FT-CI

Prés de quatre mois de grève ã Citroën

Force et faiblesses de la lutte historique de PSA Aulnay

28/05/2013

Par Daniela Cobet

Au moment où nous écrivons cet article la grève des travailleurs de PSA s’approche de son quatrième mois, avec ã sa tête la CGT du site de Seine-Saint-Denis, là¢chée par toutes les autres organisations syndicales [1]. C’est sans doute la grève la plus longue dans le secteur automobile depuis plusieurs décennies. Les ouvriers d’Aulnay ont fait preuve d’une énorme combativité et ténacité, dans une grève extrêmement active et populaire. Néanmoins cette grève traverse un moment difficile et pourrait se terminer en demi-teinte. ,avec un PSE maintenu, la fermeture du site confirmée pour le début de l’année prochaine, seule une partie des salariés reclassés dans d’autres sites, notamment ã Poissy, et en plus dans des conditions assez mauvaises. Entre-temps la direction du groupe PSA poursuit ses attaques sur l’ensemble des sites, notamment par le licenciement d’intérimaires et l’application d’accords de flexibilité et des rallongements de la durée de travail. Pour comprendre la contradiction entre les aspects les plus positifs de la grève et les difficultés auxquelles elle se heurte aujourd’hui, un retour sur une série de questions et de faits est nécessaire. C’est ce que nous essaierons de faire, fraternellement, dans les pages qui suivent.

Une grève extrêmement combative

C’est bien la première chose qu’il faut remarquer sur la grève de PSA Aulnay. La promesse de « se battre comme des lions » est tenue. En grève reconductible depuis presque quatre mois, les salariés ont occupé le site, ont monté des piquets de grève sur chacune des chaînes de production pour les empêcher de tourner, ont conduit des dizaines d’actions coup de poing : opérations péage gratuit, occupation de l’IUMM, du MEDEF, blocage du train de Montebourg, intervention au Conseil National du Parti Socialiste, etc.

Cette combativité n’est pas totalement nouvelle, elle avait fait ses épreuves dans les grèves de 2005 et 2007 ã PSA Aulnay. Ce n’est donc certainement pas l’énergie et l’envie de se battre de la part des grévistes qui a manqué pour obtenir une victoire. Au contraire, la lutte acharnée des travailleurs d’Aulnay apparaît comme un contre-exemple par rapport ã ces boites où face à l’annonce d’un plan de fermeture d’usine ou de licenciements en masse, les salariés acceptent (souvent très mal servis par les directions syndicales qui restent l’arme au pied) les diktats du patronat comme une fatalité.

Une grève minoritaire mais avec un soutien passif des non-grévistes

Cependant, la grève a toujours été l’œuvre d’une frange minoritaire des salariés. Au tout début du mouvement, vers le mois de janvier, le nombre de grévistes s’est approché de 500 (sur 2500 salariés) et actuellement il oscille plutôt entre 150 et 200. On peut se dire que c’est très peu et que cela explique en grande partie les difficultés de la grève. Mais il faut aussi dire comment la grève a pu tenir aussi longtemps avec des effectifs aussi réduits par rapport aux effectifs totaux de l’usine.

En fait, c’est grâce ã une sorte de « soutien passif » d’une majorité des salariés non-grévistes que la grève a pu se maintenir jusqu’à présent. Une partie considérable de ces non-grévistes s’est mis en arrêt maladie (autour de 30% au début du mouvement), d’autres venaient à l’usine mais refusaient de faire la moindre pression sur les grévistes pour une reprise du travail et ne se sont jamais attaqués aux piquets de grève qui assuraient l’arrêt des chaînes de production. Des salariés qu’on a essayé de recruter sur d’autres sites pour venir briser la grève ont également rejeté ce genre de propositions.

C’est ce qui explique que la direction ait été obligée de faire venir plusieurs dizaines de cadres de différents sites (en plus des vigiles privés) pour faire pression sur les grévistes et empêcher une occupation totale du site. Sans pouvoir imposer une reprise du travail, ces cadres restaient débout à longueur de journées (c’était, pour beaucoup d’eux, une première !) ã regarder les activités de la grève. Ils sont vite devenus motif de dérision des grévistes qui les ont surnommés les « pots de fleur » et qui s’amusaient parfois à les « arroser » ou jouer à la pêche au cadre... Tout un bouleversement des rapports hiérarchiques que seule la lutte de classes permet.

