FT-CI

Considérations sur la crise capitaliste actuelle et la reconstruction de la IV Internationale

15/06/2009

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Dans ces dernières années, la Fraction Trotskyste-Quatrième Internationale (FT-QI) a développé une grandissante intervention dans la lutte de classes des pays où elle participe. La FT-QI a également insisté sur la défense de la théorie marxiste face ã différentes sortes de révisions qui signifiaient un recul sur le terrain gagné par celle-ci. Comme affirmait Trotski, une époque de réaction idéologique impose la défense des conquêtes théoriques du marxisme et du mouvement ouvrier, issues des expériences révolutionnaires antérieures, comme une tâche centrale. Simultanément, nous avons posé comme critère d’unification avec d’autres courants, qui se revendiquent marxistes révolutionnaires, des bilans communs des principaux faits de la lutte des classes. Ceux-ci étant compris non pas du point de vue étroit des luttes économiques et même politiques du prolétariat, mais (et fondamentalement) de celui des guerres ou des soulèvements et journées révolutionnaires qui se sont développés (bien que d’une façon assez partielle) en différents parties de la planète.

Néanmoins, face à l’irruption d’une crise capitaliste de caractère historique, qui même les analystes bourgeois doivent comparer à la Grande Dépression des années 30, les marxistes révolutionnaires devons changer les paramètres et les hiérarchies de nos tâches. Nous devons poser les questions liées au programme, à la stratégie et à la tactique révolutionnaire comme centrales dans la tâche de construire des partis révolutionnaires en chaque pays et une internationale marxiste révolutionnaire. Et cela parce que la crise engendra grands événements de la lutte de classes et les changements conséquents dans la subjectivité des travailleurs et des opprimés.

Comment nous préparons-nous pour la crise ?

En juillet de cette année nous avons réalisé la V Conférence Internationale de notre organisation où, en trois documents importants, nous avons discuté sur :

• A) La crise économique qui depuis près d’un an se développait, certes sans hâte mais aussi sans pause. En relation avec cela, nous prévoyions l’aggravation des tensions géopolitiques et leur probable influence sur la lutte de classes.

• B) La dynamique de la subjectivité de la classe ouvrière et la crise du marxisme révolutionnaire dans ces dernières décennies.

• C) Etant donné que notre courant exerce sa plus grande influence en Amérique Latine, nous avons analysé en détail la situation de notre sous-continent et, notamment, celles des processus politiques (gouvernement de type nationaliste ou de front populaire, etc.) qui constituaient la réponse ã des processus d’insubordination des masses dans plusieurs pays.

Dans le premier document [1] nous avons considéré que la crise qui secouait la planète, en commençant par les pays impérialistes les plus importants, était le produit de l’incapacité de la bourgeoisie ã soutenir un taux d’accumulation élevé à long terme. Même si l’offensive néolibérale avait obtenu d’importants succès contre la classe ouvrière, en rattrapant le taux de profit (après la fin du boom de l’après-guerre), cela n’a pas été suffisant pour que les capitalistes aient confiance dans leur propre système et réinvestissent leurs plus grands profits dans la production et la distribution de marchandises et de services. Nous avons discuté que cela devenait plus évident puisque le capitalisme avait réussi ã reconquérir vastes zones de la planète qui, depuis la Deuxième Guerre Mondiale (DGM) –et même avant-, se trouvaient hors du circuit de valorisation du capital : l’ex-URSS, l’Europe de l’Est et la Chine. Bien que la restauration dans ces pays ait réussi ã faire baisser le prix de la force de travail au niveau international et ã créer des niches rentables pour l’exploitation capitaliste dans ces dernières décennies, elle n’a pas été suffisante pour relancer un processus d’accumulation capitaliste amplifié et durable. Les analystes superficiels prétendent voir dans la dérégulation des finances capitalistes et les bulles spéculatives, comme l’immobilière, la cause du désastre actuel. Une analyse marxiste sérieuse doit partir d’indiquer que, bien que cela résulte paradoxal, c’est bien la propre capacité de la bourgeoisie impérialiste ã se récupérer des crises successives depuis la fin du boom de l’après-guerre ce qui a conduit ã une suraccumulation persistante de capitaux et à la nécessité de développer une montagne monumentale de capital fictif pour permettre au système de continuer ã fonctionner. Cela s’est traduit par une accumulation de contradictions qu’en ce moment sont en train d’éclater.

Un aspect central de la théorie marxiste est en train d’être démontré : le capitalisme sénile, dans sa phase impérialiste, n’a pu retrouver une période de développement relativement forte (les « trente glorieuses » du boom de l’après-guerre) qu’après une liquidation terrible d’infrastructure, de biens de capital, de marchandises de toute sorte et même de population « excédante » (les deux Guerre Mondiales et la Grande Dépression).

Si les capitalistes ont estimé qu’en attaquant les travailleurs, même en liquidant leurs conquêtes historiques (comme les ex-Etats ouvriers qui se trouvaient hors de l’accumulation capitaliste), ils trouveraient l’« élixir de la jeunesse », la crise actuelle est là pour les rappeler que la destruction massive de capitaux et, en dernière analyse, la guerre, est la « loi » de leur développement dans cette époque décadente.

Dire que nous sommes dans une situation qui tend à la dépression n’a pas une moindre importance. Celle des années 30 a conduit à la montée du fascisme en Allemagne, à la guerre civile espagnole et ã beaucoup d’autres phénomènes d’une grande ampleur. Cette période ne s’est fermée qu’avec la victoire des « alliés » dans la DGM et en imposant l’hégémonie américaine. Cette hégémonie dans ces dernières décennies s’est affaiblie et, en plus, la crise actuelle la met en échec.

