FT-CI

Voix de femmes en lutte

11/01/2014

Voix de femmes en lutte

Les militantes féministes de Pan y Rosas à la rencontre des travailleuses en grève de Panrico

Propos recueillis par Leire Izar Gorri, Cynthia Lub et Veronica Landa

Nous reproduisons un entretien réalisé le 13 décembre par des militantes de Pan y Rosas de l’État espagnol, groupe fondé il y a dix ans en Argentine et présent actuellement aussi au Mexique, au Brésil, en Bolivie et au Chili. Pan y Rosas revendique le lien entre l’oppression des femmes et la lutte anticapitaliste et part du principe que seule la révolution sociale des travailleur-se-s en alliance avec les secteurs les plus opprimés peut créer les bases de l’émancipation des femmes. Dans l’État espagnol Pan y Rosas regroupe des membres de Clase Contra Clase ainsi que des indépendantes [1]. Celles-ci ont été aux côtés des travailleur-se-s de Panrico tout au long de la grève [2]. Cet entretien est donc le fruit de ces rencontres et expériences partagées.

« Ce qu’il faut c’est une révolution ! Avec tout le monde dans les rues ! Et cette révolution doit venir d’en bas. Tout ce qu’on a réussi ã obtenir s’est fait comme ça, en faisant grève, en arrêtant tout”.

Paquita, travailleuse ã Panrico

Ces conversations avec les travailleuses de Panrico n’ont pas été les premières et ne seront sans doute pas les dernières. Pendant ces deux mois de grève nous avons partagé avec elles des expériences intenses dans les piquets de grève, dans les manifs, par la dureté de la répression, en discutant, en faisant les caisses de grève… Mais aussi, par la force des rencontres, des rapports humains qui se tissent dans la lutte. Nous avons parlé avec Paqui, Sole, Pilar, Isabel, Reme, Marisa et Gertru sur leur piquet de grève en face de l’usine, dans un cadre impeccable, et surtout, très accueillant : il est très difficile de quitter ces femmes capables de transmettre autant de force, de générosité et de courage.

Parlez-nous de vos vies à l’usine, de vos vies…

Paquita prend la parole : On a toutes commencé très jeunes parce qu’à l’époque on pouvait commencer ã travailler ã 14 ou 15 ans. À ce moment il y avait une usine ã Barcelone qui n’était pas Panrico mais Donuts. On s’est donc connues tout petites.

Soledad, qui est toujours la première ã vouloir parler, poursuit : À l’âge de 16 ans, le lendemain de mon anniversaire, j’ai commencé ã travailler à l’usine. J’y ai passé toute ma vie – elle finit la phrase les yeux pleins de larmes.

Paqui se souvient du contexte politique dans lequel elles ont fait leur entrée dans le monde du travail : Il faut savoir que tous les changements, on les vivait depuis l’intérieur de l’usine. Il y avait beaucoup de mouvement et on était là ã toutes les échéances.

Sole conclut : Pour nous c’était extraordinaire, on faisait nos premiers pas en politique.

Vous racontiez qu’à l’époque les femmes luttaient pour « ã travail égal salaire égal ». Comment l’aviez-vous vécu ?

Les salaires en général étaient les mêmes pour tous, raconte Reme. Les tâches les plus dures étaient mieux payées, et elles étaient surtout faites par les hommes. Il y a toujours eu des femmes qui faisaient ces tâches, ajoute Paqui. Mais on n’a pas été discriminées, ou en tout cas pas dans le secteur de la production, et c’est ã force de lutter.

Les travailleuses évoquent souvent d’autres grèves que vous avez dirigées. Comment se sont-elles passées ? Comment les avez-vous vécues ?

Reme répond : Lorsque tu n’es qu’une gamine, travailler c’est comme un jeu, tu n’imagines pas que quelqu’un pourrait être en train de profiter de toi, du fait que tu sois petite… Avec le temps, on a appris que pour obtenir quelque chose il fallait faire grève. Ma première grève date de très longtemps, 30 ans déjà . On n’avait pas de comité, on a été dans la rue pendant très peu de jours, on a obtenu ce qu’on voulait et on a repris le travail… Avant la grève on travaillait du lundi au samedi et on travaillait plus longtemps chaque jour. Les 8 heures et les cinq jours par semaine on les a obtenus ã travers la lutte.

Comment vous vous organisez pour cette grève qui dure depuis déjà deux mois ?

Chacune a une mission avec des horaires différents – répond Paqui. Marisa, une des responsables de la caisse de grève nous donne plus de détails : On fait un planning des zones où on compte y aller. Puis on se présente à l’usine ou à l’entreprise et on essaye de parler avec un membre du comité. On leur dit qui nous sommes, ce dont on a besoin… On a reçu du soutien des arrimeurs de Barcelone, des travailleurs de Métro, de Coca Cola, Seat entre autres.