Une grève très populaire

Un autre aspect remarquable de la grève et qui souligne en partie pourquoi les grévistes ont pu tenir aussi longtemps a été le soutien extérieur qu’elle a reçu de la part de nombreux secteurs, notamment par le biais des contributions à la caisse de grève, ainsi que d’un certain nombre de mairies de Seine-Saint-Denis. Cette caisse a permis, à la fin de chaque mois de grève, de payer un salaire proche du SMIC ã chacun des grévistes. C’est très probablement la caisse de grève la plus importante qui a été organisée depuis celle des raffineurs pendant le mouvement contre la réforme de retraites en 2010. Elle montre combien, lorsqu’une grève emblématique cherche la solidarité de l’ensemble du monde du travail et de la jeunesse, le problème de l’argent n’est plus un obstacle pour tenir une grève dans la durée.

Les militants du Courant Communiste Révolutionnaire du NPA ont été à l’origine de nombreuses initiatives pour contribuer en ce sens, en impulsant le Collectif des Etudiant-e-s Solidaires des Travailleurs en Lutte, en organisant des collectes dans les facs parisiennes, une collecte en commun avec les salariés de PSA et des cheminots ã Gare d’Austerlitz, une soirée-concert de solidarité à l’Université Paris VIII (Saint-Denis), etc.

Il est néanmoins évident que pour faire reculer la direction du groupe PSA, une grève minoritaire, même très combative ne suffisait pas. Il fallait sortir de l’isolement, mobiliser les autres sites et tenter de devenir un fer-de-lance d’un mouvement plus large contre les licenciements ã PSA et ailleurs. Pour comprendre les difficultés qu’il y a eu en ce sens, il faut néanmoins revenir un peu en arrière.

Des occasions manquées dans la préparation de la grève

Juin 2011. La direction de la CGT d’Aulnay a accès par l’intermédiaire d’un salarié travaillant dans les bureaux de la direction ã un document dévoilant le plan, encore secret ã ce stade-là , de fermeture de trois sites à l’échelle de l’Europe : SevelNord, près de Valenciennes, Madrid, et Aulnay. Il y avait là un avantage énorme, car très souvent les plans de la direction prennent les salariés au dépourvu et l’effet surprise rend plus difficile la préparation de la lutte.

Mais pendant toute une année, la CGT n’a pas pu convaincre les salariés qu’il s’agissait d’une menace sérieuse et qu’il fallait se préparer ã une lutte dure. La direction a démenti l’information obtenue par la CGT et a donné l’ordre ã tous les contremaîtres et moniteurs de faire de même dans les ateliers et de « rassurer » les salariés. Beaucoup de ces petits chefs se sont ensuite senti trahis par la direction qui non seulement leur avait raconté des balivernes mais les avait poussé ã mentir aux ouvriers. Quelques-uns ont même adhéré à la grève par la suite.

L’annonce de la fermeture est tombée en juillet 2012, à la veille des vacances d’été, dans le cadre d’un plan visant ã supprimer plus de 8000 emplois sur les différents sites hexagonaux de PSA. L’Intersyndicale, constituée entre-temps et qui incluait le SIA, le syndicat maison, décide après deux gros rassemblements de repousser le bras-de-fer avec la direction ã après les vacances.

Le 11 septembre, à la rentrée, une AG est organisée dans l’usine et la proposition présentée par l’Intersyndicale est de tout miser sur l’exigence d’ouverture de négociations tripartites entre la direction du groupe PSA, les syndicats et le gouvernement. La perspective d’une grève contre la fermeture et les licenciements n’est pas avancée. Jean-Pierre Mercier explique à la presse son point de vue : « Une grève illimitée serait une erreur tactique : ça nous épuiserait rapidement financièrement et ça aurait un pouvoir de nuisance limité (...) Nous seuls, on ne pourra pas empêcher la fermeture, (...) il faut que les camarades de Rennes, Poissy, Sochaux entrent dans la bataille » [2]. L’obstacle financier s’est avéré, plus tard, dans les faits, parfaitement surmontable, comme nous avons vu plus haut. Quant à l’objectif d’un mouvement touchant plusieurs sites, il était à l’évidence juste et nécessaire, mais il fallait encore se donner les moyens de tester cette possibilité, sous peine de se condamner ã une paralysie plus que dangereuse.