Après la Conférence, nous sommes déjà en train de voir des phénomènes naissants de luttes interétatiques comme la guerre entre la Russie et la Géorgie (où les alliés de celle-ci, les USA et l’UE, ont adopté des positions différentes) ou les tensions entre l’Inde et le Pakistan (qui se sont aggravées après les récents attentats terroristes de Bombai) qui indiquent la dynamique des évènements.

Dans les dernières semaines et mois se sont développées des luttes d’étudiants et de la jeunesse dans l’Etat Espagnol, en Italie et fondamentalement en Grèce. Dans ce pays cette lutte est devenue une révolte nationale de la jeunesse et a compté avec une grève générale après l’assassinat d’un jeune de quinze ans. Le soulèvement de la jeunesse aujourd’hui (comme en 68) est visiblement en train d’annoncer l’entrée des travailleurs dans la lutte.

Le fait symbolique que, pour la première fois depuis les années 30 dans ces pays, on ait occupé des usines, une ã Chicago (USA) et une autre dans le Nord d’Allemagne, en suivant la méthode appliquée en Amérique Latine dans ces dernières années, nous dit que les méthodes de lutte de la classe ouvrière seront valorisées, comme nous l’avons indiqué dans les Thèses. Et cela alors que les effets de la crise ne font que commencer ã se faire sentir.

Dans le document « Clase obrera, subjetividad y marxismo » nous avons repassé l’histoire de l’involution de la subjectivité ouvrière face à l’attaque permanente du capital et à la capitulation final des bureaucraties staliniennes devant la pression double de l’impérialisme, d’un côté, et du risque que les processus de révolution politique se développent et triomphent, de l’autre.
La survie du capitalisme depuis les années 80, et surtout depuis la restauration capitaliste (années 90), a impliqué une nouvelle division mondiale du travail. Celle-ci a relativement affaibli les travailleurs industriels des pays centraux (devenus des économies avec un grand poids du secteur des services), en même temps que déplaçait une partie importante de l’industrie au Sud-est asiatique (notamment en Chine), au Mexique, au Brésil et en Europe de l’Est. Par ailleurs, la plupart des Etats semi-coloniaux demeurait essentiellement exportateurs de matières premières. Cela, avec le surgissement de nouveaux pays relativement industrialisés comme la Chine et l’Inde, a produit un nouveau saut dans le développement inégal et combiné.

Dans le dernier quinquennat (2002-2007), les forts taux de croissance de l’économie mondiale ont débouché sur une baisse du chômage et sur de nombreuses luttes économiques des travailleurs dans les pays de tous les continents. A travers ces luttes ils cherchaient ã rattraper un peu de ce qu’ils avaient perdu pendant l’offensive néolibérale. Le prolétariat, dirigé par des bureaucraties sociale-démocrates, staliniennes ou nationalistes bourgeoises, avait perdu une grande partie des acquis d’après-guerre. Cependant, dans ces dernières années il est parvenu ã rattraper un peu de ce qu’il avait perdu sur le terrain de la redistribution du revenu national (surtout les secteurs syndicalisés). Toutefois, il n’a pas réussi ã dépasser la grande division entre les travailleurs effectifs, les précaires et les chômeurs, qui est devenue un nouveau « sens commun ».

Le Moyen-Orient a continué ã être une région convulsive de la planète avec la résistance du peuple palestinien face à l’oppression de l’Etat sioniste d’Israël, la Guerre du Golf de 1991, etc. Dans les pays centraux, après une période de recomposition de la classe ouvrière ã partir d’évènements qui ont fait date comme la grève générale de 1995 ou les « guerres ouvrières » en Corée du Sud en 1996-97, a émergé le mouvement de la jeunesse « non globale », avec une aile gauche anticapitaliste, s’élargissant depuis Seattle (USA) en 1999 vers plusieurs pays européens. Avec l’invasion américaine en Irak en 2003, s’est développé un fort mouvement anti-guerre, avec des manifestations massives mais impuissantes pour arrêter la machine impérialiste. Ces différentes expressions de la lutte de classes n’ont pas réussi ã renverser le rapport de forces, mais elles ont constitué des expériences qui commencent ã reprendre une signification (Grèce) face à la crise.

La longue offensive politique et idéologique du capital a conduit tendanciellement non seulement ã que les partis sociaux-démocrates deviennent des partis bourgeois « normaux » et ã que les partis ex-staliniens suivent le même chemin ou disparaissent, mais aussi ã une polarisation de ce qui restait du mouvement marxiste révolutionnaire (le trotskysme). D’un côté, il y a ceux qui ont renoncé à la stratégie de la dictature du prolétariat, dont la LCR qui est en train de se dissoudre et de fonder un « Nouveau Parti Anticapitaliste » (avec des réformistes, des autonomes, des anarchistes, etc., sans délimitation de classe ni de stratégie révolutionnaire) est le cas le plus important. Il y a des cas de collaboration de clase plus ouverte comme le PSOL au Brésil. D’autres, comme le SWP britannique, revendiquent formellement la nécessité de construire des partis révolutionnaires mais leur stratégie est la formation de fronts de collaboration de classes avec des leaders réformistes (Galloway) et des secteurs bourgeois de la communauté musulmane. La coalition Respect a éclaté l’année dernière avec de fortes accusations réciproques. De l’autre côté, il y a une multitude de sectes (dans le sens littéral du mot) récitantes d’un programme mort sans avoir même pas une influence minime sur des secteurs du mouvement ouvrier et de la jeunesse.

