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Les révélations d’Edward Snowden sur la NSA

05/07/2013

Par Pierre Hodel

En janvier 2010, la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, faisait de la liberté d’expression sur Internet une pierre angulaire de la diplomatie américaine. Une position réaffirmée en février 2011, la secrétaire d’État rappelait alors que « sur la question de la liberté d’Internet, nous nous plaçons du côté de l’ouverture ». En réalité, la surveillance électronique américaine dépasse de loin en moyen et en étendu la « muraille de Chine électronique » ou la surveillance des mollahs iraniens...

C’est ce que vient de révéler Edward Snowden, ex-agent de la NSA (National Security Agency). Les programmes de surveillance électronique Upstream et PRISM de la NSA collectent, traitent et analysent la quasi-totalité des communications mondiales, avec la complicité des grandes entreprises américaines (Google, Microsoft, Yahoo, Facebook, Skype, Apple, AOL...). A cela s’ajoute une écoute généralisée de la population américaine, mais aussi mondiale, la pose de microphones dans les bâtiments des hauts fonctionnaires européens, dans 38 ambassades ã Washington, des attaques électroniques contre l’Iran ou la Chine... bref, les moyens de Big Brother dans le roman d’anticipation 1984 de Georges Orwell semblent désormais minables et définitivement dépassés. L’ironie est énorme si l’on pense que les États-Unis basent leur propagande sur leur nation comme celle des défenseurs des libertés. Au nom de quoi les États-Unis s’exonéreraient-ils de respecter les principes qu’ils exigent de voir appliquer ailleurs ?

La vérification de nos pires soupçons et hypothèses a parfois quelques choses de terrifiant. Bien sûr l’existence d’un programme d’espionnage globale des télécommunications par les Etats-Unis étaient connus depuis longtemps. Le programme Echelon a ouvertement fait parlé de lui ã partir des années 1990. Il était officiellement présenté comme un système d’interception des communications téléphoniques et des courriels grâce ã un système de mot clef et de reconnaissance des intonations de voix. Son objectif était présenté comme purement militaire. On savait que la France faisait de même ã plus petite échelle (Frenchelon).

Pour se rassurer, on pouvait penser que la quantité d’information ã traiter empêchait ces système de faire plus que de cibler des personnalités « sensibles ». Mais ce qui était déjà probablement faux dans les années 1990 l’est d’autant plus aujourd’hui. Les capacités techniques de traitement ont augmentés bien plus vite que les communications elles-mêmes. L’affaire Snowden apporte des preuves irréfutables que les objectifs de la NSA vont bien au delà de « cible militaire ». En terme de renseignement, on peut dire que la distinction entre renseignement militaire, diplomatique, civil, l’espionnage industrielle était déjà un cache sexe misérable. Dorénavant, là où des soupçons détaillés existaient – ainsi une commission d’enquête du parlement européen comprenant Alain Krivine soulevait déjà ses problèmes en mai 2001 – nous disposons de preuves.

Autrement dit, dans « nos démocraties » l’ensemble des télécommunications de la population est stockée, analysés, sous surveillance permanente. Il s’agit un gigantesque bond en avant dans le contrôle des populations et dans un comportement anti-démocratique agressif. L’ampleur même de cette surveillance, son absence de contrôle, empêche d’en imaginer toutes les conséquences.

Dans les faits, les Etats-Unis se comportent de façon plus agressive - plus dangereuse pour les droits démocratiques que le régime soviétique que la propagande occidentale a voulu présenter comme le pire des totalitarismes - tout simplement parce qu’elle en a les moyens. La NSA dépasse de loin la STASI (police d’Etat Est-Allemande) en utilisant ses capacités d’écoute ã une plus grande échelle et de façon plus généralisé.

L’absence de réaction collective, populaire – à l’exception d’Hong Kong où on a manifesté en masse pour la protection de Snowden - ã cette révélation peut avoir plusieurs significations. Soit ce n’est pas un sujet de préoccupation majeur, soit l’espionnage généralisé des États-Unis était tenu pour acquis, ã moins qu’il ne s’agisse d’un mélange de ces deux perceptions. L’incompréhension, la sidération, peuvent jouer également pour beaucoup. On glose toujours sur l’impact du 11 septembre 2001 sur la population américaine - voir sur la population mondiale - qui aurait accepté ou pris l’habitude d’être espionné en échange d’une prétendue sécurité. Existe-t-il un consensus, une norme, une indifférence aux questions de surveillance ? Dans quelle mesure la dépolitisation atteint-elle également cette question pourtant très concrète ? La remarque parfois entendu, qui se veut pleine de bon sens, du « je n’ai rien ã cacher donc cela ne me concerne pas », n’est qu’un reflet d’une dépolitisation qui n’est peut être pas si intense, comme le démontre régulièrement les peuples de la planète dans ces dernières années.

