FT-CI

Les soit-disant conflits confessionnels en Egypte ou le parti pris des medias français

06/11/2011

Par Jacques Chastaing*

La presse et les experts de l’Egypte en France nous ont raconté qu’il y avait eu de violents affrontements entre chrétiens coptes et musulmans le 9 octobre au Caire. Ou, au mieux, que les affrontements entre les coptes et l’armée traduisaient la profondeur du conflit confessionnel qui oppose les coptes aux musulmans dans ce pays. Or tout cela est faux. Ce ne serait pas nouveau si cette fois-ci la presse égyptienne elle-même, dans sa quasi totalité, n’avait pas donné un tout autre son de cloche. N’importe quel journaliste français, d’autant plus un "expert", qui y aurait jeté un oeil, aurait pu s’épargner la honte de se faire le porte parole des manipulations de l’armée égyptienne. On a déjà eu l’intoxication de l’attaque de l’ambassade d’Israel le 9 septembre et maintenant le conflit chrétiens/musulmans.

Il faut savoir que la manifestation copte en question était organisée pour protester contre l’armée qui avec l’aide de voyous avait déjà attaqué cette communauté et tué certains de ses membres lors de la construction d’une Eglise. La manifestation du 9 octobre avait lieu devant le siège de la télé nationale accusée de mettre de l’huile sur le feu entre les communautés et elle était protégée par des amis musulmans étant donné les précédentes tentatives d’attiser le feu confessionnel par les services de police. On se rappelle de l’attentat à l’explosif contre une église en janvier ou les violentes attaques contre les éboueurs coptes du Caire. Le 9 octobre, ça n’a pas raté. L’armée a attaqué une fois de plus la manifestation copte/musulmans mais avec une violence encore jamais vue en lançant ses véhicules sur les manifestants, cherchant à les renverser et les écraser et faisant de nombreux morts. En même temps elle a demandé à la télé de dramatiser les choses en lançant un appel solennel aux musulmans du pays pour venir aider l’armée qu’elle prétendait être attaquée par les chrétiens et le soir même elle décrétait le couvre feu ã cause des violences confessionnelles.

Suite à l’appel de la télévision, des musulmans sont venus. Au début, il y a eu deux camps, la manifestation copte/musulmans qui scandait "coptes-musulmans unis" et les musulmans appelés par la télévision qui scandaient "armée- peuple unis". Mais, rapidement, après un peu de confusion, tout le monde a compris ce qui se passait, et l’ensemble des manifestants, chrétiens et musulmans, s’est retourné contre l’armée et l’a attaqué avec des cailloux en criant "peuple uni" ou "Tantawi dégage" ( le chef de l’armée). Et, chose importante, pour la première fois, les soldats ont reculé ou fui. Ils ont été battu par le peuple.

Voilà ce que tous les journaux égyptiens, toutes tendances confondues, racontent peu ou prou. Même la télévision nationale s’est excusée de son attitude. Pour beaucoup, ce qui s’est passé le 9 octobre est un tournant. Après avoir perdu son image de protection de tous les citoyens, c’est la fin de la domination de l’armée sur le pays. Les jours du CSFA ( Conseil Supérieur des Forces Armées qui dirige le pays) sont comptés. Cela se fait dans le contexte du procès deMoubarak qui a du être continué ã huis clos étant donné la mise en évidence des complicités entre dirigeants actuels et passés mais surtout le procès des chameliers pour leur attaque de la place Tahrir qui révèle publiquement ce que tout le monde soupçonnait, ã savoir qu’ils obéissaient aux ministres, chefs de la police et de l’armée d’hier et...d’aujourd’hui.