Entre ces deux pôles, il y a des organisations comme Lutte Ouvrière qui historiquement n’a pas dédié de très grands efforts ã construire une tendance internationale. Cette organisation dans l’actualité a eu, regrettablement, une politique encore plus opportuniste que celle de la LCR en formant des alliances avec les partis de la « gauche plurielle » (PS, PCF, Verts) pour obtenir quelques postes municipaux.
En outre, il y a d’autres groupements comme la LIT-CI, dont le PSTU du Brésil est le parti le plus important, et la CRCI, dont le parti le plus important est le PO d’Argentine. Le PSTU a gagné un certain poids syndical (travers Conlutas, un groupement d’un secteur de la gauche syndicale brésilienne), mais maintient un accord électoral permanent avec le PSOL. Et cela malgré une orientation ouverte vers la collaboration de classes de ce dernier. Le PO a été l’un des créateurs du mouvement « piquetero » en Argentine depuis l’an 2000.

Notre courant, la FT-QI, a livré une bataille pour récupérer la théorie et le programme du trotskysme, seul marxisme révolutionnaire depuis la dégénérescence stalinienne de la III Internationale. Egalement, elle a fait certaines expériences significatives dans les luttes ouvrières les plus avancées : un rôle dirigeant dans les usines occupées et mises ã produire sous contrôle ouvrier en Argentine, notamment Zanon et Brukman ; la participation dans la lutte des miniers d’Huanuni en Bolivie et dans la semi-insurrection de El Alto, où postérieurement nous avons contribué à la réorganisation syndicale ; participation dans les conflits des ouvriers de Sidor et de Sanitarios Maracay au Venezuela.

En synthèse, nous pouvons dire que la crise économique trouve le prolétariat dans un processus de récupération partielle de ses luttes et de sa conscience (fondamentalement en Amérique Latine et en Europe). Bien que dans ces dernières années il y a eu un taux d’emploi relativement élevé, elles ont été caractérisées par un phénomène universel de précarisation qui est déjà en train de transformer les couches les plus flexibilisées de la classe ouvrière en les premières victimes de la crise.

Le marxisme, du point de vue théorique, a pratiquement disparu de la vie du mouvement ouvrier et s’est maintenu reclus (dans le meilleur des cas) dans les milieux universitaires. En effet, il est devenu un marxisme académique fortement soumis ã tous les vents révisionnistes, « spécialisé en économie » ou en d’autres disciplines académiques. Cela a contribué ã créer parmi les enseignants et les étudiants une profonde aversion et hostilité vers la fusion avec le mouvement ouvrier et une inimité mortelle vers la construction de partis révolutionnaires.

La plus grande partie de ce marxisme académique, dans ces dernières décennies, a contribué à l’idéologie dominante. Il a fait du léninisme (et du trotskysme) le « vrai ennemi » en considérant le totalitarisme stalinien non pas comme la négation contre-révolutionnaire de ces derniers, mais comme leur réalisation la plus complète.

Dans ce cadre, nous devons nous poser la question de savoir pourquoi les trois principales tendances qui revendiquons la nécessité de reconstruire ou de refonder la IV Internationale et qui prétendons augmenter notre influence dans la lutte de classes, nous trouvons essentiellement en Amérique Latine (LIT-QI, CRQI, FT-QI). Premièrement, il y a des raisons historiques : le trotskysme, depuis plus de cinquante ans, a été un courant politique de poids dans plusieurs pays d’Amérique Latine. Deuxièmement, notre sous-continent a connu, au début de cette décennie, une sorte d’« essai général ». Cela nous conduit au troisième document discuté dans la V Conférence (« Claves de la situación latinoamericana »). Nous avons assisté ã de grands montées des masses, avec même des journées révolutionnaires et des essais de coup d’Etat contre-révolutionnaires, dans des pays si différents que l’Argentine, l’Equateur, la Bolivie ou le Venezuela. Bien que ces processus aient été freinés et finalement déviés par le cycle de croissance de l’économie mondiale de 2002-2007, l’Amérique Latine est une région du monde où l’on a vu dans ces dernières années des miniers aux côtés de paysans armées de bâtons de dynamite pour renverser un gouvernement (Bolivie) ; des soulèvements du peuple pauvre pour faire face ã un coup d’Etat contre-révolutionnaire et l’importante expérience du contrôle ouvrier faite par les travailleurs en lutte contre la grève-sabotage impérialiste dans deux raffineries pétrolières (Venezuela) ; ou l’unité (bien que circonstancielle) dans les rues entre chômeurs « piqueteros » et des « assemblées populaires » de secteurs des classes moyennes, avec le phénomène d’usines occupées et mises ã produire sous contrôle des travailleurs. Plus encore, toute la théorie politique de la bourgeoisie et de la gauche a écrit des fleuves d’encre sur les nouveaux régimes et gouvernements « populistes » de la région.

En prenant l’ensemble d’Amérique Latine et non seulement le Sud du continent, nous avons assisté aussi ã un phénomène nouveau au Mexique : le surgissement de la Commune d’Oaxaca dirigée par l’APPO (Assemblée Populaire des Peuples d’Oaxaca) qui, en plus d’avoir créé une organisation « pré-soviétique », a impliqué le contrôle pendant plusieurs semaines de moyens de communication de masse (radio et télévision) depuis lesquels on transmettait jour et nuit les évènements de la lutte et des documentaires et reportages sur l’histoire des mouvements révolutionnaires. Ce fait anticipe, au niveau d’un Etat du Mexique, un aspect de la physionomie qui auront les évènements révolutionnaires du XXI siècle.

La force des processus latino-américains se trouve en ce qu’ils ont développé, dans un laps de temps relativement court (2000-2007), des formes de lutte multiples et variées. Leur faiblesse a été que les secteurs les plus concentrés de la clase ouvrière n’ont pas joué un rôle prépondérant. En effet, ce sont les éventuels alliés du prolétariat (paysans et classes moyennes urbaines) ou les couches les plus vulnérables de la classe ouvrière (les chômeurs) qui se sont placés à l’avant-garde. Le petit phénomène mais hautement symbolique de Zanon, avec l’unité des travailleurs de l’usine avec les chômeurs, a impacté le mouvement ouvrier le plus important syndicalement parlant (regroupés à la CTA) de la province. Il a également gagné la sympathie de larges secteurs de la population, en parvenant même ã déclencher une grève générale face ã une menace d’expulsion (avril 2003). Cela montre la potentialité que ces fronts uniques des exploités auraient eue si la classe ouvrière avait été à leur tête.

