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Massacre de Houla en Syrie

A bas la répression sanguinaire du régime d’Al-Assad ! Non à l’ingérence impérialiste !

03/06/2012

Par Caudia Cinatti et Ciro Tappeste

Le massacre de plus d’une centaine de civils ã Houla, une localité du centre du pays, marque un saut dans la répression menée par le régime baasiste depuis le début du soulèvement, il y a maintenant quatorze mois. C’est l’occasion également pour les impérialistes de redoubler la pression sur le régime et même d’envisager une intervention militaire.

Comme ã d’autres reprises, le gouvernement syrien a reconnu le massacre de Houla. Il l’a cependant imputé ã des bandes armées islamistes. Bien entendu, le régime d’Al-Assad n’a apporté aucune preuve ã ses allégations qui sont démenties par des sources concordantes, de nombreux témoignages d’habitants de la ville et de survivants.

Le 25 mai donc, après avoir pilonné certains quartiers de Houla, ce sont les « chabiha », les milices pro-Assad, qui sont entrées en action dans la localité et ses faubourgs, faisant irruption dans les maisons, exécutant des dizaines de civils, ne faisant aucune distinction entre hommes, femmes et enfants.

Le massacre de Houla et le « plan de paix » de Kofi Annan

La répression ã Houla a été menée à la barbe des quelques 300 observateurs onusiens. Elle laisse apparaître au grand jour les limites du plan concocté par l’Ancien secrétaire général de l’ONU et délégué de cette même organisation et de la Ligue Arabe pour le dossier syrien. Le plan Annan, qui devait entrer en vigueur le 12 avril, prévoyait un cessez-le-feu et l’ouverture d’un dialogue entre l’opposition et le régime. Le cessez-le-feu a été violé quotidiennement depuis plus d’un mois et demi et le dialogue n’a jamais eu lieu. Le plan en six points de Annan a au contraire contribué ã renforcer le régime d’Al-Assad. Ce dernier s’est en effet légitimé comme interlocuteur central pour envisager toute issue négociée à la crise. Il a de surcroit utilisé le cessez-le-feu pour rétablir son autorité dans un certain nombre de villes et de régions qui échappaient au contrôle de Damas et qui étaient le théâtre de manifestations et d’affrontements depuis plus d’un an, produit combiné du soulèvement populaire et des opérations militaires menées par des fractions armées appuyées par différents pays de la région comme l’Arabie-Saoudite, le Qatar et la Turquie.

Les menaces d’ingérence impérialiste brandies par Hollande

Les puissances impérialistes qui avaient souscrit au plan Annan sont en train d’instrumentaliser avec beaucoup de cynisme le massacre de Houla afin de redoubler leurs pressions sur Damas. Plusieurs pays de l’Union Européenne, dont la France, ont expulsé les ambassadeurs syriens en place afin d’accentuer l’isolement de la Syrie.

François Hollande, cherchant ã se gagner des galons de va-t-en-guerre-socialiste en chef a même agité la menace d’une intervention militaire, à l’image de celle qu’avait lancée Sarkozy contre la Libye il y a presqu’un an, avec les résultats désastreux pour la population libyenne que l’on sait. « Une intervention militaire, a-t-il déclaré, n’est pas exclue ã condition qu’elle se fasse dans le respect du droit international, c’est-à-dire par une délibération du Conseil de sécuritéde l’ONU ».

Même le Festival de Cannes a apporté sa pierre à l’édifice. On y a invité le « philosophe » sioniste et ami des marchands de canons Bernard-Henri Lévy pour son dernier navet, Le Serment de Tobrouk, à la gloire de l’impérialisme et de ses hommes de paille locaux. Il a donc défilé sur la croisette avec ses amis libyens et de soi-disant rebelles syriens, coiffés de passe-montagne, qui en ont profité pour réclamer ã cors-et-à-cris une intervention armée étrangère.

L’opposition de Moscou et Pékin ã toute intervention

Quoi que dise Hollande, ni les Etats-Unis, ni les principales puissances adhérant à l’OTAN ne souhaitent pour l’instant réitérer en Syrie ce qui a été fait il y a prés d’un an en Libye. D’autre part, aucun accord n’est en vue au sein du Conseil de sécurité de l’ONU afin de donner une « couverturehumanitaire » ã toute intervention armée impérialiste.

Mais c’est surtout Moscou continue ã s’opposer fermement ã toute possibilité d’intervention. La Syrie est en effet le dernier allié historique de la Russie dans la région. C’est un de ses principaux clients de son industrie d’armement. Le pays abrite également une base navale stratégique pour la marine russe, ã Tartous, lui donnant un accès direct sur la Méditerranée. On comprend dans ce cadre pourquoi, en dépit d’un certain nombre de récriminations sur la manière dont Al-Assad essaye d’écraser la contestation, la Russie continue ã soutenir ã bout de bras son allié. C’est ce qu’a réitéré Vladimir Poutine lors de son voyage ã Berlin puis ã Paris et ce qu’il répétera au cours du Sommet UE-Russie des 3 et 4 juin ã Saint-Pétersbourg.

