FT-CI

Manifestations massives au Portugal

Le gouvernement de Passos Coelho contraint ã faire machine arrière

21/10/2012

Par JA. Gallardo et C. Tappeste

La crise frappe durement les pays d’Europe du Sud. Jusqu’à présent, les travailleurs et la jeunesse n’ont vu aucune différence entre les gouvernements qui se sont succédé à la tête de l’Etat espagnol, de la Grèce, de l’Italie ou du Portugal. Et pour cause, ces gouvernements ont tous défendu les mêmes politiques de rigueur, antisociales et antipopulaires, qu’ils soient de « gauche », comme celui de José Sócrates (au pouvoir ã Lisbonne jusqu’en juin 2011), de droite, comme celui de son successeur, Pedro Passos Coelhos, ou encore qu’il s’agisse de gouvernements « techniques », comme celui de Mario Monti en Italie. La seule force capable de les contraindre ã reculer, c’est celle de la mobilisation de la jeunesse, des travailleurs et des classes populaires. C’est ce que viennent de démontrer les grandes manifestations de fin septembre au Portugal.

L’austérité en direct

Vendredi 7 septembre au soir, c’est l’équipe nationale qui est censée jouer. Alors certes il ne s’agira pas du match du siècle, mais le Portugal-Luxembourg programmé ã 20h est tout de même l’occasion de se retrouver en famille ou entre amis. Ça permettra un instant de parler d’autre chose que d’une rentrée bien triste, après des congés d’été qui n’ont pas été des vacances pour la plupart des Portugais, ou encore des chiffres catastrophiques communiqués par l’Instituto Nacional de Estatística, l’INSEE portugais, avec 1,3 millions de chômeurs pour un pays qui compte ã peine plus de 10 millions d’habitants. A midi cependant, les agences de presse annoncent que Pedro Passos Coelhos, le Premier ministre conservateur du PSD interviendra à la télévision une demi-heure avant le début du match. Ce n’est pas son premier discours en direct. Déjà , il y a quelques mois, il avait annoncé que 2012 serait l’année de la fin de la crise. Mais ã voir sa triste mine devant les caméras le 7 au soir, il semble qu’il s’est trompé dans ses prévisions ou alors qu’il ait menti de façon éhontée…

Devant plus de la moitié du pays rassemblé devant le petit écran, Passos Coelho s’emploie pendant toute la première partie de son discours ã parler « d’efforts collectifs », « d’espoir » ou de « fierté nationale ». La lumière, paraît-il, est au bout du tunnel. Mais quand il rentre dans le vif du sujet, c’est plutôt la poursuite du voyage dans le tunnel de la crise que Passos Coelhos notifie aux classes populaires. Le Premier ministre annonce ainsi en direct le relèvement pour les salariés des prélèvements obligatoires de 11 ã 18%, ce qui représente au final la perte nette d’un mois de salaire sur l’année. Parallèlement, il annonce également la baisse concomitante des contributions patronales de 23,5 ã 18, par « souci d’équité ». Passos Coelhos s’imaginait que le match de foot allait faire oublier aux Portugais l’énième potion amère qu’il voulait leur faire avaler. Le pronostic s’est avéré parfaitement erroné.

La contre-offensive populaire des 15 et 21 septembre

Ce nouveau tour-de-vis visant les salariés fait partie du plan d’austérité global exigé par la Troïka (Fonds Monétaire International, FMI, Banque Centrale Européenne, BCE, et Commission Européenne) « en échange » d’un « plan de sauvetage » de 78 milliards d’euros négocié en mai 2011 par le précédent gouvernement, dirigé à l’époque par les socialistes (PSP). Le gouvernement du PSP avait déjà commencé ã réduire pensions et retraites, rogner sur les salaires et les aides sociales et augmenter la TVA, qui au Portugal est ã 23%. Mais la Taxe Sociale Unique (TSU) annoncée le 7 septembre par Passos Coelho a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C’est ce qui explique le succès des manifestations massives des 15 et 21 septembre.

Les rassemblements de fin septembre ont été les défilés les plus importants depuis ceux du premier mai 1974, une semaine après la chute de la dictature. Avec pour slogan principal « Non à la Troïka ! » et « Il est temps que Passos s’en aille », les manifestants ont exprimé avec force leur rejet d’un gouvernement qui est arrivé au pouvoir en bénéficiant du discrédit pesant sur les socialistes et ayant poursuivi leur politique d’austérité. Le 21, les manifestants ont maintenu la pression devant le siège du gouvernement ã Lisbonne au cri de « le peuple uni ne sera jamais vaincu » et en reprenant en chœur les couplets de « Acordai », la chanson phare des années 1970 de résistance à la dictature, composée par José Gomes Ferreira e Fernando Lopes-Graça [1].

