FT-CI

UNE ÉLECTION HISTORIQUE À MENDOZA

Les primaires du Front de l’Extrême Gauche et des Travailleurs (FIT)

30/06/2015

Les primaires du Front de l’Extrême Gauche et des Travailleurs (FIT)

Les dernières élections de la province de Mendoza en Argentine témoignent des avancées du FIT. Sa candidate au poste de gouverneur de la province, Noelia Barbeito (PTS) a réussi une élection historique, obtenant plus de 110.000 voix. Dans ce contexte, une primaire aura lieu pour la première fois entre les forces composant le FIT en août prochain, à l’occasion de laquelle s’affronteront deux listes, l’une émanant du Parti Ouvrier et de la Gauche Socialiste (Izquierda Socialista – IS) et l’autre du PTS. D’où vient la force du FIT ? Quels sont les débats qui le traversent ? C’est ã ces questions que cet article est consacré.

Le FIT a été créé en 2011 comme un front électoral afin de faire face ã une réforme proposée par le gouvernement kirchneriste qui cherche à limiter la participation des forces minoritaires aux échéances électorales. Selon cette loi, tout parti ne dépassant pas le seuil de 1,5% des voix au niveau national (c’est-à-dire autour de 400.000 voix) et dans chaque circonscription lors des primaires ouvertes, simultanées et obligatoires, verrait sa participation interdite à l’élection générale.

C’est dans le contexte de cette manœuvre du gouvernement, qui cherchait ã écarter toute alternative d’indépendance de classe, qu’est né le FIT. Le Front est formé par le Parti Ouvrier (PO) et le Parti des Travailleurs Socialistes (PTS) qui sont les deux principaux partis de l’extrême gauche argentine, ainsi que par Izquierda Socialista (IS), ces trois organisations se revendiquant du trotskisme. Le programme fondationnel du FIT, qui a été complété par la suite par toute une série de déclarations programmatiques, propose non seulement une perspective d’indépendance de classe mais se distingue également des courants populistes qui ont un poids important en Amérique Latine, et se reconnaissent dans ce qu’on a appelé les gouvernements post-néolibéraux (Evo Morales, Chavez, et aussi Kirchner en Argentine). Le FIT défend un programme de transition, anti-impérialiste et anti-capitaliste, qui s’articule avec la nécessité d’un « gouvernement des travailleurs et des classes populaires imposé par la mobilisation des exploité-e-s et des opprimé-e-s ».

La tentative de proscrire l’extrême-gauche en 2011 a été balayée par l’émergence du FIT, qui a réussi ã obtenir plus de 500.000 voix pour la formule présidentielle et près de 600.000 voix pour les postes législatifs. En 2013, il a fait un nouveau bond et a obtenu 1300.000 voix lors des élections générales et a réussi ã conquérir 3 sièges au parlement national (un pour la province de Buenos Aires, un pour Mendoza et un autre pour Salta) et plusieurs sièges au niveau des parlements locaux.

Lors de l’élection anticipée du gouverneur de la province de Mendoza dimanche 22 juin dernier, la candidate du PTS dans le FIT et sénatrice de la province de Mendoza, Noelia Barbeito, a obtenu la troisième place avec 10,32% des voix (plus de 110.000 voix) lors d’une élection extrêmement polarisée entre le candidat du gouvernement Kirchner et celui de l’opposition patronale, dans la cinquième circonscription la plus importante du pays. Il s’agit d’une élection historique pour l’extrême gauche argentine, ã un poste exécutif de la province, qui s’ajoute au score de 17% obtenu lors de l’élection dans la capitale de la province il y a seulement quelques mois par Nicolás del Caño, député national pour la province de Mendoza et pré-candidat à la fonction présidentielle pour le PTS lors des primaires du FIT.

Pourquoi y aura-t-il deux listes du FIT lors des prochaines primaires ?