Aux côtés de Pékin, Moscou s’oppose par conséquent ã toute résolution de l’ONU tendant à légitimer une intervention étrangère ou même ã un simple « changement de régime » qui pourrait, en dernière instance, se retourner contre les intérêts des ces deux pays.

Les réserves de Barak Obama, quelques mois avant les présidentielles américaines

Quelques mois avant un scrutin décisif, Obama n’est pas disposé ã s’embarquer dans une nouvelle opération militaire extérieure. Elle serait, selon les experts militaires du Pentagone, de toute évidence beaucoup plus couteuse que l’aventure libyenne. Le régime de Damas est en effet beaucoup plus solide que celui de Kadhafi et l’armée syrienne est incomparablement plus puissante que celle de feu le Guide. Le candidat républicain aux élections présidentielles, Mitt Romney, attaque son rival démocrate sortant pour son manque de leadership dans le dossier syrien. Mais après les désastres militaires afghan et iraquien et dans le cadre d’une situation économique des plus délicates, l’opinion publique américaine est quant ã elle fortement hostile ã toute intervention.

C’est pour toutes ces raisons que, pour l’instant, la Maison Blanche et le Département d’Etat ont délégué à leurs alliés dans la région, Qatar, Arabie Saoudite et Turquie en tête, la charge d’armer et d’appuyer les réseaux de combattants qui structurent l’opposition, ã commencer par la soi-disant Armée Syrienne Libre (ASL). Selon les dernières déclarations de fonctionnaires américains en charge du dossier, l’élément qui pourrait faire basculer la position étasunienne serait une extension du conflit hors des frontières syriennes, notamment en direction du Liban voisin, de la Jordanie ou de la Turquie. C’est d’ailleurs ce qui est en train de se passer actuellement dans le Nord du Liban, dans la région de Tripoli. Des affrontements quasi quotidiens opposent des milices sunnites aux partisans de Bachar Al-Assad. En dépit de l’envoi de l’armée, Beyrouth ne réussit pas réellement ã calmer la situation, ce qui témoigne des plaies ã vif qui subsistent dans un pays qui a été la proie ã une longue guerre civile et ã une occupation sioniste et impérialiste au Sud et syrienne sur le reste de son territoire pendant plusieurs décennies.

Jusqu’à présent donc, le plan d’Obama continue se limiter ã une accentuation des pressions diplomatiques et économiques, notamment ã travers le secteur pétrolier et bancaire. Les premiers affectés par de telles sanctions sont les secteurs les plus pauvres de la population qui commencent ã faire face ã des situations de sous-alimentation, en raison notamment de la chute des importations de blé, y compris dans les zones jusque-là fidèles au régime. La Maison blanche souhaiterait négocier avec la Russie et la Chine une issue à la yéménite, avec une « transition » permettant de se débarrasser des personnages les plus encombrants de la dictature baasiste, à l’image de ce qui s’est passé avec le président Saleh au Yémen, tout en conservant intactes les structures centrales du régime (armée, police, administration, etc.).

Les contradictions de l’opposition pro-impérialiste syrienne

Deux choses cependant par rapport ã un éventuel « plan de sortie de crise » à la yéménite. La solution encadrée par l’ONU et la Ligue Arabe pour le Yémen n’a pas suffi pour mettre un terme aux affrontements entre les différentes factions de l’armée et de l’ancien régime, qui doit faire face, de surcroit, ã des poches de résistances de milices islamiques en province que même les bombardements quasi quotidiens des drones américains ne réussissent pas ã faire plier.

En Syrie, l’obstacle est double. En effet, l’opposition pro-impérialiste regroupée autour du Conseil National Syrien (CNS) traverse en ce moment une crise profonde. Burhan Ghalioun, qui le dirigeait jusqu’à présent, a présenté sa démission en raison des tensions qui secouent le conseil, avec d’un côté les secteurs les plus libéraux et de l’autre les fractions islamistes liées, notamment, au Frères Musulmans. Sa démission a été précédée par la menace de retrait du CNS de l’opposition intérieure proférée par la Coordination des Comités Locaux (qui structure à l’intérieur une partie de l’opposition populaire mais se retrouve dans les faits à la remorque de la politique impérialiste). L’opposition interne critique le fait que les décisions du CNS sont prises par les hommes de paille des puissances occidentales ou par les Frères Musulmans.

