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Élections au Brésil

Le PT perd les élections dans les principaux pôles industriels du pays

30/10/2014

Le PT perd les élections dans les principaux pôles industriels du pays

La défaite de Dilma Roussef et du PT dans les grands centres industriels du pays a été manifeste lors du second tour des présidentielles. Le discours sur une candidature « de changement », qui correspondait à l’image de Marina Silva, a été en grande partie transféré au candidat de la droite, Aécio Neves. Plus qu’une remise en cause ponctuelle, on constate une perte d’hégémonie du PT dans ses bastions ouvriers historiques, une crise plus profonde et structurelle.

Le PT n’a pas émergé uniquement de la dernière grande série de mouvements ouvriers au Brésil, au début des années 80. Il est connu également pour son hégémonie dans les régions les plus industrialisées du pays. Son accession au gouvernements fédéral, et les changements qui ont eu lieu dans les 12 dernières années, ont conduit ã un délitement de l’identité et du sentiment de « patriotisme » pour une bonne partie de ses soutiens ouvriers.

La classe sociale qui a engendré le PT, implantée notamment chez les travailleurs les plus qualifiés des grandes entreprises, ainsi que chez ceux du service public, renie désormais son rejeton. Le statut social créé de toutes pièces par le PT pendant ses 12 années de gouvernement, au travers de la création massive d’emplois précaires et ã fort taux de turn-over dans le tertiaire, lui a assuré une majorité serrée lors de ces dernières élections, par le vote d’une couche de travailleurs urbains paupérisés et rendus dépendants des politiques d’assistance sociale.

Concentrations ouvrières de Sao Paulo et de Minas Gerais

On pouvait croire avec la non-accession de Marina Silva au second tour, perçue comme la voie alternative, ã une polarisation des votes et un retour à la même configuration politique, avec les mêmes bastions. Mais ce n’est pas ce qui a été constaté dimanche dernier.

Dans la concentration ouvrière de Sao Paulo, Dilma Roussef et le PT n’ont fait que confirmer le revers historique qu’ils avaient subi au premier tour. Le PT n’est majoritaire que dans la circonscription de Diadema, avec 54% des voix, soit une courte tête d’avance. Ce résultat est très faible comparé ã ceux des élections de 2002 (73%), de 2006 (70%), et 2010 (66%).

À São Bernardo do Campo, fief politique de Lula Da Silva, le PT a ã nouveau perdu au deuxième tour : 44% des suffrages valides, contre 56% pour Aécio Neves. Cette ville détenait le record du pire résultat du PT, qui avait obtenu le même score au deuxième tour en 2010 : 56%.

À Mauá, alors que Dilma Roussef était en tête au premier tour, c’est Aécio Neves qui l’emporte au second, avec près de 56% des voix.

À Osasco, le PT perd également pour la première fois depuis sa création. Sa candidate obtient 41% des voix, contre 65% en 2002, 58% en 2006, et 55% en 2010.

Parmi les fortes concentrations urbaines et ouvrières de Sao Paulo, Dilma Roussef est en tête ã Hortolà¢ndia, dans la Région Métropolitaine de Campinas, tout comme au premier tour. La même tendance générale se dessine au regard des élections antérieures, qui vont de 73% en 2002 ã 57% en 2014.

De même, ã Sumaré, dans la même région, le PT perd pour la première fois : 49% pour Dilma Roussef, bien loin de la moyenne historique des 60% qu’avait maintenue le PT dans la ville.

Le PT perd également ã Campinas, Indaiatuba, Vinhedo, Valinhos, en suivant la même tendance qu’au premier tour des élections.

Dans l’état de Minas Geiras, malgré la victoire du PT sur Aécio Neves, qui en fut gouverneur pendant 8 ans (pour le PSDB), les résultats dans les villes les plus ouvrières sont mauvais. Dans la capitale, Belo Horizonte, le PT n’obtient que 36% des voix, contre 76% en 2002, 63% en 2006, et 50% en 2010.

Il en va de même pour Contagem, l’un des principaux pôles industriels de l’état, où Dilma Roussef atteint péniblement les 48%. C’est une défaite amère pour le parti qui avait obtenu 82% des suffrages en 2002.

Il n’y a qu’à Betim où le PT conserve son hégémonie, où Dilma obtient 56% des voix, contre 76% en 2002.

Rio de Janeiro, Nord et Nordeste du Brésil

Le contexte est différent ã Rio de Janeiro. Parmi les villes ouvrières les plus importantes de la région, telles Duque de Caxias, São Gonçalo et Nova Iguaçu le PT oscille entre 64% et 69% des voix, légèrement en dessous des résultats des élections antérieures.

La victoire de Dilma Roussef a donc été assurée par les régions Nord et Nord-est, qui ont montré une tendance clairement opposée à l’effritement du PT. À Manaus (état d’Amazonie), Camaçari et Salvador (Bahia), Fortaleza (Ceará) et Recife (Pernambouc), le PT est largement devant. Dans certaines régions, il est même en tête dans toutes les circonscriptions municipales. Cependant, Manaus, qui était un bastion du PT en 2002, et votait PT ã presque 80%, ne vote plus qu’à 56% en sa faveur.