Dans ce contexte, le PTS a fait des propositions de listes unitaires ã plusieurs reprises et de nombreux intellectuels reconnus se sont également exprimés en ce sens. Cependant, et face au refus du PO de constituer une liste unitaire, il y aura bien deux listes lors des prochaines primaires. Des centaines de milliers de votants du FIT vont devoir choisir les principaux candidats pour faire face aux candidats des patrons et des politiques néolibérales des années 90, comme Scioli, Macri et Massa.

D’où vient le soutien et la force du FIT auprès de larges secteurs des masses ? Quelles leçons pourrait-on tirer de cette expérience face à l’adaptation croissante de l’extrême-gauche au niveau international aux phénomènes « néo-réformistes » comme Podemos et Syriza, ou encore aux gouvernements post-néolibéraux ? Qu’est-ce qui se discute lors de ces primaires du FIT ? Et dans le cadre de ces discussions, qu’exprime la toute récente élection du FIT ã Mendoza, un des bastions du PTS ?

Les origines : l’extrême-gauche trotskiste en Argentine post-2001

Les journées révolutionnaires des 19 et 20 décembre 2001 ont secoué l’Argentine, marquant un avant et un après : un gouvernement issue des élections est tombé pour la première fois en raison de la mobilisation populaire. L’extrême-gauche trotskiste, qui a une importante tradition en Argentine, était arrivée dans cette conjoncture énormément affaiblie, notamment au sein du mouvement ouvrier (divisé dans un contexte de 25% de chômage), et n’avait pas réussi ã jouer un rôle décisif.

Cependant, vers la fin des années 2000, l’extrême gauche trotskiste argentine, notamment le PO et le PTS, maintenait son programme et avançait politiquement, alors que la plupart des courants se revendiquant du trotskisme au niveau international, commençaient à l’abandonner, soit en reculant malgré leur grande tradition, dans le cadre des projets de « partis larges » – comme la Ligue Communiste Révolutionnaire de France – soit directement par dégénérescence sectaire.

Comment en est-on arrivé là  ? Il faut aller chercher l’explication dans le fait que les deux organisations sont sorties de la période de crise de 2001 en lien avec des processus de la lutte de classes du mouvement ouvrier : le PO avec le mouvement des chômeurs et le PTS avec le mouvement des usines récupérées sous contrôle ouvrier, dont la plus emblématique a été l’usine Zanon. L’un des principaux dirigeants de ce mouvement fut Raul Godoy (PTS), récemment élu député de la province de Neuquen et tête de la liste du PTS pour les primaires du FIT dans cette même province.

A partir de ce moment-là , le PO et le PTS ont choisi différentes stratégies de construction. Le PTS a décidé d’entamer un travail, souvent gris et peu « visible », dans le mouvement ouvrier et dans les syndicats de l’industrie, en s’appuyant sur un processus de recomposition objective de la classe ouvrière. Le PO a théorisé, de son côté, le fait que désormais le sujet révolutionnaire était le mouvement de chômeurs (les « piqueteros »), et est ainsi resté accroché ã ce mouvement lorsqu’il s’affaiblissait ã cause de la cooptation de ses directions et de la relance économique, qui a conduit les chômeurs ã retrouver du travail, même si ce fut la plupart du temps dans des conditions de précarité.

En 2009, la crise économique mondiale a frappé de plein fouet l’Argentine et le processus de développement de l’avant-garde ouvrière, qui avait une véritable existence au sein de l’industrie, a fait un bond. Cette avant-garde s’est alors retrouvée à la une des médias avec la lutte contre les licenciements massifs. La lutte la plus emblématique a été menée à l’usine Kraft. Cette usine comptait à l’époque avec 2500 travailleurs, dont l’un des délégués du personnel, Javier « Poke » Hermosilla, qui est actuellement candidat au poste de vice-gouverneur de la province de Buenos Aires dans la liste du PTS dans le FIT. Cette longue grève, qui n’a pu être défaite que par la répression et l’occupation de l’usine par la police, a fait surgir l’avant-garde ouvrière ã une toute nouvelle échelle et avec elle, le PTS. Après cette lutte, le PTS a gagné la direction de la commission interne de l’usine, ce qui est devenu une référence pour tout un secteur de travailleurs, et il a fait reculer le patronat par rapport ã son plan visant à licencier les ouvriers, usine par usine, dans la même région.

