FT-CI

La lutte des intérimaires, précaires, chômeur-euse-s et intermittent-e-s du spectacle

Réforme de l’assurance chômage : 2 milliards de plus pour le patronat !

12/06/2014

Réforme de l’assurance chômage : 2 milliards de plus pour le patronat !

Eliane Le Floch

Signé le 22 mars dernier par le Medef, FO, la CFDT et la CFTC, la nouvelle Convention d’assurance-chômage de l’UNEDIC doit être agréée par le gouvernement d’ici la fin du mois de juin pour rentrer en vigueur début juillet.

Nouvelle attaque de la part du syndicat patronal et du gouvernement, qui réduirait encore les taux d’indémnisation des intermittents et conduirait ã une perte sèche de 50 ã 300 euros par mois pour les intérimaires notamment, la réforme avait été contestée dans la rue par des milliers de précaires au début du mois de mars, sans parvenir cependant ã imposer un rapport de force suffisant pour contraindre les “partenaires sociaux” ã refuser les termes de l’accord.

Mais à l’approche de l’agrément, la mobilisation reprend de plus belle, empruntant les voies de la combativité qui avait secoué l’été 2003 et conduit à l’annulation de nombreux festivals lorsque la convention d’assurance-chôamge avait été réformée très défavorablement contre les travailleurs. Ainsi, depuis début juin, de nombreuses équipes d’intermittents se sont mises en grève, obligeant notamment à l’annulation du Printemps des comédiens ã Montpellier, de la soirée d’ouverture du festival de musique Rio Loco de Toulouse qui commence ã peine, du Festival d’Anjou ã Angers et mettant en place une multitude d’actions, d’une intervention lors de la cérémonie des Molières aux prises de paroles à l’Opéra Bastille. Tandis qu’un appel à la grève concentré sur la journée du lundi 16 juin a été lancé, afin de faire monter la pression au maximum deux jours avant son examen par le Conseil national de l’emploi, qui doit donner un avis sur l’agrément de la convention avant décision du ministre du Travail.

La Coordination des Intermittents et Précaires (CIP), créée dans le feu des mobilisations de 2003, s’est réunie pendant le Printemps des comédiens, rassemblant 350 personnes représentant 27 coordinations de 13 régions différentes pour réaffirmer son opposition totale ã cette réforme et impulser les mouvements de grève au niveau national. C’est elle qui constitue la force motrice de la contestation. Basée sur un principe d’auto-organisation, elle se bat non pas au nom des seuls intermittents, même s’ils constituent la majeure partie des troupes combatives, mais au nom de tou-te-s les précaires, qu’ils soient intermittent-e-s, intérimaires ou chômeur-euse-s du régime général. Et c’est cette compréhension des réformes de l’UNEDIC comme attaque généralisée contre les travailleurs qui donne ã cette coordination toute ça force, laquelle multiplie les initiatives en direction des intérimaires, couche de travailleurs extrêmement précarisés de part leur atomisation dans le monde du travail. Ainsi, une action est prévue le 23 juin prochain en direction des intérimaires de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, entreprise qui recourt le plus massivement ã ce type de contrat en région parisienne. Alors que 90 % des embauches se font désormais en contrat précaire, une telle orientation dans la lutte est cruciale.

