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Vieilles charrues ou vieilles recettes ? Après le rassemblement du 30 novembre ã Carhaix

Il faut un pôle ouvrier et populaire, indépendant et antibureaucratique pour continuer le combat contre les licenciements en Bretagne

01/12/2013

 Il faut un pôle ouvrier et populaire, indépendant et antibureaucratique pour continuer le combat contre les licenciements en Bretagne

Christian Troadec et les autres porte-paroles autoproclamés des Bonnets Rouges bretons ont réussi leur pari. A l’appel, dans leur grande majorité, d’organisation culturelles et politiques bretonnes, avec en arrière-fond le patronat du secteur agricole (FDSEA 29) et la CGPME des Côtes d’Armor, le rassemblement de Carhaix du 30 novembre a rassemblé plus de monde encore qu’à Quimper en début de mois et largement plus que lors des manifestations syndicales du 23 réclamant « un volet social » au « Pacte d’avenir pour la Bretagne » du gouvernement.

« J’ai rencontré ce matin, prés de la haie de mon champ… »

Les chiffres ne concordent pas mais tant la préfecture que les organisateurs donnent une participation plus élevée que le 2 novembre, avec 20.000 personnes selon Ouest France. Pour ceux qui connaissent le site des vieilles charrues, il était en effet noir de monde. Quels que soient les calculs que l’on reprend, il s’agit de chiffres considérables pour le Centre-Bretagne, même si le rassemblement a drainé au-delà du Finistère et des Côte d’Armor.

Sur scène, les artistes bretons se sont succédés, laissant place, par la suite, aux discours. Gilles Servat a bien entendu repris « La Blanche Hermine », entonnée en chœur par le public. Mais « prés de la haie » du champ du site de Kerampuil il n’y avait pas que « des marins, des ouvriers et des paysans », mais aussi des patrons, petits et gros.

… des politiciens et des patrons

Devant un public très majoritairement populaire, venu en famille, c’est Troadec qui en ouverture a le mieux résumé l’orientation que le Collectif des Bonnets Rouges tente de donner à la colère dont le Finistère a été le théâtre ces dernières semaines : « Demat d’an holl. Nous sommes plus nombreux qu’à Quimper. Entre 30 000 et 35 000. Nous voulons que les routes restent gratuites en Bretagne. Nous voulons une société de solidarité. Notre économie doit évoluer mais dans un cadre harmonieux. Il faut jeter le carcan jacobin ».

On voit-là les traits de fabrique « made in Breizh » du chef d’entreprise Troadec, dirigeant du petit Mouvement Bretagne et Progrès et qui joue sur tous les tableaux : avec ses amis les patrons et en fonction de ses prétentions électorales, en vue des municipales du printemps prochain.

Le discours que continuent ã tenir les organisateurs des Bonnets Rouges devant une foule nombreuse et très largement issue des couches populaires bretonnes est tout aussi confus et polyclassiste qu’à Quimper. Mais la différence par rapport aux mobilisations antérieures, c’est que le Collectif des Bonnets Rouges ã tout fait pour, cette fois-ci, mobiliser « ã froid » et pour délocaliser le rassemblement loin des lieux de pouvoir et de décision politiques et économiques, afin d’éviter tout débordement.

Un régionalisme de contrebande mâtiné de conciliation de classe

Alors que la crise est loin d’être finie en Bretagne et que les plans sociaux sont encore sur la table dans les bureaux des patrons, parler de « cadre harmonieux » et jeter la faute ã Paris, ou encore de « solidarité » en continuant ã ménager le patronat local, voilà qui est non seulement parfaitement utopique (en plus d’être réactionnaire), mais qui fleure bon l’opération politicienne de régionalistes. L’enjeu pour Troadec, Thierry Merret, de la FDSEA, et leurs acolytes, c’est de refroidir la colère sociale mais, au passage, d’en chevaucher le début de dynamique pour mieux peser sur la scène bourgeoise régionale, qu’elle soit politique, électorale ou économique, au sein des chambres de commerce et d’industrie et du mouvement coopératif agricole des gros exploitants. Vieilles recettes pour un projet éculé et qui a montré sa faillite.

Limites du régionalisme réformiste : le cas d’Esquerra Republicana en Catalogne

Y compris là où le sentiment national est encore plus fort, voire majoritaire, comme en Catalogne Sud, l’ensemble des politiciens réformistes, même plus radicaux que Troadec, finissent toujours par oublier leurs discours « de gauche » et par se subordonner à la bourgeoisie locale, plus ou moins autonomiste et régionaliste.

C’est le cas aujourd’hui d’Esquerra Republicana Catalana (ERC), anciennement classée comme « gauche radicale catalane indépendantiste » et qui siège aujourd’hui avec la majorité (centre-droit) qui est à la tête de la Generalitat de Catalogne, aux côtés d’Artur Mas. C’est cette majorité qui applique les mêmes plans d’austérité et qui couvre les mêmes plans sociaux que dans le reste de l’Etat espagnol. Le cas de la lutte des ouvriers de Panrico, ã Santa Perpètua, prés de Barcelone, est assez révélateur ã ce sujet.