Lors de la mascarade de l’attaque de l’ambassade d’Israel le 9 septembre par quelques centaines de nationalistes, voyous et policiers en civil sous la protection de l’armée, il y avait en même temps une grosse manifestation de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Or celle-ci avait lieu en défense de la révolution contre l’armée et les slogans scandés en substance "quel que soit le résultat des élections, nous serons toujours dans la rue au lendemain du scrutin" avaient un succès certain. La manoeuvre de l’armée a été de pousser de force la fin de la manifestation en train de se disperser vers l’ambassade d’Israel où des policiers déguisés l’attaquaient. Tout ça pour pouvoir faire l’amalgame, "les manifestants révolutionnaires attaquent l’ambassade et mettent en danger la paix", afin de jusitifer l’arrestation de centaines de militants et la prolongation de l’état d’urgence et de la répression la plus arbitraire.

Devant les élections qui approchent, (fin novembre) et donc son départ annoncé, l’armée joue de cette zizanie qu’elle organise comme de la division confessionnelle et de la peur de l’épouvantail islamiste pour se maintenir au pouvoir en prorogeant et amplifiant ses pouvoirs en une espèce de coup d’état rampant.

Mais plus fondamentalement, depuis la fin du ramadan, on assiste ã une montée des luttes et grèves avec, semble-t-il pas mal de succès – y compris la renationalisation d’une partie de l’industrie textile -au point que les autorités craignent leur généralisation. Depuis la chute de l’ex-président Hosni Moubarak, il n’y a jamais eu une telle effervescence. C’est une recrudescence sans précédent de protestations, grèves et sit-in dans plusieurs secteurs économiques. Instituteurs, médecins, infirmières, employés des transports publics, professeurs d’université, étudiants, dockers, contrôleurs aériens, employés des compagnies aériennes, ouvriers du textile, du ciment, du pétrole et d’usines diverses. Tous y ont passé et continuent actuellement au point que la généralisation de la grève est dans l’air, et que les appels ou les menaces d’appels la grève générale comme celle toute récente des ouvriers de la fameuse usine textile de Mahalla el-Kubra qui a joué un rôle si important dans la révolution, mettent en panique les autorités. Il faut dire que si les revendications sont presque toujours les mêmes : hausse des salaires et primes, meilleures conditions de travail, meilleure formation, réforme du secteur concernés et qu’elles peuvent être placées sous le signe de la « justice sociale » et d’une meilleure répartition des revenus, les grévistes exigent aussi de « dégager » leurs directeurs, patrons ou responsables divers. A tel point qu’on parle de deuxième révolution, celle de la faim ou des travailleurs. Or les prises en main de différents aspects de la vie en société par la population n’ont pas cessé et se sont même amplifiées, depuis la circulation automobile, le nettoyage des rues, l’hygiène alimentaire ou la police et la justice comme dans le plus grand bidonville du Caire, Boulaq Al-Dakrour, où la police ne met plus les pieds.

Le gouvernement n’arrivant pas ã arrêter cette vague de grèves et craignant son élargissement aux questions ouvertement politiques comme son ascendant sur les tentatives d’organisationdes quartiers, il essaie de la canaliser ou l’enrayer, la détourner et la diviser par le nationalisme ou les conflits confessionnels.

Ce qu’il y a de plus choquant pour les médias et intellectuels français, c’est qu’on trouve ces informations ou ces points de vue dans la presse égyptienne quotidienne la plus courante. Ici, rien de rien ! Il est vrai que pour bien des intellectuels le monde du travail n’existe pas ou que rien de bon ne peut venir de là et que pour bien de ces démocrates l’armée des Ben Ali et Moubarak était une protection contre l’épouvantail islamiste si pratique. Le monde, y compris des médias, a changé au Machrek ou au Maghreb. Pas en France., l’armée égyptienne y dicte l’information.

*Publié avec l’accord du camarade Jacques Chastaing, NPA Mulhouse.