Il était possible de tirer les autres sites de PSA vers l’action

Le fait que l’annonce de la fermeture de PSA n’arrive pas seule, mais dans le cadre d’une attaque globale contre les salariés du groupe posait les bases pour une mobilisation intersites. De plus, le débrayage simultané organisé quelques mois auparavant contre la mutuelle devenue obligatoire, le succès de l’action au Salon de l’automobile à laquelle avaient afflué des délégations de la plupart des sites de PSA mais aussi d’autres constructeurs de même que l’exemple de la grève nationale des raffineurs contre la fermeture de la raffinerie de Flandres en 2010 (qui avait rassemblé en un même mouvement les raffineurs de tous les sites de France) étaient un précédent en ce sens.

Il s’agissait bien évidemment d’un objectif audacieux et difficile ã atteindre. Cependant ã aucun moment le moindre débrayage coordonné contre le plan de la direction n’a été proposé alors que la CGT Aulnay a son mot ã dire au sein de la CGT PSA. De même, alors qu’à Aulnay une Intersyndicale s‘était mise en place et un comité de lutte commençait ã s’organiser, jamais l’idée d’un cadre de coordination intersites dépassant les limites des différentes organisations syndicales n’a été avancée. Aucune tournée systématique de représentants du comité de lutte n’a été organisée pour aller discuter avec les ouvriers des autres sites touchés par les licenciements. Une tournée de ce type aurait été d’autant plus importante que la direction se servait du rapport d’audit commandé par la CGT, pour laisser entendre aux salariés des autres sites que si Aulnay ne fermait pas, ce pourrait être le tour d’une autre usine. En même temps une propagande systématique sur la « violence » des militants et des travailleurs d’Aulnay opposés au PSE permettait aux syndicats jaunes de faire de la désinformation.

Dans ces conditions, la CGT craignait qu’une grève puisse rester cantonnée ã Aulnay, sans pour autant prendre d’initiative en direction des autres sites, ce qui plaçait les salariés dans une impasse et faisait perdre un temps précieux. Le fait de ne pas avoir une majorité des salariés du site présents dans les AG (il n’y avait qu’un noyau dur de 500 ã 700 qui y venaient) était un argument supplémentaire avancé pour ne pas déclencher la grève. Et il y avait encore la volonté de maintenir le cadre intersyndical au sein duquel le SIA exerçait une pression contre toute radicalisation du mouvement.

La direction, elle, par contre, n’a pas perdu de temps. Pendant que les syndicats tergiversaient, elle a tout fait pour retourner le rapport de forces en sa faveur, en commençant notamment ã vider l’usine par le biais de transferts et mutations de salariés vers d’autres sites. L’espoir d’être reclassé ailleurs et d’échapper licenciement a joué à l’isolement du noyau dur. De plus, le fait que le licenciement de plus de 1200 intérimaires ã Poissy pour « faire de la place » aux ouvriers venant d’Aulnay n’ait suscité la moindre réaction de la part des syndicats divisait d’emblée les travailleurs entre les embauchés, méritant le maintien d’un CDI, et les précaires que l’on pouvait pousser vers la porte en toute impunité.

Mais en janvier 2013 la CGT a dû se rendre à l’évidence de la nécessité de la grève, poussée en ce sens par les salariés du ferrage qui avaient cessé le travail d’eux-mêmes. Cette grève n’a jamais pu toucher au-delà du noyau dur qui venait aux AG depuis plusieurs mois, conduisant à l’explosion inévitable de l’Intersyndicale, le reste des organisations, à l’exception de la CGT et Sud passant ouvertement ã une position d’acceptation du PSE. Mais cette grève démarrait déjà dans le cadre d’un rapport de forces dégradé par rapport aux conditions qui auraient pu présider au mouvement au cours des mois auparavant.

