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L’irruption de la jeunesse provoque les premières fissures dans le Régime hérité de Franco
par : Santiago Lupe

27 May 2011 | Pendant la semaine qui vient de s’écouler, les places des principales villes de l’Etat espagnol ont été au centre de l’attention de tout le monde, notamment des activistes ouvriers et de la jeunesse.

Pendant la semaine qui vient de s’écouler, les places des principales villes de l’Etat espagnol ont été au centre de l’attention de tout le monde, notamment des activistes ouvriers et de la jeunesse. Ceux-ci ont suivi de près le déclenchement, dans l’un des pays d’Europe les plus frappés par la crise économique capitaliste, d’un grand mouvement de la jeunesse contre les perspectives sombres auxquelles les patrons, les banquiers et les politiciens à leur service nous condamnent. Les dizaines de concentrations et campements (acampadas) dans plusieurs villes du monde en sont une preuve.

Le processus a commencé avec les mobilisations massives qui, sous la revendication d’« une démocratie réelle tout de suite », se sont développées le 15 Mai (15M). La plus forte répression de la mobilisation, ã Madrid, a déclenché une réaction pour la libération des interpellés qui a pris la forme d’un campement. Après une première évacuation, les acampadas se sont massifiées et étendues ã travers tout le territoire. Vers la fin de la semaine, les campements ont coïncidé avec les élections municipales et de plusieurs régions autonomes.

Des dizaines de milliers de personnes ont défié l’interdiction de concentration émise par la Commission Electorale Centrale en remplissant les places, participant aux assemblées qui réunissaient des milliers de personnes et faisant des dénonciations profondes contre le régime politique de la constitution de 1978, ses institutions et les politiques d’ajustement pour faire payer la crise aux travailleurs.

La « génération perdue » du FMI casse la paix sociale de Zapatero

Le principal protagoniste du dénommé « Mai espagnol » a été précisément la jeunesse qui fait face ã une situation dramatique de manque de perspectives pour le futur, qui subit un chômage de 45%, un processus très agressif d’élitisation de l’éducation, qui touche des salaires de misère… Inspirés par les processus révolutionnaires dans le monde arabe, utilisant des outils comme les réseaux sociaux et certaines méthodes comme l’occupation des espaces publics, des dizaines de milliers de jeunes sont en train de mener une lutte qui peut marquer un point d’inflexion par rapport au faible niveau de réponse de la part des masses jusqu’à présent. Aussi, de larges secteurs des classes moyennes et des travailleurs sympathisent et même participent dans les acampadas et assemblées, même si pour l’instant les travailleurs le font en qualité de « citoyens », c’est-à-dire non avec ses propres méthodes de lutte, comme la grève. Ce qui a été le plus intéressant ce sont certaines actions de secteurs de jeunes pour se solidariser et converger avec les travailleurs en lutte. Ce mouvement surgit au moment où les gouvernements des régions autonomes préparent des attaques brutales contre la santé et l’éducation et les travailleurs de ces secteurs, ce qui peut provoquer des mobilisations importantes comme c’est déjà le cas en Catalogne.

Les premières fissures dans le régime hérité de Franco

Après les élections, les protestations continuent. Même si la victoire électorale de la droite est tombée comme « un sceaux d’eau froide » pour une partie des secteurs les plus larges du mouvement, une avant-garde de milliers de personnes continue ã participer des mobilisations et aux assemblées. Les discussions de comment continuer, comment étendre le mouvement, traversent les places et on commence ã constituer des assemblées dans des quartiers et villes périphériques. Sans pouvoir établir des rythmes et les formes que cela adoptera, ces derniers jours montrent les premières fissures qui peuvent provoquer l’effondrement du Régime de la Monarchie de Juan Carlos I.

Les revendications du mouvement remettent en cause la fausse démocratie au service du patronat et des banques, exigent la fin des institutions, piliers du régime, comme la Monarchie, en finir avec le bipartisme et la corruption, parmi d’autres revendications démocratiques profondes absentes de la Constitution de 1978. En même temps beaucoup de revendications pour résoudre les problèmes liés au chômage, au logement, aux services publics, etc., remettent en question le système d’exploitation capitaliste, comme le partage des heures de travail sans réduction des salaires, l’expropriation des logements des spéculateurs, la nationalisation des banques… Et tout cela se produit dans un contexte de crise économique qui ne laisse aucune marge de manœuvre pour faire des concessions –maintenant c’est le temps des attaques- et avec les médiations politiques –notamment le PSOE- et syndicales –la bureaucratie syndicale étant étroitement liée au PSOE- de plus en plus discréditées. Ces tendances par la gauche sont exprimées par une avant-garde très nombreuse, mais il est possible et en même temps nécessaire qu’elles s’étendent ã de larges secteurs de travailleurs et des masses populaires.