ERC a attendu des années avant de sortir du bois et assumer pleinement son projet bourgeois, en laissant de côté toute référence un tant soit peu radicale au réformisme social. Troadec et le Mouvement Bretagne et Progrès se placent d’entrée de jeu sur le terrain du patronat.

« Volet social » ou « régional » : deux projets bourgeois

Face au rassemblement de Carhaix, on trouve les bureaucraties syndicales qui ont quémandé au gouvernement un « volet social » ã son « Pacte d’Avenir pour la Bretagne », un plan fait de subsides destinées au patronat pour prendre le relais des aides bruxelloises. C’était l’enjeu des quatre manifestations bretonnes du 23 novembre et une des raisons principales expliquant pourquoi elles n’ont que si faiblement mobilisé. Jean-Marc Ayrault, de son côté, est tout heureux de pouvoir disposer d’interlocuteurs et ne se cache pas de vouloir faire adopter au plus vite le « Pacte ». Par delà le coup médiatique cependant, il y a fort ã parier que le fait de mettre sur le papier deux ou trois promesses et faire un gros chèque aux patrons ne fera pas oublier aux travailleurs et aux jeunes la situation dramatique que traverse la Bretagne. On peut donc penser que les mobilisations sont loin d’être finies.

Mais les deux projets, l’un « jacobin », pour reprendre le lexique des régionaliste, et l’autre « bretonnant », celui de Troadec et ses amis, sont tout aussi bourgeois l’un que l’autre. Mieux, ils se complètent, car Troadec et Merret entendent bien peser, en dernière instance, dans les négociations. Ils n’ont ni l’envie ni l’intention que la colère bretonne contre les licenciements et la crise ne débouche sur une remise en cause des véritables responsables de la situation et dont l’écotaxe (impôt injuste et aucunement écologiste, soit dit en passant) n’est aucunement la source.

Construire un pôle ouvrier et populaire, indépendant et antibureaucratique

Dans ce cadre et jusqu’à présent, le mouvement ouvrier, les travailleur-euse-s qui ont affronté les gardes-mobiles sur les piquets de grève et ã Pont-de-Buis, celles et ceux qui veulent défendre les emplois et vivre et travailler au pays sont comme pris entre deux feux.

Alors certes le 30 novembre plusieurs centaines de travailleur-euse-s, de jeunes et de militant-e-s ont constitué ã Carhaix, à l’appel des Collectifs pour l’emploi du centre Bretagne et de Brest, un pôle ouvrier, prés de la gare ã 13h, avant de rejoindre Kerampuil. Avec des délégations de Gad, de Marine-Harvest, de Tilly-Sabco, de la CGT Marins du Grand Ouest, du Syndicat des Travailleurs Bretons, de Breizhistance et du NPA 29, le mot d’ordre que l’on pouvait lire sur leur banderole était on ne peut plus clair : « décider, vivre et travailler en Bretagne en interdisant les licenciements ! Frankiz, Labour, Bara ! [Liberté, Travail, Pain !] »

La question, cependant, c’est que pour défendre jusqu’au bout cette perspective, il faudrait un pôle parfaitement indépendant du patronat. Quoi qu’en dise Olivier Le Bras, le représentant FO de Gad, il n’y a pas d’un côté « les patrons du CAC 40 et les patrons avec des entreprises familiales [en Bretagne] qui défendent les emplois ». On l’a vu avec la famille Doux, on le voit avec la famille Peugeot : qu’elles soient ã capital familial ou anonyme, dans une entreprise les patrons (tous les patrons), défendent leurs profits.

Par ailleurs, un tel pôle ne devrait pas être seulement ouvrier et populaire, mais également antibureaucratique. C’est le second aspect essentiel pour être en capacité de tisser des liens avec les travailleurs qui souhaitent des perspectives autres que celles offertes par l’Intersyndicale bretonne et pour maintenir la plus complète indépendance par rapport au gouvernement et ses relais syndicaux qui, de tables rondes en négociations, mènent le mouvement ouvrier dans le mur. La CFDT au niveau régional aura beau jeu de « dénoncer la manipulation patronale des Bonnets Rouges » aussi longtemps qu’un pôle antibureaucratique n’aura pas vu le jour.

C’est uniquement de cette façon que l’aile marchante du mouvement breton, les Collectifs pour la sauvegarde de l’Emploi du Centre-Bretagne et de Brest pourront gagner en structuration et offrir une perspective pour en découdre à la fois contre les politiques parisiennes mais également contre les patrons et les politiciens bourgeois locaux qui cherchent ã faire de la colère légitime un tremplin pour leurs intérêts de classe.

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