Notes liées

No hay comentarios a esta nota

Journaux

  • EDITORIAL

    PTS (Argentina)

  • Actualidad Nacional

    MTS (México)

  • EDITORIAL

    LTS (Venezuela)

  • DOSSIER : Leur démocratie et la nôtre

    CCR NPA (Francia)

  • ContraCorriente Nro42 Suplemento Especial

    Clase contra Clase (Estado Español)

  • Movimento Operário

    MRT (Brasil)

  • LOR-CI (Bolivia) Bolivia Liga Obrera Revolucionaria - Cuarta Internacional Palabra Obrera Abril-Mayo Año 2014 

Ante la entrega de nuestros sindicatos al gobierno

1° de Mayo

Reagrupar y defender la independencia política de los trabajadores Abril-Mayo de 2014 Por derecha y por izquierda

La proimperialista Ley Minera del MAS en la picota

    LOR-CI (Bolivia)

  • PTR (Chile) chile Partido de Trabajadores Revolucionarios Clase contra Clase 

En las recientes elecciones presidenciales, Bachelet alcanzó el 47% de los votos, y Matthei el 25%: deberán pasar a segunda vuelta. La participación electoral fue de solo el 50%. La votación de Bachelet, representa apenas el 22% del total de votantes. 

¿Pero se podrá avanzar en las reformas (cosméticas) anunciadas en su programa? Y en caso de poder hacerlo, ¿serán tales como se esperan en “la calle”? Editorial El Gobierno, el Parlamento y la calle

    PTR (Chile)

  • RIO (Alemania) RIO (Alemania) Revolutionäre Internationalistische Organisation Klasse gegen Klasse 

Nieder mit der EU des Kapitals!

Die Europäische Union präsentiert sich als Vereinigung Europas. Doch diese imperialistische Allianz hilft dem deutschen Kapital, andere Teile Europas und der Welt zu unterwerfen. MarxistInnen kämpfen für die Vereinigten Sozialistischen Staaten von Europa! 

Widerstand im Spanischen Staat 

Am 15. Mai 2011 begannen Jugendliche im Spanischen Staat, öffentliche Plätze zu besetzen. Drei Jahre später, am 22. März 2014, demonstrierten Hunderttausende in Madrid. Was hat sich in diesen drei Jahren verändert? Editorial Nieder mit der EU des Kapitals!

    RIO (Alemania)

  • Liga de la Revolución Socialista (LRS - Costa Rica) Costa Rica LRS En Clave Revolucionaria Noviembre Año 2013 N° 25 

Los cuatro años de gobierno de Laura Chinchilla han estado marcados por la retórica “nacionalista” en relación a Nicaragua: en la primera parte de su mandato prácticamente todo su “plan de gobierno” se centró en la “defensa” de la llamada Isla Calero, para posteriormente, en la etapa final de su administración, centrar su discurso en la “defensa” del conjunto de la provincia de Guanacaste que reclama el gobierno de Daniel Ortega como propia. Solo los abundantes escándalos de corrupción, relacionados con la Autopista San José-Caldera, los casos de ministros que no pagaban impuestos, así como el robo a mansalva durante los trabajos de construcción de la Trocha Fronteriza 1856 le pusieron límite a la retórica del equipo de gobierno, que claramente apostó a rivalizar con el vecino país del norte para encubrir sus negocios al amparo del Estado. martes, 19 de noviembre de 2013 Chovinismo y militarismo en Costa Rica bajo el paraguas del conflicto fronterizo con Nicaragua

    Liga de la Revolución Socialista (LRS - Costa Rica)

  • Grupo de la FT-CI (Uruguay) Uruguay Grupo de la FT-CI Estrategia Revolucionaria 

El año que termina estuvo signado por la mayor conflictividad laboral en más de 15 años. Si bien finalmente la mayoría de los grupos en la negociación salarial parecen llegar a un acuerdo (aún falta cerrar metalúrgicos y otros menos importantes), los mismos son un buen final para el gobierno, ya que, gracias a sus maniobras (y las de la burocracia sindical) pudieron encausar la discusión dentro de los marcos del tope salarial estipulado por el Poder Ejecutivo, utilizando la movilización controlada en los marcos salariales como factor de presión ante las patronales más duras que pujaban por el “0%” de aumento. Entre la lucha de clases, la represión, y las discusiones de los de arriba Construyamos una alternativa revolucionaria para los trabajadores y la juventud

    Grupo de la FT-CI (Uruguay)