En Argentine, les secteurs déterminants de la classe ouvrière ayant un travail ne sont pas intervenus. Au début, dans les moments les plus révolutionnaires, ne l’ont pas fait parce qu’ils étaient contraints par la pression du chômage et le frein des bureaucraties syndicales ; puis, quand l’élément catastrophique de la crise économique avait disparu, les travailleurs qui retournaient aux usines et aux entreprises se sont heurtés ã des régimes politiques rétablis, donc seulement des luttes économiques se sont développées.

Le processus d’ensemble dans la région, avec ses forces et ses grandes faiblesses (et même avec l’utilisation démagogique de la part de Chavez de consignes comme le « socialisme du XXIe siècle » avec des appellations ã Marx et même ã Trotski), a permis que le marxisme, du point de vue théorique et politique, sorte un peu de l’académie et commence ã toucher des secteurs de l’avant-garde ouvrière et de la jeunesse. Cette année, 2008, notre courant a réussi ã impulser un grand processus de débat non seulement en Argentine mais aussi au Brésil, au Mexique et jusqu’en Bolivie, au-dessus des cliques académiques et des assignations par tendance.

Quel programme et quelle stratégie défendre face à la crise ?

Le Programme de transition de Trotsky consiste en un ensemble de revendications programmatiques qui permettent de tracer un pont entre la conscience arriérée du prolétariat et la nécessité de lutter de manière ã ce que ce dernier ne soit pas désarticuler sous l’impact de la crise des années 1930 qui n’est pas sans rappeler, sous certains aspects, la crise que nous vivons actuellement.

Trotsky soulignait explicitement que l’ensemble des revendications doit mener ã une seule conclusion : la prise du pouvoir par le prolétariat. Cela signifie que le programme n’est pas structuré en vue d’obtenir des réformes (structurelles ou conjoncturelles), à la différence ce que qu’affirment aujourd’hui les réformistes ou les centristes de tout poil. Le programme est lié ã une stratégie claire de pouvoir ouvrier.

Dans les discussions sur le programma Trotsky lui-même insistait sur le fait que les sectaires considéreraient comme trop minimalistes des consignes comme l’expropriation des grands groupes capitalistes alors que les opportunistes, à l’inverse, les verraient comme trop « rouges », incapables par conséquent d’empêcher les licenciements et d’imposer, par l’intervention ouvrière directe, la division du volume horaire total de travail (échelle mobile des heures de travail) au détriment des profits capitalistes.

Tant les sectaires que les opportunistes défendent des aspects partiels du programme pris indépendamment. Ni les sectaires ni les opportunistes cependant ne font valoir que l’objectif d’ensemble est celui de développer la mobilisation et la conscience des travailleurs pour que ces derniers s’approchent eux-mêmes le plus possible de la seule conclusion stratégique correcte : se préparer pour vaincre.

Construire un parti révolutionnaire aujourd’hui implique ne pas se limiter ã défendre une série de consignes fondamentalement correctes mais déhiérarchisées ou désarticulées les unes par rapport aux autres comme l’échelle mobile des heures de travail, la nationalisation du secteur bancaire et du commerce extérieur, la défense des salaires, etc.. Pour tenter de diriger un processus social dans un sens révolutionnaire, la stratégie marxiste révolutionnaire pose trois questions fondamentales : d’une part la plus stricte indépendance de classe face ã tout programme « d’accord ou de consensus social » ou politique se réalisant aux dépends des travailleurs, de l’autre le combat audacieux en faveur d’une politique d’auto-organisation démocratique des exploités et enfin la construction d’un parti de travailleurs révolutionnaire capable de conduire la lutte jusqu’à la victoire.

En premier lieu, il est nécessaire de tout faire de manière ã ce que les travailleurs ne tombent pas dans les pièges et les impasses auxquels les mèneront les directions collaborationnistes. Cela peut avoir lieu sous plusieurs formes. Certains n’hésiteront pas ã appuyer des partis front-populistes, comme c’est le cas par exemple du MAS d’Evo Morales. D’autres soutiennent des partis nationaliste-bourgeois, comme dans le cas du PSUV chaviste. Plus généralement, les directions collaborationnistes cèdent au chantage patronal direct, consistant ã poser par exemple la « défense de l’emploi en échange d’une dévaluation monétaire ou d’un gel des salaires ».
Au cours des premières étapes de la crise que nous sommes en train de vivre, le paronat et les gouvernements défendront l’idée de la nécessité d’arriver ã des « accords sociaux » que les bureaucraties syndicales essaieront d’imposer à la classe ouvrière. Les propositions consistant ã « maintenir l’emploi en échange d’une baisse de salaire », de « défense de l’emploi des CDI en échange d’un non renouvellement des CDD », « de mise au chômage technique ou de réduction de l’horaire de travail et du salaire pour faire face à la crise » seront les solutions proposées par ces messieurs et qui iront en se multipliant au cours des prochains mois. Ces mesures sont non seulement réactionnaires mais représentent de véritables escroqueries. Elles sont de surcroît incapables de freiner l’impact de la crise dans son ensemble. Si de telles propositions ne sont pas combattues consciemment par la classe ouvrière et les révolutionnaires, elles mèneront ã une usure et ã un reflux du monde du travail mais serviront également de terreau au surgissement de gouvernements bonapartistes qui ne manqueront pas d’attaquer le droit à l’organisation pour les travailleurs et les libertés démocratiques en général.

