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Qu’y a-t-il derrière l’escalade d’accusations de l’OTAN en Ukraine ?

29/08/2014

Qu’y a-t-il derrière l’escalade d’accusations de l’OTAN en Ukraine ?

Une nouvelle opération médiatique venant des Etats-Unis et des dirigeants de l’OTAN a commencé ã se développer ã une vitesse impressionnante. Ce jeudi, les révélations d’un fonctionnaire de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) confirmant la participation militaire de Moscou en Ukraine ont déchainé une nouvelle hystérie guerrière, 20 fois supérieure ã celle qui a suivi la chute de l’avion de la Malaysia Airlines en juillet dernier.

Juste après, le gouvernement ukrainien a condamné ce qu’il décrit comme "une invasion russe non dissimulée" et a demandé à l’Union Européenne une "aide militaire importante". Le Conseil de Sécurité de l’ONU va se réunir dans les prochaines heures.

Cette nouvelle escalade verbale fait suite ã une situation difficile sur le terrain pour les forces ukrainiennes qui, contrairement ã ce que laisse transparaître la presse occidentale (sans la moindre objectivité et totalement intoxiquée par la propagande des USA), sont sur le point de perdre certains secteurs stratégiques. Ne pouvant plus cacher ce qui était déjà connu depuis quelques jours, les Ukrainiens ont reconnu aujourd’hui même la perte de la ville stratégique de Novoazovsk qui ouvrent le chemin des séparatistes vers Marioupol, la deuxième ville la plus importante de la province de Donetsk et son principal port dans la mer d’Azov. Ce nouvel élément intervient ã quelques jours ã peine de la réunion entre Poutine et le président ukrainien Petro Poroshenko, ã Minsk, en Biélorussie. Alors qu’on voit mal comment un compromis politique pourrait être trouvé ã court terme, le fait que la réunion ait pu se tenir est un signe de la nécessité pour le gouvernement ukrainien de negocier, dans laquelle Poroshenko s’est vu contraint de présenter un plan pour une désescalade du conflit [1]. Des bases ont été posées vers un accord énergétique temporaire entre l’Ukraine et la Russie dans les prochaines semaines, pour éviter une pénurie de gaz chez la première et une plus grande crise énergétique en Europe. Notons qu’aucun représentant des USA n’a participé ã cette réunion, bien qu’aient été présents, comme précédemment ã d’autres occasions, ceux de l’UE. De son côté, la puissante chancelière allemande Angela Merkel a fait personnellement le déplacement ã Kiev samedi, et tout en se prononçant pour l’intégrité du territoire de l’Ukraine, en coulisses poussait Poroshenko ã faire quelques concessions, et spécialement ã accepter une décentralisation du pouvoir. Dans le même temps, elle répétait aux médias allemands, ã propos de sa visite, qu’elle "voulait trouver une solution qui n’aille pas à l’encontre des intérêts de la Russie".

Réunions clés

C’est tout sauf un hasard si cette offensive des USA se déroule quelques jours avant la réunion, d’une part du Conseil Européen le week-end prochain ã Bruxelles et, d’autre part, du sommet de l’OTAN la semaine qui vient au Pays de Galles. Dans ce contexte, Ivo H.Daalder, représentant permanent des USA à l’OTAN entre 2009 et 2013 et proche de l’administration Obama, exprime clairement ce que cherche les Etats-Unis. Après avoir dit que l’invasion russe était inacceptable et que les USA, l’UE et l’OTAN devaient répondre, il affirme qu’"en ce moment, les appels ã un cessez-le-feu, pour une désescalade, ou un retour à la table des négociations sont dans les mains de Poutine". Pour l’actuel chef de l’OTAN, qui de son côté promeut une politique agressive contre la Russie, "l’OTAN doit changer et améliorer sa défense à l’Est", ce qui implique une présence des forces aériennes, maritimes et terrestres de l’OTAN en Europe de l’Est, y compris en la Pologne et dans les pays baltes. Mesures que la soi-disant invasion russe rendrait inévitable, en tout cas selon son désir. C’est ce même Anders Fogh Rasmussen, dont les hauts commandements considèrent aujourd’hui l’invasion russe comme un fait indiscutable, qui nous expliquait il y a 11 ans : "L’Irak détient des armes de destruction massive. Nous ne le croyons pas, nous le savons."

Les USA jouent avec le feu pour éviter une entente russo-allemande

Bien que les analystes superficiels aient vu dans la série de sanctions de l’UE contre Moscou une surprenante capitulation de l’Allemagne face ã ses intérêts dans la région, la réalité est que contre toute escalade belliqueuse, Merkel tente de faire naître un accord entre Russie et Ukraine. Un accord qui était quasiment conclu, quand un missile a détruit l’avion du vol de la Malaysia Airlines. Les USA, de leur côté, font tout leur possible pour éviter un tel accord. Ils ont en effet un grand intérêt ã défaire les liens de l’Allemagne avec la Russie et ã placer définitivement l’Europe sous leur tutelle. C’est pourquoi ils ravivent dès que possible les tensions et provocations, un espèce de climat de "guerre froide", mais sans pouvoir s’opposer ouvertement. Le fait est que si Merkel et la diplomatie allemande, malgré les obstacles nord-américains et la difficile situation sur le terrain, réussissent ã abaisser les tensions en Ukraine, Berlin s’imposera alors non seulement comme le leader économique en Europe, mais aussi comme le leader politique. Tout cela ne plaît pas beaucoup ã Washington, qui n’a jamais oublié le bloc du NON à la guerre en Irak en 2003 composé de Paris, Moscou et, étonnamment après des années de subordination géopolitique aux USA, de l’Allemagne.

En conclusion : le conflit ukrainien est en train de devenir un enjeu central de la géopolitique mondiale et l’évènement le plus important depuis la fin de la guerre froide et l’implosion de l’ex-URSS, et qui va déterminer les caractéristiques de l’ordre mondial et les relations entre grandes puissances dans les années ã venir. La situation est bien incertaine étant donné que l’affrontement entre la Russie et les USA se fait indirectement, au travers de tiers : les milices pro-russes d’un côté, avec sûrement des volontaires russes luttant aux côtés des séparatistes, et probablement une certaine quantité de munitions venues de Russie, bien que ce que l’on peut voir sur les photos soit plutôt du vieil équipement de l’ère soviétique ; et, de l’autre, la Garde Nationale Ukrainienne et les extrémistes les appuyant, utilisant eux aussi le vieil équipement d’avant 1991. Les risques de perte de contrôle sont grands pour les puissances impérialistes vis ã vis de ces intermédiaires. D’autant que derrière l’affrontement le plus visible la brèche est croissante entre les USA et l’Allemagne par rapport aux relations avec la Russie, et plus en général. Cent ans après la Première Guerre mondiale apparaît un scénario noir et oublié par l’Europe, qui s’était faite à l’idée que les possibilités de guerre ne la concernaient pas.

28/8/2014.

  • NOTAS
    ADICIONALES
  • [1Le reporter du quotidien de l’Etat espagnol, El Pais, ã Moscou, un peu surpris alors qu’il informait de l’offensive disait en même temps que : "Face ã cela, comme preuve des ambiguïtés et subtilités faisant parties du conflit, quelques heures après ses graves accusations envers Moscou, Poroshenko lui-même confirmait que les chefs d’Etat major russes et ukrainiens s’étaient réunis le mardi lors d’un sommet ã Minsk, comme premier pas vers une feuille de route pour un pacte de paix."

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