Dans tous les cas, cette révélation en apparence isolée peut être conçu comme un affaiblissement supplémentaire d’un impérialisme américain d’autant plus agressif et antidémocratique qu’il est en perte de vitesse.

Trois jours avant les gigantesques manifestations égyptiennes du 30 juin 2013, les États-Unis envoyaient trois navires de guerre en mer Rouge pour « se préparer à l’évacuation de leurs ressortissants ». Difficile alors de ne pas s’interroger – Snowden a révélé que l’Égypte était une des priorités de la NSA – les renseignements américains ont-ils massivement analysés les réseaux sociaux pour estimer l’ampleur des manifestations et la probabilité de la chute de Morsi ?

Reste la question de l’autonomie des alliés américains pourtant directement espionnés. Il faut savoir que par peur que Snowden soit présent dans l’avion d’Evo Morales, alors présent ã Moscou pour une réunion de pays producteurs de gaz naturel, la France, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et d’autres pays européens ont interdit à l’avion présidentiel bolivien de survoler leur espace aérien pour retourner en Bolivie. L’Espagne a même voulu fouiller l’avion présidentielle. Cela donne une idée de la subordination des gouvernements européens à l’Amérique. En pleine négociation d’un accord de libre échange gigantesque entre l’Union européenne et les États-Unis cette affaire détonne. Manuel Valls prend position et se prononce contre la demande officielle d’asile en France de Snowden avec l’argument suivant : « Les Etats Unis sont un pays démocratique, avec une justice indépendante. » Visiblement l’écoute généralisé de la population mondiale, la rupture complète du concept même de vie privé, la surveillance totale, tout cela dans le plus grand secret, sont compatibles avec la « démocratie » à la Valls.

Il est vrai que les médias français commencent ã écrire des articles sur le « prism à la française » et les services d’écoutes de la DGSE. Entre 2009 et 2013 la DGSE a pratiqué 687 embauches, essentiellement des ingénieurs : encore un service de l’Etat qui embauche ! La totalité des signaux électromagnétiques émis par des ordinateurs ou des téléphones en France serait stocké. Ces données sont ensuite accessibles sans contrôle aux différents services de renseignement : Renseignement militaire, DCRI (Direction centrale du renseignement intérieur, ex-DST et renseignements généraux), Tracfin ou le service du renseignement de la préfecture de police de Paris. Est-ce légale ? Non, car aucune loi n’encadre son existence, couverte par le secret défense.

On le voit alors que la crise mondiale accélère les processus de prise de conscience populaire, la brutalité de l’impérialisme américain, mais aussi de ses alliés, se cache de plus en plus difficilement derrière le visage bonhomme d’un Obama visitant la prison de Mandela ou d’un François Hollande aux mœurs modestes. La popularité du masque de Guy Fawkes, visage des Anonymous, dans les manifestations égyptiennes, brésiliennes, turques, rappelle que la jeunesse peut se politiser par des portes d’accès qui débouchent sur la question inévitable de l’impérialisme.

Pour l’instant, Snowden est abandonné dans la zone internationale de l’aéroport de Moscou. Et pendant ce temps, le site Amazon a enregistré aux Etats-Unis une augmentation de 6 000 % des ventes du roman de George Orwell, 1984. Dans cette oeuvre visionnaire, souvent citée mais peu lue, la société de contrôle totale dirigée par un Parti unique – d’inspiration stalienne - érigeait comme figure du mal un Trotsky ã peine déguisé sous le nom de Goldstein. Les Américains, sans adversaire justifiant leur politique après la chute de l’URSS, avaient réussi ã recréer la menace sous la forme d’Al-Quada et de Ben Laden – par ailleurs formé par la CIA. La chute des Frères musulmans en Égypte – là encore soutenu par les américains - annonce peut être la nécessité pour l’impérialisme américain de former l’image d’un nouvel adversaire. Alors que son leadership économique et mondial est en perte de vitesse, on ne peut s’empêcher de penser que les pays émergents, et particulièrement la Chine, sont ã même de remplir ce rôle, avec quelles conséquences ?

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