directement les bénéfices des capitalistes et désorganise les forces de l’ordre. La classe ouvrière chilienne n’a pas encore déployé toute sa force. Cependant l’intransigeance du gouvernement et la violence du patronat mettent cette question de plus en plus à l’ordre du jour.

Pour gagner sur la revendication d’une éducation gratuite et faire tomber le régime de la démocratie post-Pinochet, basé sur le système binominal [1], il est indispensable de combiner ces méthodes de lutte. Le pouvoir politique des patrons, ã tous les niveaux, est lié aux institutions d’enseignement privé. C’est pour cela qu’ils défendent bec et ongles « l’éducation de marché ». Ils n’hésiteront pas ã déployer de façon plus offensive encore leurs forces de répression si la lutte s’approfondissait.

La « Federación de Instituciones de Educación Particular » [qui regroupe une partie des instituts d’enseignement privé], consciente du fait que le processus actuel remet en question ses bénéfices, a publié un communiqué où elle fait appel aux propriétaires des lycées subventionnés pour utiliser tous les mécanismes répressifs à leur disposition. Elle n’a pas hésité ã menacer de sanctions les dirigeants syndicaux t ã signaler que les personnels faisant grève subiront des retenues sur salaire. Elle fait appel à l’application de la loi 20.084 pour tous les mineurs de plus de 14 ans et à l’intervention de la police lorsqu’il y a des blocages. Ces gens-là n’ont aucune intention de céder de façon volontaire leurs propriétés, même si l’option « éducation gratuite » était majoritaire au plébiscite dont parle le PC. Tout ce qui devra leur être imposer ne pourra se faire que par la force des travailleurs et des étudiants.

Les politiciens bourgeois de la droite et de la Concertation cherchent et chercheront toujours ã défendre les patrons de l’éducation, quel qu’en soit le prix. Notre combat est en ce sens étroitement lié à la lutte pour renverser les institutions de la démocratie post-Pinochet, le parlement binominal avec ses députés et ses sénateurs (…). La lutte contre « l’éducation de marché » est liée à la lutte contre le régime de la démocratie telle qu’on la connaît depuis 1990. Pour cela, il nous faut lutter avec les méthodes de la grève et des affrontements de rue. Pour que ces armes soient les plus efficaces possible il est nécessaire de construire des Assemblées ouvrières, étudiantes et populaires ainsi que des comités d’autodéfense dans le but de mettre en place une Assemblée constituante libre et souveraine basée sur la mobilisation des travailleurs.

27/08/2011

  • NOTAS
    ADICIONALES
  • [1Le « système binominal » est un système de vote utilisé lors des élections parlementaires chiliennes. L’objectif est de générer une situation dans laquelle les deux blocs majoritaires emportent la même quantité de sièges au Parlement même s’il existe une grande différence dans le nombre de voix que ces deux blocs ont obtenu. Son utilisation a été imposée dans la Constitution chilienne pendant le régime de Pinochet [NdT].

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