Le Parti socialiste, droit dans les bottes du patronat

De même que pour la réforme des retraites, dénoncée par les éléphants socialistes lorsqu’ils étaient dans l’opposition mais qu’ils ont aggravée une fois au pouvoir ; de même que lors de l’adoption de la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (LRU) passée sous la droite et finalement renforcée sous la gauche au printemps 2013 par la loi Fioraso ; le parti socialiste, exactement de la même façon, s’apprête ã valider une réforme qui durcie encore davantage la convention qu’il dénonçait il y a maintenant 11 ans face à la droite quand il se trouvait dans l’opposition. Ainsi, l’épreuve des faits nous permet facilement de mesurer la sincérité d’un parti et du programme qu’il défend et, en ce qui concerne le PS, nous autorise ã dire que le PS est, au même titre que la droite, un parti qui sert les intérêts des patrons et donc l’ennemi des travailleurs. Au niveau des membres de son parti, l’inconsistance dans la défense de positions économico-politiques est encore plus frappante. François Rebsamen qui se déclarait en mars favorable aux propositions du Comité de suivi pour la réforme de l’assurance chômage, créée par la CIP, n’aura eu besoin que de devenir ministre pour retourner sa veste et soutenir le projet patronal de la réforme de l’UNEDIC. Même musique, quoiqu’un peu plus subtile, concernant le député PS Jean-Patrick Gille, nommé en catastrophe après les premières grèves de ce mois-ci, pour tenter de trouver une solution négociée avec les grévistes. Il était favorable au projet présenté par le Comité de suivi avant d’appuyer, au travers d’un tweet en soutien au gouvernement, qu’il fallait que la Convention soit agréée, même si -et là c’est là que devrait se faire jour toute sa probité- il admet que ce n’est pas “l’idéal” pour les intermittent-e-s, mais est bénéfique à l’ensemble des chômeur-euse-s. Une bonne manière de diviser les travailleurs entre eux. Quand ã Aurélie Fillipéti, Ministre de la culture, elle doit se réjouir de la position originale qu’elle s’est trouvée. Elle soutient les intermittent-e-s, tout en affirmant ne pas pouvoir peser dans la balance des négociations. On regrettera qu’elle n’ait pas fait usage de son droit de démission pour preuve de l’honnêteté de ses déclarations.

Mais ce serait ne pas rendre au PS ce qui est au Medef en l’accusant d’inconstance voir d’inconsistance. Le gouvernement fait preuve d’une grande fidélité… à l’égard du patronat ! Ainsi, lorsque le Medef réclame que des milliards soit retirés des poches des travailleur-euse-s pour aller directement dans les siennes, le PS répond présent. Le Pacte de Responsabilité, annoncé lors des voeux présidentiels 2014, et dont le but est sur 3 ans d’économiser 50 milliards d’euros en est le dernier exemple. Un pacte qui frappe directement les plus précaires puisque 2 des 50 milliards économisés doivent provenir de la réforme de l’UNEDIC. Ainsi, la réforme à laquelle s’opposent les intermittent-e-s et précaires fait partie d’une attaque bien plus large contre le monde du travail.

Une situation explosive

Si l’attaque lancée par le MEDEF et le gouvernement contre les salarié-e-s en emplois précaires s’inscrit dans ce contexte d’offensive généralisée contre les travailleurs dégradant toujours plus leurs conditions de travail et de vie, le gouvernement se trouve lui-même dans une situation…. de grande précarité. En effet, alors que son parti a subi deux revers électoraux majeurs au cours du printemps, le gouvernement le plus impopulaire de la Vème République va le devenir encore davantage, et en subir les conséquences.

La grève démarrée mardi soir dernier à la SNCF est extrêmement suivie. D’une moindre envergure, mais boostée par une puissante combativité, la grève des postiers du 92 qui, depuis 1 mois est aussi celle du 91 et du 15ème arrondissement ã Paris est également un caillou dans la chaussure du patronat qui ne parvient pas ã affaiblir la détermination des postiers, en lutte contre la précarité de leurs emplois et les licenciements.

Des mouvements simultanés d’autant plus menaçant pour le gouvernement que l’idée de la convergence est déjà dans les têtes, sinon dans les actes. Ainsi, les postiers et intermittent-e-s et précaires enchaînent les actions communes, comme lors de l’envahissement du PS ã Toulouse ou lors de rassemblements ã Paris. Lors de la première AG cheminote des grévistes d’Austerlitz mercredi 11 juin, la nécessité de s’appuyer sur les mobilisations en cours, que ce soit celle des postiers, des intermittents ou encore des crèches, pour faire avancer la grève et renforcer le mouvement jusqu’au retrait était déjà discutée. Les prochains jours seront donc cruciaux pour toutes ces mobilisations qui, portées par une colère généralisée pourraient se renforcer mutuellement et faire reculer le patronat dans chacun des secteurs ou il tente ses incursions. Il faut donc, partout où les travailleurs et travailleuses se mobilisent, défendre l’auto-organisation de la lutte pour dépasser la volonté des directions syndicales, et parvenir ã imposer nos propres revendications ! Face à la machine médiatique bien huilée pour discréditer toute résistance face aux attaques patronales et opposer comédiens et spectateurs, travailleurs et usagers, il faut, partout ou c’est possible, construire la solidarité avec ces luttes et tout faire pour les faire gagner !

12-06-2014

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