C’est pour cela que les travailleurs doivent lutter avec pour perspective centrale le slogan selon lequel « c’est aux capitalistes de payer les coûts de la crise ». Si ces derniers s’avouent impuissants pour faire face à la situation, alors ils nous faudra répondre en reprenant Trptsky que s’ils sont incapables de subvenir aux besoins de leur esclaves salariés, alors il n’y a aucune autre solution que leur expropriation. Cette discussion sur le programme doit sembler excessivement radicale pour les camarades qui ne vivent pas une crise de ces dimensions depuis des années, mais elle répond fondamentalement à la dynamique même de la lutte de classe et à la psychologie ouvrière dans une phase comme celle que nous vivons.

Deux années avant que ne commence la crise en tant que telle, les ouvriers de Zanon en Argentine n’avaient quasiment jamais fait grève. L’usine était remplie d’agents de maîtrise qui fliquaient ouvriers et employés et contrôlaient étroitement le processus de production. Lorsqu’il a commencé ã apparaître clairement cependant que le patron n’entendait aucunement traiter et que la perspective la plus probable était le licenciement de la plupart de ouvriers ou tout simplement la fermeture de l’usine, alors les travailleurs ont commencé ã prendre conscience de la nécessité et de la possibilité d’une part d’empêcher une telle décision puis par la suite qu’il n’existait aucune autre alternative à l’occupation de l’usine et ã sa mise en fonctionnement sous contrôle des travailleurs, en exigeant parallèlement l’expropriation et la nationalisation de l’usine sous gestion ouvrière directe.

Cette dynamique ouvrière n’en est pas restée-là . Pour renforcer leur poids social les travailleurs ont dû s’allier au principal mouvement de chômeurs de la région puis à l’ensemble des mouvements de chômeurs ã qui les ouvriers ont offert des postes de travail au sein de l’usine occupée. Cela a fait naître un nouveau « pouvoir ouvrier » dans la province de Neuquén qui a eu une énorme influence et a permis de gagner à la cause de Zanon les travailleurs du public et les enseignants de la région, en dépit de la ligne politique bien distincte que défendaient leurs directions syndicales [2].

Le SOECN [3] a par la suite appelé les organisations ouvrières, étudiantes et de défense des droits de l’homme ã mettre sur pied une Coordination qui a fonctionné pendant prés d’un an. Après la victoire de Kirchner en 2003 suivie de la stabilisation de la situation par la bourgeoisie à la suite de la crise de 2001-2002, les courants syndicaux et politiques participant à la Coordination de l’Alto Valle se sont progressivement retirés, la vidant de son contenu. On peut néanmoins penser que si la crise avait persisté il est très probable que la politique du SOECN consistant ã ce que la Coordination soit non pas un front unique d’organisations sociales et de leurs dirigeants mais une assemblée de délégués mandatés par leur base aurait pu voir réellement le jour. Cela aurait donné lieu ã une sorte d’authentique conseil ouvrier dans la ville de Neuquén.
Cet exemple montre ã échelle réduite le rapport indissociable entre la lutte pour l’indépendance de classe (en rupture avec toutes les « alternatives » ou « solutions » philo-patronales) et la manière dont s’exprime une politique visant à l’auto-organisation non seulement des travailleurs mais s’adressant fondamentalement ã tous les exploités et opprimés. C’est par la combinaison de ces deux dimensions stratégiques qu’il est possible pour les révolutionnaires de lutter pour éviter que la crise ait pour effet une décomposition du prolétariat et viser au contraire ã son renforcement en tant que classe consciente.

Lorsque nous disions d’ailleurs que l’Amérique latine a connu une sorte de répétition générale de la crise actuelle, nous entendions également souligner, comme nous venons de le faire, que le Programme de transition, loin d’être une relique du passé, a démontré être l’outil le plus efficace pour que les travailleurs mobilisés soient capables d’affronter la crise.

Nous disions également que le troisième élément central d’une stratégie révolutionnaire est le parti. Trotsky avait pour habitude de souligner que le parti révolutionnaire joue pour le prolétariat le même rôle centralisateur d’expériences que ne le jouait les universités à l’époque des mouvements révolutionnaire bourgeois. En ce sens, remarquait-il, bien que les forces politiques dirigeant les soviets en Russie en 1917 étaient infiniment plus puissantes que le Parti Bolchévique, sans la direction de ce dernier les soviets, hégémonisés par d’autres courants, auraient capitulé face à la bourgeoisie (et par conséquent face à l’Entente), liquidant ainsi toute perspective révolutionnaire.

Il n’existe aucun autre instrument ayant démontré plus d’efficacité au cours de l’histoire de la lutte des exploités qu’un parti révolutionnaire internationaliste, trempé dans les luttes les plus importantes de son propre prolétariat et qui, aux moments décisifs, ne cède pas, comme le dit Trotsky, à la terreur contre-révolutionnaire ou « aux chants de sirènes » du front populaire. Gramsci, pour sa part, soutient que l’importance d’un parti révolutionnaire n’est quantifiable qu’en fonction de ce que ce dernier apporte ã sa propre classe, en faisant partie intégrante de ses luttes. En ce sens, alors que nous ne sommes qu’au début de la crise, il nous faut réactualiser non seulement le Programme de transition mais également apprendre de l’expérience de l’expérience de l’Opposition de gauche et de la IV Internationale ã ses débuts. Pour ce qui est du mouvement trotskyste de l’Après-guerre qui a connu dans son ensemble une déviation centriste, nous ne nions pas non plus qu’il y ait énormément ã apprendre de ses expériences les meilleures qui représentent autant d’éléments partiels de continuité avec le programme révolutionnaire, les trotskystes de l’après-guerre ayant contribué, par certains apports importants, au développement de la classe ouvrière au cours des soixante dernières années.