Pour une Assemblée Constituante Révolutionnaire, pour une République des travailleurs

Pour parvenir ã cet objectif, il est nécessaire que la jeunesse des acampadas se lie et converge avec les travailleurs et d’autres secteurs, notamment par ceux qui sont en lutte. Il faut structurer le mouvement dans les lycées, les universités, les quartiers populaires et surtout dans les lieux de travail, créant des comités de base et assemblées pour élargir et consolider le mouvement, qui soient coordonnés entre eux. Il est fondamental que les travailleurs interviennent avec leurs méthodes pour donner un « coup de grâce » au gouvernement, au régime et à la bourgeoisie. Dans ce sens, la gauche syndicale et les secteurs combatifs et de base des syndicats les plus massifs doivent aussi rejoindre cette lutte, en combattant avec l’extrême gauche les préjugés antisyndicaux et antipolitique existants parmi une partie de cette avant-garde qui constituent un obstacle pour que cette lutte se développe. Il s’agit tout d’abord de dépasser la politique de paix sociale des dirigeants syndicaux vendus, en imposant un plan de lutte et la grève générale.

C’est seulement ainsi que nous pourrons réussir ã répondre aux revendications que nous avançons. Nous devons imposer ã travers la lutte un processus constituant dans tout l’Etat espagnol, une Assemblée Constituante Révolutionnaire, formée par des représentants élus proportionnellement au nombre d’habitants où l’on discute comment résoudre toutes les questions démocratiques et toutes les nécessités économiques et sociales. Cette issue démocratique radicale, que des milliers exigent déjà dans les rues, nous devrons l’obtenir avec notre lutte. Les partis du patronat et la Monarchie vont se défendre becs et ongles pour éviter ce scénario. Donc, ce processus ne pourra être ouvert que par ceux qui luttent et sur les ruines du régime actuel, par un Gouvernement provisoire formé par les travailleurs et les secteurs en lutte qui mettent ã bas le régime hérité de Franco et qui impose une République des Travailleurs.


Le PSOE s’effondre et la droite obtient un grand succès électoral

« L’indignation » exprime tout d’abord une césure de plus en plus importante entre le PSOE –la patte gauche du Régime bipartite espagnol- et un secteur important de son électorat, dont une partie s’est réfugiée dans le vote nul ou blanc (qui a été de 280 000 voix, un record en démocratie), dans l’abstentionnisme ou dans le vote ã des variantes politiques considérées plus ã gauche (comme Izquierda Unida qui a gagné 200 000 voix et d’autres partis extra-parlementaires qui dans leur ensemble ont obtenu 300 000 voix de plus qu’en 2007). A gauche il faut signaler le résultat historique de la coalition de la gauche abertzale Bildu (313 000 voix, soit 25% dans le Pays Basque), et dans une moindre mesure le bon résultat de CUP en Catalogne (62 000 voix). La droite, PP en tête, a obtenu un avantage historique sur le PSOE de 10%, même si elle n’obtient que 500 000 voix de plus. D’autres variantes « victorieuses » sont le populisme espagnoliste d’UPyD (avec 460 000 voix, 208 000 ã Madrid) et la xénophobe PxC (qui rentre dans beaucoup de municipalités de la banlieue industrielle de Barcelone avec 65 000 voix). Ainsi, en même temps que se développent des tendances de lutte par la gauche (réveil de la jeunesse), la droite espagnole –avec une tradition profonde et une base sociale encore assez large, et même disposée ã militer s’il le faut- avance aussi. Progressivement, la fin de la paix sociale devient une polarisation sociale qui annonce la difficile épreuve que devra affronter le régime de 1978 dans la prochaine période.

Cet article est une contribution extraite du site de Clase contra Clase, section de la FT-QI dans l’Etat espagnol et a été traduit par Philipe Alcoy.

 

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