La grève a des répercussions dans la vie de tous les jours des travailleuses de Panrico. Cette vie déjà très dure au sein de l’usine s’est vue bouleversée ã cause de la grève : les tâches domestiques se retrouvent relayées en dernier rang. Et quelque chose de nouveau apparaît, quelque chose qui se voit difficilement sous l’exploitation à la chaîne : les travailleuses se découvrent, commencent ã se connaître vraiment entre elles.

En tant que femmes travailleuses, comment vivez-vous cette grève ?

On la vit bien, mieux que ce qu’on pensait. Par contre, à la maison, c’est comme si c’était la guerre – poursuit Paqui. Je leur dis : « Je pars, donc débrouillez vous »… Je suis en grève et la grève passe en premier. Il faut qu’on sorte de la maison, on y est restées déjà trop longtemps. Nous ne sommes plus dans la démarche typique des femmes qui se marient et restent chez elles. Maintenant la priorité c’est la grève.

Ma mère était l’esclave de son mari et de la maison – souligne Sole. Moi je ne veux pas être comme elle.

Racontez-nous, comment sont vos conditions de travail à l’usine ?

Avec le stress, on n’a pas de temps pour parler aux camarades, en dehors des toilettes ou de la pause déjeuner, qui ne dure que 9 minutes – répond Sole.

Moi, ã force de faire des mouvements rapides pour prendre les donuts, j’ai dû me faire opérer des deux mains. Les problèmes de santé dans ce travail touchent très souvent les mains, raconte Isabel avec un sourire qui ne s’éteint pas. Puis elle poursuit : Il y a aussi beaucoup de cas de dépression, de stress. Les gens se font très souvent opérer aussi des jambes, pour des varices et on souffre aussi énormément du dos…

Réfléchir ã cette grève c’est revivre énormément de souvenirs. Il y a des moments où deux mois de grève ressemblent ã plusieurs années de lutte. Et ce grâce à la solidarité qui s’est crée, à la grève utilisée comme une arme, au rôle joué par les syndicats d’hier et d’aujourd’hui, ã celui de la jeunesse qui les soutient, à la force de la répression…

Qu’avez vous appris au long de cette grève ?

Cette expérience qu’on est en train de découvrir avec vous, on l’ignorait complètement. Je suis en train d’en faire l’expérience et j’en reste hallucinée – répond Pili. Si les gens se solidarisent avec moi il faut que je fasse de même. C’est un exemple ã suivre. Il y a beaucoup de gens qui, comme vous, nous aident, nous conseillent mais on est surtout en train d’apprendre énormément de vous, les jeunes.

En y réfléchissant – rajoute Sole – je me rend compte que contrairement ã eux, on est désarmés, la seule arme qu’on a c’est celle de tous les travailleurs : la grève.

Quel message souhaiteriez-vous donner aux femmes travailleuses et à la jeunesse combative ?

Qu’il faut que les travailleurs soient unis. C’est la seule façon de tout faire tomber, ã travers d’une révolution qui vienne d’en bas – répond Paqui avec assurance. Tout ce qu’on a obtenu dans la vie s’est fait ã travers les grèves, en arrêtant tout.

Prenez les rues, c’est la seule chose qu’on peut faire, prenez les rues ! Faites-le pour vos droits, ceux des chômeurs, des retraités, des jeunes, tous ! Si nous sommes tous unis, on pourra les combattre – rajoute Marisa pleine de conviction.

Battez-vous, battez-vous, ou il n’y aura pas de futur pour vous. Nous, c’est notre présent qu’ils veulent nous arracher, mais pour vous c’est le futur. Si vous ne vous battez-pas, ça va très mal se passer ! – répond Reme.

Pili pleure et ses pleurs sont le mélange entre l’émotion qu’elle ressent de pouvoir parler de tout cela avec ses camarades et la rage qu’elle garde pour toutes les injustices subies. Elle conclut : Nous avons partagé plus de bons moments avec les gens que j’ai rencontré dans ces deux mois de grève, qu’en 38 ans au travail… Je les connais beaucoup maintenant, et ça, personne ne pourra me l’enlever, personne, même pas Fila. Pareil pour moi – crie Isabel, et toutes les femmes crient et applaudissent avec la joie, la force et le courage qui les caractérise et qu’elles nous transmettent pour continuer à lutter à leurs côtés, aux côtés des ouvrières de Panrico.

13/12/13

[1] Site internet du groupe Pan y Rosas dans l’Etat Espagnol : http://mujerespanyrosas.wordpress.com/

[2] Au sujet de la grève, lire C. Tappeste, « Septième semaine d’une grève exemplaire chez Panrico ã Barcelone », 27/11/13.