Cela nous mène donc ã une question qui selon nous est centrale. Pourquoi lutter pour la reconstruction de la IV Internationale et de ses sections nationales ? Nous tirons cette conclusion du fait qu’il n’existe aucune autre organisation, « nouvelle » ou plus ancienne, qui défende une stratégie supérieure ã celle des marxistes révolutionnaires. Avant de disparaître en tant que courant ouvrier ã échelle internationale les anarchistes sont devenus ministres de la République espagnole (seule une poignée s’est opposée ã cette perspective) et ont contribué ã étouffer la Révolution. Les autonomes, une variante de l’anarchisme, ont fait montre dernièrement de leur impuissance politique complète au Mexique, sans parler de leur sectarisme total à l’égard du mouvement de lutte le plus avancé qu’ait connu le pays au cours des dernières années, la Commune d’Oaxaca. Pour ce qui est du stalinisme, tant considéré dans sa version maoïste que guérilléro-castriste, il a défendu comme stratégie le « socialisme dans un seul pays », interdisant toute tendance des masses à l’auto-organisation et persécutant de surcroît les trotskystes. Il a fini par céder à la pression de l’impérialisme comme en témoigne la brutale restauration capitaliste ayant lieu en Chine, la direction castriste cubaine allant dans le même sens aujourd’hui.

Il n’y a que le Parti Bolchévique qui a réussi ã triomphé en dirigeant les soviets. Pour le défaire, le Thermidor soviétique a dû liquider physiquement la quasi-totalité de la direction qui avait a participé à la révolution d’Octobre de manière ã faire disparaître tout le legs d’expériences révolutionnaires ã 1917, non seulement en URSS mais ã échelle mondiale. L’opposition de gauche fut ainsi brutalement balayée en URSS et persécutée et isolée dans le reste du monde. Aucun secteur oppositionnel du type de ceux surgis dès les années 1920 en URSS n’ont vu le jour par la suite en Chine, ã Cuba ou au Vietnam. C’est en ce sens que nous affirmons que le trotskysme est l’héritier direct de plus d’un siècle et demi de théorie, d’expériences et de luttes du mouvement ouvrier.

Il est certes nécessaire de souligner combien la grande majorité des trotskystes de l’Après-guerre a capitulé cependant face aux différents appareils qui ont dirigé, ã partir de la fin des années 1940, le mouvement ouvrier et populaire dans différentes régions du monde. A la différence de ce trotskysme-là , il nous faut construire des partis capables de développer l’ensemble des tactique propres au mouvement ouvrier (la « conduite des opération isolées » selon Trotsky) en fonction de la stratégie de direction de l’insurrection armée du prolétariat et de ses alliés contre un bourgeoisie qui ne reculera devant rien pour les écraser après avoir eu recours ã son ultime carte, le front populaire.

Pour reprendre les mots de Trotsky, nous soulignons que notre méthode est la révolution prolétarienne et que notre objectif est le pouvoir aux mains des travailleurs structuré autour de conseils ouvriers, paysans et populaires. Sans refondation de la IV Internationale basée sur cette méthode et cet objectif il ne peut y avoir qu’impuissance sectaire ou capitulation opportuniste.

Au sujet d’un aspect central de la tactique révolutionnaire

Le prolétariat, dans la phase actuelle, est organisé dans des syndicats (de branche, d’industrie, de service, etc.) qui dans le meilleur des cas ne regroupent que 20 ã 25% de l’ensemble du salariat. Même dans des pays comme la France, ayant une longue histoire de luttes sociales, le taux de syndicalisation de dépasse pas bien souvent 10%.

Il faut ajouter ã cela deux éléments. Au cours des trente dernières années d’offensive néolibérale on a assisté à l’émergence d’une sorte de « sous-classe » constituée de précaires ou de chômeurs de longue ou très longue durée, qui ne disposent d’aucune sorte d’organisation. Dans certains cas faisant figure d’exception, comme par exemple pour le mouvement « piquetero » en Argentine, des organisations de chômeurs ont surgi en dehors (et même contre) des syndicats qui avaient laissé les travailleurs sans emploi sur le bord de la route. D’un autre côté, du point de vue de la potentialité des syndicats en tant qu’instruments de lutte, il faut souligner néanmoins que le mouvement ouvrier de nombreux pays dispose d’organisations qui sur les lieux de travail permettent de dépasser les divisions entre syndiqués et non-syndiqués, permettant ainsi aux travailleurs d’agir de manière unifiée dans leurs entreprises.

Un des axes fondamentaux pour les marxistes intervenant au sein du mouvement ouvrier consiste ã reconnaître avant tout l’existence de ces organisations qui, en dépit de leurs limites énormes, sont les organismes les plus larges sur lesquels puisse compter le salariat en tant que classe internationale. Trotsky souligne d’ailleurs dans Le Programme de transition qu’une organisation n’ayant pas de politique visant ã intervenir au sein des syndicats ne peut être membre de la IV Internationale. Cette impératif est toujours d’actualité. Cependant cette politique doit se lier ã un contenu de lutte réel, c’est-à-dire au combat pour le front unique ouvrier le plus large possible de manière ã résister à l’offensive capitaliste qui aujourd’hui se traduit par des centaines de milliers de licenciements.

La participation aux syndicats sur la base de cette ligne politique doit viser systématiquement ã dépasser la logique routinière, le divisionnisme et la subordination politique et idéologiques à l’égard des Etats et des bureaucraties syndicales qui dirigent les confédérations. Cela veut dire intervenir au sein des syndicats sur la base d’une perspective révolutionnaire.
En des temps de crise comme ceux que nous traversons actuellement l’orientation des bureaucraties syndicales est plus criminelle que jamais. Non seulement elles se contentent le plus souvent d’essayer de limiter l’impact de la crise par le biais de la modération salariale ou de la perte d’acquis en échange d’une limitation des réductions d’effectifs. Elles ne défendent de surcroît généralement que leurs propres affiliés, se niant ã unifier la classe au delà de ses divisions internes (CDI, CDD, précaires, chômeurs, etc.), et refusant bien entendu de poser la perspective d’un programme d’ensemble qui comprenne la défense des intérêts des classes subalternes des villes et des campagnes, transformant la classe ouvrière en une véritable alternative face à la décadence de la bourgeoisie et de ses gouvernements.