Cette nouvelle situation a eu son expression lors des élections de 2009. Après le refus du PO d’intégrer un front électoral commun, le PTS fait une alliance avec Izquierda Socialista et le Nouveau MAS : le Front de l’extrême-gauche et les travailleurs Anticapitaliste et Socialiste (FITAS). Ce front électoral a alors dépassé le PO lors des élections de la province de Buenos Aires, alors que celui-ci est un courant qui avait plus de 50 ans d’existence.

Sur la base du nouveau rapport de forces et afin de surmonter le seuil de proscription imposé par la nouvelle loi électorale, le PO a révisé sa position de 2009 en 2011, ce qui permit de donner lieu au Front de l’extrême-gauche et des Travailleurs qui soutint la candidature de Jorge Altamira (PO) à la présidence et de Christian Castillo (PTS) à la vice-présidence. Cette formule obtient plus de 500.000 voix et réussit ã installer sur la scène nationale une alternative politique d’indépendance de classe en Argentine.

La faiblesse des projets réformistes d’opposition

A la différence des pays comme la Grèce avec Syriza ou l’Etat espagnol avec Podemos, des formations de ce type sont absentes du paysage politique argentin. Des partis comme le MST qui aspirent ã ce type de projet, ont tous cherché au cours de ces dernières années des alliés de centre-gauche pour le concrétiser, mais ont tous échoué. Lors des dernières élections dans la Capitale fédérale, ils ne sont pas parvenus ã dépasser 1,5 % des suffrages exprimés. D’autres coalitions importantes en taille comme Proyecto Sur du réalisateur Pino Solanas ont disparu sans se faire remarquer.

Ces échecs s’expliquent d’une part par le discours réformiste du gouvernement kirchnériste, mais aussi par l’existence et la consolidation du FIT comme une alternative de taille ã gauche. Une grande partie de la gauche, y compris des courants issus du trotskisme, ont suivi un autre chemin, dans l’Etat espagnol et en Grèce. Ils ont consacré le plus gros de leurs énergies ã développer des formations politiques réformistes comme Syriza (qui est actuellement en train de s’agenouiller devant la troïka) ou Podemos dont le leadership dirigé par Pablo Iglesias les a « remercié » pour services rendus en les obligeant ã se dissoudre comme ce fut le cas de la Gauche anticapitaliste.

Ce blocage relatif au réformisme d’opposition, qui n’est jamais permanent et auquel le FIT a contribué en tant que front d’indépendance de classe ces dernières années, s’est confirmé lors des élections provinciales anticipées qui ont eu lieu ces derniers mois et au cours desquelles le FIT a consolidé son espace électoral. On en est maintenant à la troisième étape des élections (2011, 2013, 2015) au cours desquelles le FIT a maintenu son poids.

Cette permanence montre qu’il ne s’agit pas simplement d’avoir « occupé » un espace électoral vacant, mais d’avoir enraciné le FIT dans des secteurs sociaux fondamentaux, et donné lieu ã une véritable synergie entre « le social » et « le politique », lequel l’alimente en retour. Bien sûr, cela ne préjuge pas de l’augmentation ou de la diminution du pourcentage des voix qui se porteront sur lui, cela dépend en grande partie de la conjoncture, et sera déterminé à l’avenir par la manière dont le paysage politique sera façonné après les élections présidentielles.

La lutte de classes et l’articulation entre « le social » et « le politique »

Le kirchnerisme a été à la tête de la recomposition de l’État bourgeois après 2001. Cela a été possible en raison d’une relance de l’économie (basée sur une dévaluation considérable des salaires et un « boom » des matières premières) et d’un discours réformiste réussissant ã coopter, par exemple, un secteur important des organisations de défense des droits de l’homme, dont la tradition remonte à loin en Argentine. Un autre secteur, cependant, a continué de lutter et a maintenu son indépendance vis-à-vis du gouvernement. Myriam Bregman, candidate du PTS à la mairie de Buenos Aires lors des primaires, en est une des principales représentantes.