Il nous semble, et nous le disons fraternellement aux camarades, que la direction de la CGT Aulnay a sous-estimé la capacité d’entrainement qu’un plan de lutte déterminé, déclenché au bon moment et posant clairement la perspective de la grève, aurait pu avoir sur l’ensemble des salariés de l’usine et même de l’ensemble des sites. Pendant plusieurs mois il y avait dans l’air, dans le groupe PSA, une sorte d’étonnement du fait que les ouvriers d’Aulnay, connus pour leur combativité et les plus visés par l’attaque de la direction, ne passent pas à l’action. Cela a contribué ã générer un certain scepticisme quant aux possibilités de faire reculer la direction. Et cette sous-estimation s’est reproduite en ce qui concerne les possibilités de convergence, au-delà même du groupe PSA.

Aulnay et la convergence des luttes contre les licenciements

Malgré le retard accumulé avant le déclenchement de la grève qui a eu un coût, la conjoncture du début de l’année a offert une nouvelle possibilité pour les grévistes de PSA Aulnay d’éviter la perspective d’une lutte isolée. Le 24 janvier, huit jours ã peine après le début de la grève, un « meeting contre les licenciements et pour la convergence des boîtes en lutte » que nous avons contribué ã organiser avait lieu ã Sciences Po Paris. Des représentant-e-s d’une dizaine d’entreprises qui affrontaient des plans de licenciements telles que Sanofi, Renault, Goodyear Virgin, Air France, Prestaliss et PSA étaient présent-e-s face ã un auditoire de plus de 500 personnes. Cinq jours plus tard un rassemblement devant le ministère du Travail à l’appel du collectif Licenci’elles a de nouveau regroupé quelques centaines de salariés de plusieurs entreprises. Le 12 février de nombreuses délégations sont venues soutenir les travailleurs de Goodyear d’Amiens-Nord ã qui l’on venait d’annoncer un plan de fermeture de leur usine.

Il pouvait sentir, dans l’air, une dynamique et une aspiration vers une coordination entre les salariés de ces différentes entreprises qui subissaient des plans de licenciement et de fermeture de sites. Faire que cette dynamique débouche sur une structure de coordination permanente et indépendante des directions syndicales bureaucratiques bien en retrait, dans le meilleur des cas, sur ces questions, appeler ã une action centrale, visible, qui montre la colère des travailleurs et redonne confiance aux salariés dans chaque boîte isolée sur la possibilité de se battre tous ensemble et d’avancer vers une stratégie commune pour gagner, voilà ce qui était la tâche du moment. PSA Aulnay était, alors, la seule boîte en grève illimitée et cette grève avait une projection nationale. C’était donc le secteur le plus ã même de rassembler autour de lui et de prendre une initiative qui ne soit pas incantatoire.

Mais à l’inverse, les dirigeants de la lutte se sont contentés d’actions ponctuelles (en direction de Renault, des salariés du fret de Roissy, etc.), sous prétexte que les autres secteurs n‘étaient pas en grève et que la coordination avec eux n’était donc pas possible. Que ce soit par rapport aux autres sites de PSA, que ce soit vis-à-vis des autres entreprises subissant des licenciements, il y a, là , une logique commune qui, sous prétexte du décalage existant entre les niveaux de mobilisation dans différents secteurs, refuse de tenter d’être un facteur d’entraînement, comme si une simultanéité spontanée et quasi magique entre les mobilisations était un préalable ã toute possibilité de convergence. Cette logique nie, selon nous, le rôle que doit jouer l’avant-garde, c’est-à-dire celles et ceux qui, ã un moment donné, se donnent pour tâche non seulement de mobiliser leur propre milieu mais de poser les jalons pour une extension de la mobilisation et entrainer les secteurs les plus hésitants.

Une stratégie et un programme changeants

Comme nous l’avons vu, la direction de la CGT PSA-Aulnay est passée, sous la pression de la base, d’une stratégie axée sur le maintien ã tout prix de l’unité de l’Intersyndicale et d’interpellation du gouvernement ã celle d’une grève minoritaire multipliant les actions coup de poing et se limitant, ponctuellement et par moments, ã des actions de solidarité avec d’autres secteurs en lutte.