Pendant toutes les poussée révolutionnaires du XX siècle, y compris au cours des processus révolutionnaires qui ont été défaits dans le sang comme en Argentine ou au Chili dans les années 1970, on a assisté au surgissement d’organismes de front unique offensifs qui dépassent de loin l’organisation étroite et routinière des syndicats. Il suffit de penser aux soviets russes de 1917, aux conseils ouvriers dans l’Allemagne de 1918 ou en Hongrie en 1956, ou encore aux Cordons industriels chiliens, aux Coordinations inter-usines en Argentine ou à l’Assemblée Populaire bolivienne au cours des années 1970. Partir des organisations syndicales existantes, tout en essayant, par le biais d’une politique de front unique, de faire naître les organismes les plus larges possibles organisant les travailleurs et les classes subalternes par ville, province, région ou même ã niveau national, voilà une des principales leçons que l’on doit aux quatre premiers congrès de la III Internationale au sujet de l’articulation entre programme et tactique révolutionnaires.

Le syndicalisme routinier d’un côté et le syndicalisme « rouge » ou le conseillisme abstrait de l’autre sont deux dangers que tout courant révolutionnaire mûr se doit d’éviter. Il s’agit, nous le soulignons ã nouveau, de partir des organisations existantes des travailleurs de manière ã essayer de les dépasser par le biais d’une politique de front unique, afin de faire surgir des organismes ã même non seulement de résoudre les nécessités immédiates de la classe mais également ã préparer l’insurrection qui conduise au pouvoir ouvrier. Nous sommes intimement persuadés que si la crise se développe pendant plusieurs années, comme semblent l’indiquer toutes les tendances actuelles, alors des situations prérévolutionnaires et révolutionnaires ne manqueront pas de surgir dans plusieurs pays et la question du lien entre tactique et stratégie révolutionnaire sera plus que jamais à l’ordre du jour.

Vers la reconstruction de la IV Internationale

Du point de vue des organisations qui revendiquent l’héritage marxiste révolutionnaire, la « répétition générale » des premières années du XXI siècle en Amérique latine a permis l’existence, avec une certaine vitalité, de trois courants qui aspirent ã être des tendances internationales et qui ont une certaine influence sur le mouvement réel. Néanmoins, dans la mesure où le prolétariat n’a pas été l’acteur principal de la décennie qui est en train de se clore, cet élément a énormément fait pression sur certaines de ces tendances en terme d’adaptation opportuniste aux régimes politiques en place ou encore en laissant croire qu’il est possible de croître en « grossissant » de manière sectaire, sans fondamentalement aller au-delà du creuset originel (c’est le cas par exemple de la LIT-QI qui regroupe pour l’essentiel les « morénistes ») ou en évitant de rendre possible des accords entre groupes qui sont en « concurrence » dans un même pays (c’est le cas du refus du PO et de la CRQI d’ouvrir un processus de discussion sérieux avec le PTS et la FT-QI).

Nous avions pour notre part pris au sérieux l’idée selon laquelle le processus s’étant ouvert au début du XXI siècle en Amérique latine ouvrirait des perspectives révolutionnaires. Notre groupe au Brésil, la LER-QI, a proposé l’ouverture d’une discussion sur le parti au PSTU brésilien alors qu’en Argentine le PTS a proposé au PO ainsi qu’à d’autres forces politiques de discuter des bases programmatiques et politiques d’un parti commun, en prenant pour référence la tactique « d’unité des communistes » que soutient Trotsky en 1931 au début du processus révolutionnaire en Espagne. L’absence de réponse (en dépit d’entrevues avec des membres de la direction de ces partis et courants) fait que les faiblesses originelles (de longues périodes au cours desquelles nous avons vécu des situations non-révolutionnaires) et conjoncturelles (des poussées de masse de caractère non prolétarien) ont empêché que l’on puisse initier un processus d’unification qui dépasse les limites étroites de ce que Lénine appelait « la vie des cénacles » ou des tendances « pures » ou « non concurrentes ».

Aucun de ces courants, le nôtre inclus, n’est exempt du risque de dégénérescence centriste ou réformiste. C’est en ce sens que la discussion sur la tactique, la stratégie et le programme sont des impératifs centraux si l’on veut éviter le risque de l’impuissance sectaire ou de la dérive opportuniste.

Pendant des années nous avons centré notre activité en faveur de la reconstruction de la IV Internationale, tournée vers les tendances trotskystes avec lesquelles nous avions le plus de convergences. Notre méthode de discussion s’enracinait dans la nécessité de tirer des leçons programmatiques et stratégiques des principaux événements de la lutte de classe, ce que les anglo-saxons appellent « acid tests » (restauration du capitalisme dans les anciens Etats ouvriers, les guerres des Balkans, les guerres du Golfe, etc.). Notre objectif consistait ã rechercher une fusion sur la base d’un haut degré d’homogénéité théorique et politique dans la mesure où à l’époque la phase non révolutionnaire (ou même directement réactionnaire) impliquait que la principale tâche en vue de la reconstruction de la IV Internationale était fondamentalement liée à la propagande révolutionnaire.