Cette crise de l’opposition syrienne ainsi que le manque de clarté par rapport aux forces réellement hégémoniques au sein du CNS, notamment islamistes, potentiellement hostiles aux intérêts américains ou israéliens, font que le conseil est un allié local assez peu fiable pour Washington et les capitales européennes si elles veulent orchestrer une transition à la yéménite. Le CNS, de surcroit, est sous la pression constante de Riyad, du Qatar et d’Ankara, qui souhaitent bien profiter de la situation pour placer leurs pions dans la région et se positionner comme des interlocuteurs incontournables des puissances occidentales et pas uniquement comme de simples courroies de transmission.

La complexité de la situation fait que, parmi les différents scénarios envisagés, celui d’une guerre civile prolongée, à l’image de celle qu’a connue le Liban ã partir de la moitié des années 1970, accompagnée d’une partition du pays sur des bases géographiques confessionnelles, n’est pas ã exclure. C’est précisément une telle dérive que souhaitaient éviter les impérialistes ainsi que leurs alliés locaux qui ont tout ã craindre d’une déstabilisation complète du pays. Ce serait surtout un scénario tragique pour la population syrienne. Elle semble y être acculer cependant précisément en raison du jeu combiné des grandes puissances, qui ont longtemps appuyé le clan Assad, de la répression du régime et de l’absence, pour l’instant, d’une opposition indépendante de l’impérialisme et d’une dynamique ouvrière et populaire à l’image de celle qui a su, il y a plus d’un an, ouvrir réellement les processus révolutionnaires en Tunisie puis en Egypte.

Le soulèvement pris en étau entre la répression baasiste et la menace d’intervention

Les travailleurs, la jeunesse, les classes populaires syriennes ainsi que les différentes minorités nationales qui se sont soulevés contre le régime d’Al-Assad il y a quatorze mois se retrouvent aujourd’hui dans une situation des plus critiques.

Ils doivent faire face d’un côté au durcissement sanguinaire de la répression qui aurait fait prés de 13.000 victimes selon certaines sources. Le régime de Damas cherche en effet ã écraser militairement tous ceux qui remettent en question la dictature, tout en se drapant de pseudo-justifications anti-impérialistes (en raison de l’armement de l’opposition par les occidentaux et leurs alliés locaux), arguments qui sont repris par certains courants politiques staliniens ou populistes, voire par des gouvernements comme celui d’Hugo Chávez au Venezuela.

De l’autre côté, il leur faut faire face également à la menace d’ingérence impérialiste qui tente de manipuler le soulèvement contre le régime Al-Assad afin de le circonscrire et marquer, de cette façon, un nouveau point contre le « printemps arabe ». Pour cela les impérialistes comptent sur la complicité du CNS qui réclame ã grands cris une intervention armée, imitant, ce faisant, le Conseil National de Transition libyen.

Contre l’ingérence impérialiste, s’opposer aux menaces du gouvernement « socialiste » français !

A la différence de certains courants d’extrême gauche qui ont bien voulu confondre l’intervention de l’OTAN contre la Libye avec une « victoire révolutionnaire » du « printemps arabe », alors qu’il s’agissait précisément du contraire, il serait du devoir élémentaire des marxistes de s’élever fermement contre toute menace d’ingérence étrangère et de militer en ce sens au sein des organisations ouvrières et politiques du mouvement ouvrier.

La seule issue réellement révolutionnaire pour les masses syriennes, et plus largement, pour le processus en cours dans le monde arabe, c’est de lutter et de s’organiser de façon indépendante, sur des bases de classe, contre l’impérialisme et ses alliés actuels et passés, afin d’établir un nouveau pouvoir ouvrier, populaire et paysan capable de construire la libération nationale et sociale dans la région. Le meilleur moyen pour porter, ici, une solidarité concrète avec le soulèvement, passerait avant tout par la mise en place d’une campagne de dénonciation la plus large possible contre les menaces proférées par le nouveau gouvernement socialiste, qui en ce sens suit les pas de ses prédécesseurs, de droite comme de gauche, au service du patronat français, dans une région, de surcroît, qui a été un protectorat colonial jusqu’au milieu des années 1940.

On ne peut concevoir une opposition à l’austérité de gauche sans se dresser également contre un gouvernement qui ne souhaite pas seulement décharger les coûts de la crise sur le dos des travailleurs en France, mais également en renforçant le poids de la France impérialiste sur l’échiquier international. L’orientation actuelle des syndicats, qui ont accepté le premier round de dialogue social et en ont même fait les louanges, va dans la direction opposée. C’est d’autant plus scandaleux. Il serait, en ce sens, du rôle de l’extrême gauche, y compris dans le cadre de la campagne des législatives, de construire le front le plus large possible afin de s’opposer aux discours va-t-en-guerre de Hollande. Ce serait le meilleur service que nous pourrions rendre aux révolutionnaires, aux travailleurs et à la jeunesse arabes. Ce serait également un point d’appui considérable ici, pour structurer l’opposition de classe ã Hollande.

02/06/12

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