Sous la pression de la rue, conseillé également par certains députés de son propre camp et d’une fraction du patronat portugais craignant qu’un entêtement gouvernemental ne mette le feu aux poudres, Passos Coelho a préféré faire marche arrière devant les centaines de milliers de manifestants qui se sont rassemblés dans une quarantaine de ville du pays. Le gouvernement a donc préféré mettre entre parenthèse la TSU 22 septembre.

Un premier recul de la bourgeoisie qui en annonce d’autres ?

Cette reculade est une grande première en Europe depuis le début de la crise. L’autre exemple avait été, jusqu’à présent, l’annonce démagogique faite par Georges Papandréou de convoquer un référendum sur l’euro afin de répondre à la situation de crise gouvernementale grecque et à la pression de la rue et des grèves face à l’application des mémorandums imposés par la Troïka. Papandréou avait dû au final faire un pas de côté et renoncer ã son dérivatif référendaire. La décision de Passos Coelho est elle une véritable reculade. Reste ã savoir maintenant si elle annonce un début de renversement du rapport de forces qui pourrait avoir des conséquences importantes pour l’ensemble de notre camp social en Europe.

Passos Coelho n’a pas hésité ã revenir à la charge lors de la discussion du budget 2013 le 26 septembre. Il a laissé entendre que le gel de la TSU serait remplacé par de nouvelles coupes dans les budgets de la Santé, au niveau des retraites et des salaires. En effet, la Troïka exige du Portugal la réduction pour l’an prochain d’environ un quart de l’ensemble de la masse salariale des travailleurs du public du pays, ã savoir une véritable guerre contre la classe ouvrière portugaise. Les projets de privatisation de la TAP, la compagnie aérienne nationale, des aéroports, des postes, de la RTP, la radiotélévision nationale, dans transports, de l’eau et de l’énergie, restent inscrits à l’agenda du gouvernement.

C’est ce qui explique sans doute le succès de la manifestation nationale du 29 septembre ã Lisbonne à l’appel de la CGTP, le principal syndicat du pays, proche du Parti Communiste, qui jusqu’à présent a oscillé entre mesures dilatoires et sectarisme. Ainsi, la CGTP n’avait pas appelé au début ã appuyer le rassemblement du 15 septembre, convoqué à l’origine à la mi-août par un mouvement de travailleurs précaires et au chômage proche de la gauche radicale portugaise. Au dernier moment, la CGTP a dû appeler à la manifestation du 15, puis donner une suite. En effet, plusieurs secteurs sont en lutte en ce moment, depuis les chantiers navals de Viana, prés de Porto, en passant par les cheminots et les enseignants. Le rassemblement du 29 a réuni sans doute moins de manifestants Place du Commerce ã Lisbonne que quinze jours auparavant, mais ils étaient au moins plus de 100.000.

Quelles perspectives en vue pour la grève générale du 14 novembre ?

La situation est suffisamment tendue pour que la direction de la CGTP, qui à l’origine n’en avait aucunement l’intention, ait dû appeler ã une nouvelle grève générale. Plutôt que de maintenir la pression sur le gouvernement cependant, la date retenue est le 14 novembre. Inutile de dire que si les travailleurs et la jeunesse du Portugal veulent réellement faire reculer Passos, la bourgeoisie portugaise et la Troïka, il faudra qu’ils s’emparent de toutes les dates proposées, mais aussi qu’ils s’organisent et se coordonnent, entreprise par entreprise, dans les facs, lycées et quartiers, afin de discuter eux-mêmes des instruments les plus efficaces pour renverser ce gouvernement dont plus personne ne veut.

La bourgeoisie portugaise est consciente du risque qui pèse sur le « consensus social » si le gouvernement continue ã trop charger la barque et ã presser les travailleurs. Une chose est sure en tout cas : ce n’est qu’en brisant ce consensus social que les travailleurs et la jeunesse du Portugal feront reculer la Troïka, le patronat et le gouvernement qui est à leur service. Pour cela, il leur faudra s’organiser par en bas, comme ils ont su le faire ã d’autres moments de leur histoire, afin d’imposer à leurs organisations de cesser tout dialogue et discussion avec le gouvernement, afin que ce premier recul de Passos Coelho soit le début d’une contre-offensive victorieuse pour faire payer la facture de la situation actuelle ã ses véritables responsables, la classe capitaliste.

12/10/12

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