Le kirchnérisme a joué le rôle, jusqu’à l’explosion de la crise mondiale en 2008, d’un obstacle relatif au surgissement d’une réelle alternative politique des travailleurs. Les intellectuels kirchnéristes se vantaient d’ailleurs du fait « qu’à la gauche du kirshnérisme il n’y avait qu’un mur », en d’autres mots, rien.

Mais la clef se trouve dans l’adjectif « relatif ». Pourquoi était-il relatif ? En premier lieu, parce que dans le mouvement ouvrier, les « représentants » du « projet national et populaire » étaient (et sont encore) les mêmes bureaucrates syndicaux qui occupent leurs postes depuis des décennies, organisent des gros-bras pour intimider les travailleurs qui les détestent, sont partenaires des patrons, et, dans la plupart des cas, ont même des liens directs avec la dictature militaire des années 70, ce qui les place en contradiction avec le discours de défense des droits de l’homme du gouvernement.

C’est précisément cette haine de la bureaucratie qui a alimenté le processus d’organisation et de lutte du mouvement ouvrier, incarné dans le « syndicalisme de base », lié aux commissions internes. Un des syndicats emblématiques de ce mouvement a été celui des travailleurs du métro, actuellement dirigé par un secteur kirchnériste. Celui-ci fait face ã un secteur d’opposition très fort dont le principal référent est Claudio Dellecarbonara (PTS), récemment élu pour le secrétariat du syndicat et candidat au Parlasur (parlement régional du Mercosur) pour la liste du PTS aux élections primaires.

Les avancées du PTS au sein du mouvement ouvrier se sont faites ã travers ce processus, par son soutien quotidien et dans les luttes. Les travailleurs votaient ainsi pour des délégués du PTS et de l’extrême-gauche, même si dans plusieurs cas ils continuaient ã se revendiquer politiquement du kirchnérisme, quoique sans trop de conviction. C’est la raison pour laquelle la lutte pour l’auto-organisation dans les lieux de travail s’accompagne pour les révolutionnaires, d’une constante lutte politique défensive.

Or, le kirchnérisme a été incapable de créer un courant propre au sein du mouvement ouvrier (en particulier dans l’industrie) qui puisse se différencier des bureaucraties traditionnelles. La contradiction entre le « progressisme » du gouvernement et la réalité d’une bureaucratie syndicale aux méthodes fascisantes a atteint son point maximal avec l’assassinat du jeune militant du Parti Ouvrier, Mariano Ferreyra, par des gros-bras de la bureaucratie du syndicat cheminot (alliée du krishnérisme) en 2010. L’assassinat a fait éclater une crise politique nationale qui a fait trembler le gouvernement. Celui-ci n’a pu se refaire une santé qu’après la mort, quelques semaines plus tard, du président Néstor Kirchner.

En 2012, a lieu la rupture définitive du gouvernement de Cristina Kirchner avec le seul secteur plus ou moins prestigieux au sein la bureaucratie. Avec Hugo Moyano ã sa tête, puissant dirigeant du syndicat des Camionneurs, cette rupture entraîna l’affaiblissement du contrôle du gouvernement sur le mouvement ouvrier.

La naissance du FIT, précédée par des luttes emblématiques comme celle de Kraft (contre les licenciements) ou celle des cheminots (contre la précarité et la sous-traitance), a placé sur la scène nationale une alternative politique d’indépendance de classe. Son irruption sur cette scène politique combinée avec les avancées de la gauche (le PTS compte une intervention importante dans la Zone Nord de Buenos Aires où se trouve la plus grande concentration ouvrière du pays), a permis le surgissement du mouvement ouvrier dans ces secteurs. Un mouvement non seulement anti-bureaucratique et combatif mais aussi « de gauche », s’y réclame politiquement du FIT. Tout cela contredit la vaste tradition imposée par la bureaucratie péroniste contre « les gauchistes » pour lesquels l’équivalent actuel n’est ni plus ni moins que « les trotskards ».