Au cours des dernières années, sous-produit des convulsions qu’a connues l’Amérique latine, nous avons mené des initiatives plus concrètes d’unification en Argentine et au Brésil, centrées sur la nécessité de trouver des accords programmatiques et stratégiques afin d’affronter les situations nouvelles s’étant ouvertes. Cela impliquait cependant que nous n’étions pas convaincu (et cela ne nous convainc toujours pas à l’heure actuelle) de discuter d’éventuels rapprochements sur la base d’un accord autour de quatre ou vingt point généraux et abstraits (défense de la dictature du prolétariat, lutte contre le front-populisme, etc.), come le défendent la LIT-QI et la CRQI.
Partie intégrante de notre combat pour la construction de partis ouvriers révolutionnaires ã échelle nationale et internationale, nous avons consacré des efforts importants non seulement à l’action sur le terrain de la lutte de classes et de la lutte politique en général mais également sur le front du débat idéologique, et ce face ã toutes les « modes » théoriques qui entendent légitimer le système actuel d’exploitation et démontrer « scientifiquement » l’impossibilité de la révolution ouvrière, ou encore sa dégénérescence « inexorable » en totalitarisme stalinien. La lutte idéologique, comme le signalait déjà Lénine et avant lui Engels, est une arme essentielle afin que le marxisme soit un guide pour l’action permettant au programme d’être le plus efficace et puissant mais également pour former les dirigeants, les cadres et les militants conscients dont a besoin la classe ouvrière. C’est pour cela que la V Conférence de la FT-QI a réaffirmé l’importance de cet aspect de la lutte pour les révolutionnaires. L’accélération de la crise actuelle nous impose néanmoins aujourd’hui de mettre tout le bagage que nous avons accumulé au service d’une intervention politique audacieuse.

La FT-QI en général et le PTS en particulier ont opéré, ces dernières années, un virage audacieux en direction de la classe ouvrière. Nous avons entamé ce virage « contre le courant » (populiste), contre ces courants qui privilégiaient à l’époque l’intervention en direction d’autres secteurs des couches exploitées ou opprimées (paysans, organisations de quartier ou territoriales, chômeurs, etc.). Nous avons opérer ce virage en luttant également contre les courants les plus syndicalistes qui pensaient que nous vivions une longue étape d’accumulation « pacifique » de forces au sein du prolétariat. On ne peut que regretter que nous ayons conduit cette lutte de manière fortement isolée, notamment en ce qui concerne notre intervention et insertion au sein du prolétariat industriel.

La crise signifiera d’énormes dangers mais également de grandes opportunités pour les révolutionnaires. Les travailleurs, en effet, n’évolueront pas simplement en fonction des conflits, (« écoles de guerre » selon Lénine), mais, comme nous le soulignions, ils seront également « éduqués » par les pénuries et les conséquences économiques et sociales liées à la crise. Plus que jamais en tant que révolutionnaires nous devons nous concentrer sur la classe ouvrière, sur ses luttes, de manière ã faire partie de ses victoires et de ses défaites. C’est uniquement de cette fusion que pourra naître un véritable parti révolutionnaire.

Si ces dernières années nous nous avons proposé d’ouvrir des discussions concrètes ã niveau national en direction d’autres organisations d’extrême gauche au sujet de la construction de partis révolutionnaires communs, il s’agit aujourd’hui de généraliser ã échelle internationale cette méthode. Tout processus de fusion doit élaborer un programme transitionnel ã échelle internationale, c’est-à-dire jeter les bases d’une compréhension commune des tâches permettant d’affronter la crise et d’éventuelles situations prérévolutionnaires ou révolutionnaires ã niveau national et d’intervenir dans les processus politiques qui pourraient en découler.

En Europe par exemple, tant la LCR que le SWP font le pari de la construction d’une sorte de courant constitué de « partis anticapitalistes ». Avoir une politique à l’égard de tels phénomènes est fondamental dans la mesure où de telles organisations peuvent tout à la fois constituer des obstacles centristes au développement révolutionnaires des secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière et de la jeunesse mais également représenter une opportunité pour qu’au moins une partie de la génération militante actuelle évolue vers des positions principielles d’extrême gauche sous l’effet de la lutte de classe et de l’action des révolutionnaires.

Aussi, même si pour les raisons que nous avons exposées préalablement, il se peut qu’il existe circonstanciellement en Amérique latine une masse critique plus importante pour commencer la tâche de la reconstruction de la IV Internationale, la crise étant « globale », il ne s’agit pas tant de construire un courant révolutionnaire latino-américain mais un véritable regroupement international.

Nous pensons que cette méthode sera la plus efficace afin de rechercher une unification principielle non seulement en direction aux courants venant du trotskysme mais également en direction des différents secteurs ou organisations ouvrières ou de jeunesse qui adopteraient une orientation tendant vers des positions révolutionnaires face à la catastrophe qui nous menace tous et face aux énormes convulsions sociales et politiques auxquelles nous ne manquerons pas d’assister au cours des années ã venir.

* E. Albamonte, “Apuntes sobre la crisis en curso y la reconstrucción de la IV Internacional”, Esrategia Internacional n°25, Buenos Aires, décembre 2008-janvier 2009, p.105-118. Nous signalons également la traduction anglaise du même article, “Notes on the Capitalist Crisis Underway and the Rebuilding of the Fourth International”, disponible en ligne sur www.ft-ci.org/spip.php?article1749?lang=en

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  • [1« Tesis sobre la situación de la economía y las relaciones interestatales a nivel mundial ». Les textes complets de ces documents sont disponibles sur www.ft-ci.org.

    [2La syndicalisation étant automatique en Argentine, la plupart des travailleurs du public et les enseignants sont organisés au sein d’ATEN et de CETERA, les deux fédérations liées à la CTA, une des deux confédérations syndicales argentines avec la CGT [NdT].

    [3Syndicat des Ouvriers et Employés de l’industrie Céramique de Neuquén, dont Zanon représente la principale section syndicale.

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