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ARGENTINA

Argentine. Macri, la dévaluation et sa stratégie du choc

21/12/2015

Argentine. Macri, la dévaluation et sa stratégie du choc

Les attentes placées par les patrons et les grands propriétaires dans le gouvernement de leurs représentants ont été comblées au-delà de leurs plus folles espérances. Sans le moindre gradualisme, l’administration de Mauricio Macri s’est lancée, le lundi matin du 14 décembre 2015, dans l’application d’une série de mesures constituant une véritable thérapie de choc. Une réelle chirurgie majeure destinée à entraîner, en un minimum de temps, de profondes transformations dans les lignes de force de la politique économique et à générer une augmentation notable des profits pour ceux qu’elle représente réellement : les propriétaires du pays.

Le déluge d’annonces a commencé tôt lundi matin, le 14 décembre, lorsque le nouveau président, Mauricio Macri, s’est rendu à Pergamino (dans la province de Buenos Aires) pour annoncer la fin des taxes sur les exportations de biens agricoles, sauf pour le soja, elles seront fixées au taux réduit de 5%. Au cours de la nuit, Macri annonçait également la suppression des impôts à l’exportation pour les produits industriels.

Ce même lundi, Francisco Cabrera, le ministre de la Production, annonçait qu’on allait libéraliser les importations, mettant fin à l’exigence de présenter la Declaracion Jurada Anticipada de Importacion [DJAI – demande concernant toutes les importations destinées à la consommation finale et qui nécessite d’être inscrite sur le Registre des importateurs, règlement introduit en 2012]. Cette mesure a été célébrée par une bonne partie des industriels utilisant des biens intermédiaires importés, même si certains secteurs craignent que la concurrence étrangère n’élève quelques objections.

Cabrera a donné aux patrons une autre bonne nouvelle en annonçant qu’il les libérerait de la nécessité de présenter des estimations de coûts et de rentabilité comme l’exigeait Axel Kicillof [ministre de l’Economie de novembre 2013 à décembre 2015 ; actuellement député national pour la ville de Buenos Aires]. Toujours lundi, le ministre de l’Energie, Juan José Aranguren, a déclaré que dès janvier 2016, « on » commencerait à supprimer les subsides et l’ajustement tarifaire pour la distribution d’électricité pour la zone métropolitaine de Buenos Aires. Le mardi 15 décembre 2015, ce même responsable a déclaré l’état d’urgence concernant le réseau électrique [pour éviter les coupures régulières].

Le deuxième jour de la semaine, Macri a pu démontrer que les entreprises s’intéressent au pays, en posant pour une photo aux côtés des dirigeants de Dow Chemical, qui ont signé un accord avec YPF (Gisements pétrolifères d’Etat) pour s’implanter dans le site pétrolier et de gaz de schiste de Vaca Muerta [formation de pétrole et de gaz de schiste dans la région de Neuquén, Río Negro et Mendoza].

En même temps, Federico Sturzenegger [diplômé du MIT, député national de PRO pour la ville de Buenos Aires, ex-économiste en chef de YPF], président de la Banque centrale d’Argentine [BCRA], mettait un terme au litige concernant les contrats à terme [engagement à acheter et à vendre à une date fixée et à un prix fixé à l’avance] sur le dollar qu’avait conclu Alejandro Vanoli [Banque centrale, en charge de la politique de change et que Macri a fait démissionner] entre septembre et novembre 2015, en prenant en charge un coût de pas moins de 17 milliards de pesos [Vanoli, homme de la présidente Kirchner, avait fixé le prix du dollar des contrats à terme à 10,65 pesos, alors qu’il aurait pu le faire à un taux se situant entre 14 ou 15 dollars comme l’indiquait le taux de change sur le marché parallèle].

Frederico Sturzenegger a décidé, mardi 15 décembre, une augmentation de plus de 8 points pour les adjudications de Lebac [Letras del Banco central] par la Banque centrale, qui ont ainsi passé à un taux annuel de 38%. Cette mesure est un signal indiquant une accélération de la sortie du piège du taux de change pesos/dollars et qu’on se préparait à payer un taux d’intérêt qui rendrait attractifs les actifs en pesos, en évitant ainsi la fuite vers le dollar.

Mercredi est arrivé le plat de résistance, le plus attendu par les patrons du pays, celle assurant enfin la devise : Patrie = “liberté” (de dollars), (in)égalité et “rentabilité”. C’est ainsi qu’a été annoncée la suppression du contrôle des changes [instrument censé lutter contre la fuite des capitaux et la spéculation], autrement dit la réhabilitation de la possibilité de faire entrer et sortir des dollars sans restrictions, jusqu’à la limite de 2 millions de dollars à des fins de réserve, ce qui ne peut être considéré comme étant restrictif que par une infime minorité.