Cette synergie entre « le social » et « le politique », après l’obtention de sièges de députés, a permis de mettre la lutte parlementaire au service du développement de la lutte de classes, ce qui a été la clef jusqu’à présent de la consolidation du FIT. Cependant cette synergie ne s’opère pas seulement dans le mouvement ouvrier, mais aussi au sein du mouvement étudiant, avec des secteurs qui se réclament de l’extrême gauche et sont devenus ainsi des alliés fondamentaux dans la lutte des travailleurs.

C’est aussi le cas du mouvement des femmes, qui a suivi une importante trajectoire en Argentine. Le kirchnérisme a toujours cherché à le coopter sans y parvenir, ce qui s’est exprimé récemment par l’immense mobilisation du 3 juin contre les violences faites aux femmes. Au sein de ce mouvement des femmes s’est développée une importante « fraction de gauche », dont le regroupement Pan y Rosas est le groupe le plus emblématique. Co-animé par des militantes du PTS et des indépendantes, il a été fondée par Andrea D’Atri, une des principales candidates dans les listes du PTS aux primaires du FIT.

La lutte pour l’acquittement des travailleurs pétroliers de Las Heras – dans laquelle le PTS et les organisations de la Fraction Trotksiste-Quatrième Internationale se sont investies de manière importante dans le contexte d’une vaste campagne nationale et internationale – aura aussi une expression politique dans les listes du PTS lors des primaires du FIT avec la candidature indépendante de Ramón Cortés, un des travailleurs condamnés actuellement ã perpétuité sans aucune preuve, au terme d’un procès marqué par toute une série de violations très graves des droits de l’homme les plus élémentaires.

Divergences de stratégie au sein du FIT

Avec le refus de conformer une liste unitaire dans les élections primaires, le PO a développé une reformulation de la tactique du « front unique » élaborée initialement par la IIIe Internationale. D’après ce que propose Jorge Altamira, le FIT serait un « Front Unique » dont la tactique semble devenir une stratégie en elle-même. Selon ses propres mots : « La défense du Front Unique est la grand délimitation stratégique et de principe à l’intérieur du FIT ».

Dans un autre article nous avons polémiqué avec cette analyse et nous avons signalé qu’il s’agit d’une confusion absolue entre le Front Unique et le front politico-électoral, qui, comme nous le signalions, mène ã « enlever tout fondement aussi bien au front unique, dont la clef se trouve dans l’action commune pour des objectifs précis dans la lutte de classe, qu’au front politico-électoral qui se distingue précisément par son programme. La conséquence, c’est la transformation des deux en politiques opportunistes ».

Transformer le Front Unique en un problème de liste commune pour les élections, le fait sortir de son axe dans la lutte des classe. Alors que confondre un bloc politico-électoral avec un « front unique » conduit ã dévaloriser la discussion sérieuse qu’il y a ã mener autour du programme, entendu comme condition pour une toute incorporation ou candidature importante au sein du FIT.

Cette discussion s’est traduite de façon pratique autour des organisations qui, dans beaucoup de cas, ont récemment soutenu électoralement le FIT, mais qui n’ont pas un programme clair d’indépendance de classe et se réclament, de façon critique, de Syriza, Podemos, Evo Morales ou Chavez.

La politique consistant ã vouloir incorporer sans discussion sérieuse du programme des organisations qui ne partagent pas le programme du FIT et sans que, dans la plupart des cas, il n’y ait la moindre pratique commune, conduirait ã détruire la formule qui fait le succès politique du FIT : un programme clair d’indépendance de classe et une intervention conséquente et déterminée dans la lutte de classes et les mouvements sociaux, comme le mouvement des femmes.