Pourquoi un secteur de la classe ouvrière a-t-il voté pour Aécio Neves ?

Le PSDB est un parti ouvertement néolibéral, traditionnellement bourgeois et anti-populaire au Brésil. Cependant, et comme on a pu le constater, Aécio l’a emporté sur Dilma dans nombre de villes ã composition majoritairement ouvrière. Un certain nombre de facteurs permettent de comprendre ce virage ã droite de secteurs ouvriers conséquents.

Les dix dernières années ont vu surgir un nouveau prolétariat, jeune, et extérieur aux références du PT en tant que parti issu des grandes grèves de la fin des années 70 et début 80. À l’opposé, ce secteur est déjà conscient que le PT est devenu un parti de gouvernement et de maintien de l’ordre établi, davantage proche des partis traditionnels et bourgeois au pouvoir.

De là sont issus ces prolétaires qui ont voté pour Aécio Neves : c’est un vote pragmatique, qui tend ã faire d’Aécio Neves celui qui pourra juguler l’inflation. Ce sont des secteurs qui n’ont pas vécu les politiques néolibérales des années 90 menées par le PSDB, qui se sont plus facilement laissés convaincre par le discours démagogique du candidat Neves. Ce dernier a donc dissimulé derrière l’apparence du changement la ligne politique de droite et néolibérale de son parti : il cache le fait que son parti est aussi corrompu que le PT et que son combat contre l’inflation va de pair avec la suppression des emplois et d’acquis sociaux.

Les discours de Lula Da Silva à la fin de la campagne électorale s’adressaient directement ã cette frange de la population.

Ainsi, dans les usines où l’on vote davantage pour le PT, on trouve des ouvriers avec davantage d’expérience, et une tendance en faveur de Dilma ; inversement, là où le prolétariat est plus jeune, mais aussi plus précaire, on constate une plus grande réceptivité au discours populiste d’Aécio.

Pour les secteurs qui ont connu le PT des années 80 et le tournant néolibéral des années 1990 de la droite brésilienne, voter pour Aécio Neves constituait effectivement un tournant ã droite. Mais ce choix concerne des secteurs très minoritaires. S’ils avaient été majoritaires, cela aurait coûté la victoire au PT.

On peut inclure également dans les facteurs de cette défaite l’immobilisme de la CUT, dont la direction bureaucratique, liée directement au PT, a empêché les émeutes et l’insatisfaction massives de juin 2013 de se porter sur la gauche de l’échiquier politique.

Nous n’avons pas vu de phénomène de luttes, quelle que soit la branche d’activités, qui démontre l’impuissance de ce syndicat bureaucratique face aux symptômes de crises et de convulsions dont souffrent les entreprises. Cette apathie syndicale conduit le mécontentement ã se manifester uniquement par les urnes, et par un virage partiel ã droite.

Une mutation de la base sociale du PT ?

Le PT est donc condamné ã se réinventer et son enjeu central est structurel. Dans les principaux bastions ouvriers, une partie de la classe ouvrière des grandes concentrations industrielles a cessé de s’identifier avec le PT après son intégration à l’appareil d’État, après 12 années au pouvoir.

Le PT passe donc d’un parti de travailleurs ã parti de l’ordre, qui gouverne en fonction d’intérêts capitalistes, et dont le volet social est un moyen de contrôle des populations les plus pauvres et les plus précaires. La preuve flagrante est bien le résultat du PT, qui est majoritaire uniquement dans la tranche de population qui a des revenus mensuels inférieurs ã deux fois le salaire minimum national. Celle-ci est composée de la masse des travailleurs urbains paupérisés et des secteurs ouvriers les plus acculés. La contradiction c’est que dans ces mêmes concentrations les syndicats continuent d’être pilotés par la bureaucratie de la CUT, liée PT.

L’un des défis annoncés pour le parti au pouvoir dans la période qui s’ouvre, c’est bien sa perte d’influence parmi les secteurs où il pourrait être le plus solide, le plus organique, c’est-à-dire dans la classe ouvrière. Car en effet dans les secteurs informels de l’économie et chez les pauvres urbains et les plus précaires le soutien ã un parti est plus pragmatique, directement influencé par les oscillations de l’économie, actuellement en déclin.

Pour un gouvernement qui est confronté ã un scénario de crise majeure, dans le contexte de la récession et de plans d’ajustement économiques qui viendront tôt ou tard, la tendance est au creusement du fossé entre le PT et sa base, qui risque également d’affecter le bras syndical du PT, la CUT.

Reste ã savoir comment va s’orienter le mécontentement et la remise en question structurelle et organique du PT.

C’est pour cela qu’il faut appeler à la construction d’une alternative puissante dans la classe ouvrière, indépendamment des bureaucraties et du patronat, enracinée dans le mouvement populaire, et qui puisse récupérer les syndicats comme instruments de lutte de classe.

29/10/2014.

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