Cette mesure a préparé le terrain pour l’annonce qui a finalement concrétisé la dévaluation la plus annoncée de l’histoire argentine. Le taux de change pesos-dollar a passé de 9,80 à 14 pesos. Cette mesure, tellement attendue, a entraîné toutes sortes de branle-bas : ré-affichage des prix en prévision du nouveau taux de change, accaparement des biens, paralysie productive.

Alfonso Prat Gay, ministre de l’Agriculture, a affirmé qu’ils allaient chercher à faire revenir les prix au niveau de novembre. Cette promesse a été répétée au fil des jours sans aucune évidence qu’elle sera réalisée.

Pour que certains gagnent, les travailleurs vont perdre

La dévaluation entraînée par l’unification du change que Prat Gay a annoncée avec un tel enthousiasme mercredi est une mesure qui génère des profits extraordinaires pour quelques-uns. Comme l’ont affirmé hier Martin Schorr et Andrés Wainer dans ce journal (La Izquierda Diario), la dévaluation occasionne un gigantesque transfert de revenus des salarié·e·s et des retraité·e·s vers le secteur financier et les grands exportateurs.

Lorsque nous parlons de grands exportateurs, il s’agit de moins de 30 entreprises qui concentrent le gros (environ 65%) des ventes à l’étranger : Cargill, Louis Dreyfus [commodities], YPF S.A., Pan American Energy, Bunge, Alfred C. Toepfer International, Chevron, Minera Alumbrera, Vintage Oil, Vicentin S.A.I.C., A.D.M. Argentina S.A., Aceitera General Deheza S.A.I.C.A., Nidera S.A., La Plata Cereal S.A., Siderca, Esso, Molinos Río de la Plata, Pecom Energía, Shell, Siderar, Tecpetrol.

Ces firmes et quelques rares autres (comme les secteurs des biens intermédiaires de l’industrie automobile) pourront empocher de formidables profits, comme cela est déjà arrivé en 2002. Les prix en pesos augmentent en même temps et dans les mêmes proportions que l’augmentation du taux de change du dollar (presque tous ces produits ont des prix fixés internationalement en dollars, raison pour laquelle ils augmentent en pesos dans la même mesure que l’ajustement du taux de change). Par contre les coûts de production se modifieront beaucoup moins dans l’immédiat, générant ainsi, en fin de compte, des bénéfices extraordinaires. Le point central de la stratégie de Mauricio Macri consiste à faire pression pour que les coûts se modifient peu de manière à soutenir, sur une certaine durée, cette augmentation en flèche de la rentabilité.

Quelles seront les conséquences de toutes ces mesures ? Notamment une augmentation massive des prix. Dans le cas des aliments, cette augmentation s’explique par la combinaison entre la dévaluation et la suppression de « retenues » à l’exportation, ce qui entraînera la disparition de la différence qui existait entre le prix international et celui du marché intérieur, qui était plus bas. Au cours de ces prochains mois nous devons donc nous attendre à une augmentation qui pourrait atteindre 100%.

Les pronostics de divers économistes prévoient que la dévaluation provoquera une nouvelle augmentation des prix de détail, raison pour laquelle ils s’attendent à ce que l’inflation se situe autour de 4% ce mois de décembre et de 5% en janvier 2016. En février, le taux pourrait être similaire à celui de janvier. A cela il faut ajouter l’énorme augmentation des tarifs pour l’électricité, le gaz, les transports, etc. dont on ne connaît pas encore l’impact.

Sortir du choc et lutter contre la cherté

La stratégie du choc possède une claire rationalité. Elle consiste à agir rapidement et à imposer des changements profonds sans donner le temps pour organiser une réaction. Elle a plusieurs antécédents dans l’histoire argentine.
Elle nous rappelle les recettes des tristement célèbres Chicago Boys, courant inspiré par l’économiste ultra-libéral Milton Friedman, qui a orienté Pinochet et d’autres contre-réformateurs au cours des dernières décennies.

Ce « plan de guerre » lancé par Macri pendant ses premiers jours de présidence exige une réponse urgente de la part de la classe travailleuse, en commençant par une lutte contre la cherté de la vie et pour exiger une prime de fin d’année.
Il s’agira également de s’opposer à la collaboration de la bureaucratie syndicale qui, en échange de récupérer le contrôle des œuvres sociales, ne se fend que de quelques molles protestations verbales face à la sauvagerie du plan du gouvernement. Et il faut lutter pour lancer un programme contre l’administration des PDG du pays, pour empêcher qu’ils imposent l’ajustement sur le dos des masses laborieuses et populaires.

18 décembre 2015

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