De nombreuses discussions de ce genre ont déjà eu lieu, par exemple en 2012, lorsque le PO a appelé ã soutenir Syriza de façon critique, en émettant l’hypothèse que Syriza allait appeler ã former un « gouvernement de gauche » qui deviendrait un pont vers un « gouvernement ouvrier ». Il s’agit là d’une vision mécaniquement évolutive de la formation d’un gouvernement des travailleurs. Ces discussions de stratégie s’expriment aussi dans d’autres débats, comme celui qui existe autour des forces de répression, pour lesquelles le PO a commencé ã proposer « le contrôle des commissariats par des représentants élus », question très débattue au sein du programme du FIT. Un tel « contrôle » est déjà utopique en général, mais particulièrement problématique lorsqu’il s’agit d’une police qui est la principale administratrice du crime organisé, ce pour quoi l’Argentine n’est d’ailleurs pas une exception.

Parlementarisme révolutionnaire et lutte de classes

Si ces discussions sont loin d’être terminées au sein du débat « théorique », elles ont des conséquences pratiques. Cependant, dans la situation non révolutionnaire qui règne en Argentine, si l’on regarde les innombrables scrutins lors desquels ont dû se prononcer les parlementaires du FIT, on observe que sur aucune question importante le FIT n’a été divisé, ce qui démontre sa cohérence interne.

C’est au niveau de l’intervention dans la lutte des classes que les divergences pratiques sont, en revanche, les plus marquées. Il suffit de voir les différences entre les interventions du PO et du PTS dans le conflit le plus long et le plus dur de la décennie kirchnériste. On parle du conflit qui a éclaté en 2014 contre la multinationale LEAR, où le PTS compte une fraction (dans un syndicat « totalitaire », le SMATA) qui résiste jusqu’à présent face au patronat et à la bureaucratie syndicale alliée du gouvernement kirchnériste. Un conflit impliquant 240 licenciements, 21 piquets de la principale autoroute de Buenos Aires, 16 journées nationales de lutte avec des piquets partout dans le pays, 5 répressions, 22 arrestations, 80 blessés, 16 mesures judiciaires en faveur des travailleurs, deux semaines de lock-out patronal. Cette lutte a eu pour conséquence la « chute » du principal fonctionnaire de sécurité du gouvernement au niveau national, et l’interdiction judiciaire de l’intervention de la principale force répressive en cas de conflits sociaux, ã savoir la gendarmerie nationale. Le principal dirigeant du conflit, Rubén Matu, est aujourd’hui à la tête de la liste des députés provinciaux de la Zone Nord et Nord-ouest du Grand Buenos Aires pour le PTS pour les primaires.

On peut également parler de l’intervention des ouvriers du PTS dans l’occupation de l’usine de la multinationale Donnelley, face aux licenciements et au démantèlement que le patronat projetait d’effectuer, l’usine se trouvant depuis fin août 2014 sous contrôle des travailleurs.

Ces deux conflits, qui se situent au cœur du mouvement ouvrier dans la Zone Nord du Grand Buenos Aires, ont eu une vaste répercussion au plan national, et un fort impact sur la conscience de centaines de milliers d’ouvriers. Nicolas Del Caño, en tant que député national, ainsi que Christian Castillo, en tant que député provincial de Buenos Aires, ont été aux côtés des travailleurs, réprimés avec eux, et ont fait l’objet d’attaques publiques systématique par le secrétaire de sécurité Sergio Berni, de même que par des gros-bras de la bureaucratie du syndicat de la métallurgie, laquelle est même allée au Parlement national pour mettre la pression sur Del Caño en pleine session.

Après avoir eu 15% des voix dans sa province en 2013, Nicolás del Caño, est devenu un référent national pour la gauche aussi bien par ses interventions très percutantes au parlement, que par son investissement au côtés des travailleurs dans les conflits les plus durs de ces derniers temps en Argentine.

Qu’est-ce qui est en discussion lors des primaires du FIT ?