Mais pour atteindre quel objectif ? Pour quel but se sont battus depuis presque quatre mois et se battent encore les courageux grévistes d’Aulnay ? Cette question n’a malheureusement jamais été très claire. Malgré le slogan affiché sur les banderoles « Contre la fermeture de PSA-Aulnay », depuis le départ un mélange hétéroclite de revendications a été mis en avant par l’Intersyndicale mais aussi par la CGT. Dans un premier temps, avant même l’annonce officiel de la fermeture de l’usine, les syndicats s’adressaient ã Sarkozy pour lui demander « d’intervenir pour que puisse se tenir une réunion tripartite Etat-PSA-syndicats dans le but d’aboutir ã un accord, garanti par l’Etat, assurant le maintien de tous les emplois sur le site d’Aulnay, au moins jusqu’en 2016 » [3].

Il y avait déjà donc une première ouverture ã négocier la fermeture du site et les licenciements, en repoussant l’échéance de deux ans. Mais c’est à l’annonce du PSE que les choses ont commencé ã devenir plus claires. Le jour même où le Comité Central d’Entreprise a validé le plan de suppression d’emplois qui inclut la fermeture du site d’Aulnay, Jean-Pierre Mercier, dirigeant de la CGT et de Lutte Ouvrière, affirmait devant la presse : « Varin nous a déclaré la guerre, on va lui faire la guerre. On va vendre notre peau le plus cher possible » [4].

Quelques mois plus tard, le premier journal de la grève donne déjà un prix à la « peau » des salariés : « 130 000 €, c’est ce qu’il nous faut pour compenser en partie la perte de notre salaire et notre emploi ». Les revendications sont ainsi résumées : maintien de la C3 jusqu’à la fin de sa commercialisation (2016), une préretraite ã 55 ans pour tous les travailleurs âgés de 50 ans ou plus, un CDI pour tous les autres, une indemnité de licenciement de 130 000 € [5]. On a là une sorte de programme de revendications « à la carte » mélangeant le décalage de la date de fermeture, des départs volontaires, des reclassements internes et externes et des indemnités de départ. Tout sauf le refus pur et simple de la fermeture et de tout licenciement, qu’il soit ouvert ou déguisé ! Dans ce même communiqué l’impossibilité de se battre contre la fermeture du site est mise en avant sous l’argument que cela « ne dépend pas que de la lutte des seuls travailleurs d’Aulnay » [6].

Au lieu de se donner l’objectif d’empêcher la fermeture de l’usine et les licenciements pour ensuite mettre tout en œuvre pour créer les conditions permettant d’atteindre cet objectif, la politique des syndicats à la tête de la grève part du constat que cet objectif est impossible, pour ensuite développer des revendications sur le principe de ce qui est « possibled’obtenir » en fonction du « rapport de forces ». Les organisations syndicales semblent ne pas comprendre que le rapport de forces est quelque chose qui se construit et que la volonté des travailleurs d’avant-garde et les objectifs qu’ils se donnent y participent pour beaucoup.

Le fait de se donner des objectifs clairs et offensifs pouvait contribuer à la massification de la grève. Pourquoi un ouvrier du rang, ne faisant pas partie de l’avant-garde de lutte forgée en 2005 et 2007, allait-il se lancer dans une grève dure de plusieurs mois s’il était persuadé, d’emblée, qu’il n’y avait pas de perspective réelle pour stopper l’attaque du patron ? Pourquoi ferait-il grève pour un reclassement alors que la direction lui dit qu’au contraire, s’il ne se fait pas trop remarquer et ne fait pas grève, il aura plus de possibilité d’être reclassé puisque c’est elle qui en décide en dernière instance ? Le résultat de cette politique du « possible » est que les grévistes se retrouvent en position de faiblesse, ã devoir négocier des revendications ã chaque fois plus modestes : des indemnités d’une valeur bien inférieure à leur proposition initiale, la levée des sanctions contre les grévistes, etc. C’est ce que nous voyons aujourd’hui, malheureusement, ã PSA Aulnay.