  • NOTAS
    ADICIONALES
  • [1Site internet du groupe Pan y Rosas dans l’Etat Espagnol : http://mujerespanyrosas.wordpress.com/

    [2Au sujet de la grève, lire C. Tappeste, « Septième semaine d’une grève exemplaire chez Panrico ã Barcelone », 27/11/13.

Notes liées

No hay comentarios a esta nota

Journaux

  • EDITORIAL

    PTS (Argentina)

  • Actualidad Nacional

    MTS (México)

  • EDITORIAL

    LTS (Venezuela)

  • DOSSIER : Leur démocratie et la nôtre

    CCR NPA (Francia)

  • ContraCorriente Nro42 Suplemento Especial

    Clase contra Clase (Estado Español)

  • Movimento Operário

    MRT (Brasil)

  • LOR-CI (Bolivia) Bolivia Liga Obrera Revolucionaria - Cuarta Internacional Palabra Obrera Abril-Mayo Año 2014 

Ante la entrega de nuestros sindicatos al gobierno

1° de Mayo

Reagrupar y defender la independencia política de los trabajadores Abril-Mayo de 2014 Por derecha y por izquierda

La proimperialista Ley Minera del MAS en la picota

    LOR-CI (Bolivia)

  • PTR (Chile) chile Partido de Trabajadores Revolucionarios Clase contra Clase 

En las recientes elecciones presidenciales, Bachelet alcanzó el 47% de los votos, y Matthei el 25%: deberán pasar a segunda vuelta. La participación electoral fue de solo el 50%. La votación de Bachelet, representa apenas el 22% del total de votantes. 

¿Pero se podrá avanzar en las reformas (cosméticas) anunciadas en su programa? Y en caso de poder hacerlo, ¿serán tales como se esperan en “la calle”? Editorial El Gobierno, el Parlamento y la calle

    PTR (Chile)

  • RIO (Alemania) RIO (Alemania) Revolutionäre Internationalistische Organisation Klasse gegen Klasse 

Nieder mit der EU des Kapitals!

Die Europäische Union präsentiert sich als Vereinigung Europas. Doch diese imperialistische Allianz hilft dem deutschen Kapital, andere Teile Europas und der Welt zu unterwerfen. MarxistInnen kämpfen für die Vereinigten Sozialistischen Staaten von Europa! 

Widerstand im Spanischen Staat 

Am 15. Mai 2011 begannen Jugendliche im Spanischen Staat, öffentliche Plätze zu besetzen. Drei Jahre später, am 22. März 2014, demonstrierten Hunderttausende in Madrid. Was hat sich in diesen drei Jahren verändert? Editorial Nieder mit der EU des Kapitals!

    RIO (Alemania)

  • Liga de la Revolución Socialista (LRS - Costa Rica) Costa Rica LRS En Clave Revolucionaria Noviembre Año 2013 N° 25 

Los cuatro años de gobierno de Laura Chinchilla han estado marcados por la retórica “nacionalista” en relación a Nicaragua: en la primera parte de su mandato prácticamente todo su “plan de gobierno” se centró en la “defensa” de la llamada Isla Calero, para posteriormente, en la etapa final de su administración, centrar su discurso en la “defensa” del conjunto de la provincia de Guanacaste que reclama el gobierno de Daniel Ortega como propia. Solo los abundantes escándalos de corrupción, relacionados con la Autopista San José-Caldera, los casos de ministros que no pagaban impuestos, así como el robo a mansalva durante los trabajos de construcción de la Trocha Fronteriza 1856 le pusieron límite a la retórica del equipo de gobierno, que claramente apostó a rivalizar con el vecino país del norte para encubrir sus negocios al amparo del Estado. martes, 19 de noviembre de 2013 Chovinismo y militarismo en Costa Rica bajo el paraguas del conflicto fronterizo con Nicaragua

    Liga de la Revolución Socialista (LRS - Costa Rica)

  • Grupo de la FT-CI (Uruguay) Uruguay Grupo de la FT-CI Estrategia Revolucionaria 

El año que termina estuvo signado por la mayor conflictividad laboral en más de 15 años. Si bien finalmente la mayoría de los grupos en la negociación salarial parecen llegar a un acuerdo (aún falta cerrar metalúrgicos y otros menos importantes), los mismos son un buen final para el gobierno, ya que, gracias a sus maniobras (y las de la burocracia sindical) pudieron encausar la discusión dentro de los marcos del tope salarial estipulado por el Poder Ejecutivo, utilizando la movilización controlada en los marcos salariales como factor de presión ante las patronales más duras que pujaban por el “0%” de aumento. Entre la lucha de clases, la represión, y las discusiones de los de arriba Construyamos una alternativa revolucionaria para los trabajadores y la juventud

    Grupo de la FT-CI (Uruguay)