Dans les primaires du FIT se discute en partie tout ce qui a été abordé ci-dessus, mais aussi deux options politiques pour le FIT. L’une d’elle a déjà été revendiquée par le PO ainsi que par IS et consiste ã se consacrer à l’attaque des principaux candidats des listes du PTS. Elle s’est aussi traduite par le refus de construire le FIT avec le PTS dans la province de Salta, ce qui pousse, cette fois, ã un affrontement électoral entre PO et PTS, et empêche l’addition de leur voix pourtant nécessaire pour atteindre le seuil restrictif de 1,5% lors des primaires, division porteuse de faiblesse face aux candidats patronaux. Cette stratégie exprime ainsi la résistance ã dépasser la vieille « vie de petits cercles » de l’extrême-gauche, où le curseur est mis sur les agissements d’un petit appareil en dehors du mouvement de masses.

Nous considérons que l’orientation que le PTS propose pour le FIT est bien synthétisée dans le slogan de la liste : renouveler et renforcer le FIT avec la force des travailleurs, des femmes et de la jeunesse. Cette politique s’est exprimée par le vaste soutien apporté ã Noelia Barbeito comme candidate au poste de gouverneur de la province de Mendoza. Barbeito a été l’une des principales militantes de Pan y Rosas et du PTS, à l’initiative des mobilisations contre les violences faites aux femmes ã Mendoza dans la journée historique du 3 juin dernier, et a lutté aux cotés des travailleurs municipaux de la localité de Lavalle en tant que sénatrice. Elle a été en première ligne lors des principaux conflits de la province, et a affronté, à la chambre de sénateurs, la caste de politiciens patronaux qui répugnent ã augmenter les salaires des enseignants autant qu’à abaisser leur salaire au niveau de celui d’une institutrice, comme le défend le PTS. Elle a été attaquée par tous les politiciens et médias bourgeois car elle a refusé de choisir, lors d’une session secrète de la chambre des sénateurs de la province, des juges acquis aux intérêts patronaux, en proposant que tout juge soit élu au suffrage universel. Elle a également souligné, à l’occasion de chaque débat public, face aux projets de « plans d’ajustements » contre les travailleurs portés par tous les candidats patronaux, la nécessité d’exproprier les principaux capitalistes de la province.

Ce sont toutes ces actions qui ont poussé plus de 110 000 travailleurs – jeunes, et parmi eux des milliers de femmes auxquelles la campagne du PTS du FIT s’est adressée de façon privilégiée – ã s’identifier à la candidature de Barbeito. Avec la force et le soutien de ces secteurs au niveau national, le programme du FIT peut acquérir de la force dans tout le pays, et créer cette synergie entre « le social » et « le politique » précédemment évoquée, et que le FIT doit encore continuer d’exploiter.

Ce n’est pas la bataille électorale qui permettra de trancher entre ces deux politiques, mais comme toujours, ce sera aux grands événements de la lutte de classes de définir laquelle des deux aura été la bonne.

A l’occasion de ces élections nous défendrons l’objectif qui est de renouveler et renforcer le FIT, en s’appuyant sur la force des travailleurs, des femmes et de la jeunesse. Pas seulement parce que nos candidats sont des jeunes qui luttent et auxquels s’identifient des milliers de jeunes travailleurs précarisés, et d’étudiants, comme l’a montré Nicolás del Caño ã Mendoza. Pas seulement parce que nos listes, ã Capital Fédéral et dans d’autres districts, sont composées pour la première fois dans l’histoire de 70% de femmes, ni parce que les centaines de travailleurs des principaux processus en lutte et organisations de la classe ouvrière appuient nos listes. Mais parce que, par-dessus tout, les listes du PTS dans les primaires du FIT défendent cette perspective. Parce que cette force est la seule ã pouvoir rendre le FIT puissant, et ã pouvoir donner naissance ã un parti révolutionnaire capable de vaincre la bourgeoisie, son État, et de renverser le capitalisme depuis ses racines pour en finir avec l’exploitation et l’oppression. C’est avec cet objectif que nous luttons tous les jours, et c’est ce que nous allons défendre à l’occasion de ces primaires de l’extrême-gauche.

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