Soutien inconditionnel à la grève de PSA Aulnay et quelques leçons pour l’avenir

Les critiques que nous avons développées dans cet article n’enlèvent rien bien entendu ã notre soutien inconditionnel à la grève des ouvriers d’Aulnay, une grève héroïque par bien des aspects. Nous en avons témoigné tout au long de leur combat et nous continuerons ã nous tenir à leurs côtés, jusqu’au bout, car même si le rapport de forces actuel limite beaucoup les options des grévistes, la grève n’est pas finie. De plus, la direction de PSA semble vouloir en finir avec le conflit d’Aulnay pour pouvoir passer au plus vite à l’étape suivante, ã savoir le futur accord de performance, sans risquer que la combinaison des attaques n’entraîne une unité d’action des ouvriers sur l’ensemble du groupe PSA. Si nous nous permettons ici de dresser ces critiques, c’est précisément parce que nous estimons que l’énorme énergie déployée par les grévistes mériterait de bien meilleurs résultats et que cela était possible et l’est toujours, ã PSA et ailleurs, ã condition de mettre cette énergie et cette volonté de se battre au service d’une stratégie et d’un programme offensifs.

Le refus de tous les licenciements, l’exigence d’ouverture des livres de comptabilité du patronat de façon ã dévoiler tout l’argent que les actionnaires se mettent dans les poches alors qu’ils virent les salariés au nom des « impératifs économiques », la lutte pour la nationalisation sous gestion ouvrière de toute usine qui ferme ou licencie, la coordination de tous les secteurs en lutte, l’occupation et la mise en production sous contrôle des travailleurs de la production, voilà des revendications pour lesquelles il vaut la peine de se battre et qui peuvent apporter une réponse de fond aux licenciements et aux fermetures qui ne cesseront de se multiplier dans le contexte de la crise capitaliste.

La famille Peugeot a amassé et continue ã amasser des milliards sur le dos des travailleurs, au niveau de la branche automobile mais ailleurs également. Cette trésorerie est pour partie cachée en Suisse où Peugeot est la principale fortune française mais également dans d’autres paradis fiscaux. Toute discussion sur la « rentabilité » de entreprises et des sites du groupe PSA tend ã valider l’idée selon laquelle ce serait aux travailleurs de payer la facture de la crise alors que de l’argent, la famille Peugeot et ses actionnaires « en ont ã revendre ». C’est de la vie de milliers de travailleurs et de leur famille qu’il s’agit, de la survie de la seule classe productrice de la société. Dans ce contexte, l’expropriation du groupe PSA devient une revendication incontournable.

Rien ne garantit qu’avec un autre programme ou en essayant d’avantage de créer une dynamique convergente avec d’autres sites et entreprises qui subissent des licenciements il est possible de gagner ã PSA Aulnay. Nous sommes parfaitement conscients qu’il s’agit d’un conflit extrêmement difficile contre une famille, la famille Peugeot et son groupe, qui est un des piliers du patronat hexagonal. La question est plutôt de savoir si tout ce qui était possible a été tenté et si le programme et la stratégie déployés jusqu’à présent étaient les plus ã même de créer un rapport de forces face à la direction du groupe. La question est également de s’interroger, dans le contexte d’une véritable guerre entre le patronat et le monde du travail pour savoir qui va payer la crise capitaliste, quels jalons ont pu se créer en termes d’organisation d’une avant-garde ouvrière qui puisse, demain, songer ã devenir une réelle alternative face à la bureaucratie syndicale.

Le 10 mai 2013

    [1] La plupart des organisations syndicales étant passées ã une position d’acceptation du PSE et Sud ayant quitté la grève en cours de route, ã tort selon nous, ã cause de ses désaccords avec la CGT

    [2] Nouvel Obs. 14 juillet

    [3] L’usine nouvelle, 15 décembre 2011

    [4] Reuters, 12 juillet 2012

    [5] http://cgt-psa-aulnay.fr/journal-de-greve/journal-de-greve-ndeg1-542

    [6] idem

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